Jinny Dipisa, propriétaire avec son conjoint Guy Joubert du resto-bar La Galoche, à Acton Vale.
Jinny Dipisa, propriétaire avec son conjoint Guy Joubert du resto-bar La Galoche, à Acton Vale.

Fermeture sur fond d’amertume

Marie-France Létourneau
Marie-France Létourneau
La Voix de l'Est
Le passage en zone rouge d’une partie de la région desservie par La Voix de l’Est suscite colère et frustration chez certains commerçants à nouveau forcés de fermer leurs portes ou la salle à manger de leur restaurant.

« On s’est conformé à tout ce qu’ils (les autorités gouvernementales) ont demandé, avec le Purell, les pancartes, le masque pour les serveurs, la distanciation et ainsi de suite. Mais, paf ! , ils nous referment. Je ne suis pas d’accord du tout, du tout avec ça », laisse tomber Jinny Dipisa, copropriétaire du resto-bar La Galoche à Acton Vale.

Même si le resto reste ouvert pour le take-out, la pilule est difficile à avaler, tranche la restauratrice.

Mme Dipisa affirme que la pandémie a plombé l’élan dans lequel se trouvait La Galoche. Outre le resto-bar, souvent complet les vendredis et samedis soir, elle et son associé, aussi conjoint, Guy Joubert, opèrent un camion de cuisine de rue, un service de traiteur et de chef à domicile ainsi qu’une salle de réception.

Une quinzaine de mariages étaient à l’agenda au cours de l’été. Mais une croix a dû être mise sur pratiquement tout. Le resto a opéré à capacité réduite au cours des derniers mois. Le couple dit avoir comptabilisé des pertes de 900 000 $ depuis le mois de mars.

« Je trouve ça effrayant que les gens puissent aller au Costco et au Walmart, mais qu’ils ne puissent pas encourager le petit restaurant du coin », dit-elle.


« Je trouve ça effrayant que les gens puissent aller au Costco et au Walmart, mais qu’ils ne puissent pas encourager le petit restaurant du coin. »
Jinny Dipisa, copropriétaire du resto-bar La Galoche

Aide demandée

« Nos revenus baissent tellement qu’il y a des semaines où on n’arrive pas à payer nos frais fixes. Ce n’est vraiment pas évident », renchérit Jinny Dipisa.

Celle-ci aimerait que les restaurateurs bénéficient, dans les circonstances, d’une aide plus significative des gouvernements. « On a eu droit à un prêt, mais ça nous met plus des roches dans les poches que d’autres choses », dit-elle.

Jeudi soir, les propriétaires de La Galoche ont profité de la dernière soirée d’ouverture de leur salle à manger. Leur clientèle était invitée à se joindre à eux. Un chansonnier était sur place. « On veut profiter du moment parce qu’on ne sait pas quand on va rouvrir », lance Mme Dipisa avec dépit.

Jaimie Newman dit vivre difficilement la nouvelle fermeture de son gym à Saint-Césaire, imposée par le passage de la région en zone rouge.

La propriétaire du gym Jaimie Fit à Saint-Césaire, Jaimie Newman, aimerait aussi pouvoir profiter d’une aide financière. Les gyms en zone rouge sont également contraints de fermer leurs portes.

Elle a dû puiser dans ses économies personnelles pour assumer les coûts fixes de son gym, fermé quatre mois durant la première vague.

« Je retombe encore avec rien. Déjà que nos gyms sont complètement vides. Le fait que le premier ministre Legault dise de rester à la maison, les gens restent à la maison. Je n’ai qu’environ 10 % de ma clientèle qui vient depuis le confinement. (...) Je viens de recommencer et on me referme encore la porte sur le nez. Je vis ça difficilement », déplore-t-elle.

Pour faire contre mauvaise fortune bon cœur, Jaimie Newman dispensera ses cours de groupe sur Zoom à compter de la semaine prochaine.

« C’est quand même frustrant, parce qu’il n’y a pas eu d’éclosion dans les gyms », laisse-t-elle tomber avec amertume.

Rouge ou orange ?

Daniel Archambault accueille pour sa part avec résignation la nouvelle fermeture de son bar Le Bistro à Acton Vale. « On n’a pas le choix. Il faut suivre », dit-il.

L’endroit emploie quatre personnes à temps partiel. « Le moral est encore pas si pire. Ils (les employés) savent qu’on devrait rouvrir dans un, deux ou trois mois. On devrait tenir le coup », ajoute-t-il.

Particularité : les municipalités de Saint-Paul-d’Abbotsford et d’Ange-Gardien, liées à l’Estrie pour la santé, sont demeurées en zone orange, bien qu’elles soient situées dans la MRC de Rouville qui, elle, est en zone rouge.

« Je suis un peu soulagée. Mais ma crainte, c’est que les gens pensent qu’on est dans le rouge et qu’on est fermé. Est-ce qu’ils vont se déplacer ? » s’interroge Mélanie Duchesneau, copropriétaire du Café des récoltes située au cœur du village de Saint-Paul-d’Abbotsford.

Celle-ci croyait bien que la municipalité allait basculer en zone rouge. Le personnel du café s’était préparé en conséquence. « On est déjà installé pour le take-out. On a aussi commencé à faire des repas congelés, qui fonctionnent bien. Ça ne m’inquiète pas trop. Si on doit fermer, ça ne sera pas à 100 %. Oui, les revenus vont diminuer. Mais on va mettre des efforts ailleurs. On fait d’autres choses qu’on ne faisait pas avant. Il faut quand même rester positifs un peu », estime Mme Duchesneau.