Un pan de l'histoire du Vieux-Village de Bromont vient d'être tourné, jeudi, avec la fermeture du garage Lequin, opéré par la famille depuis 70 ans.

Fermeture du garage Lequin à Bromont

C'est avec un brin de nostalgie que Richard Lequin et sa conjointe Estelle ont accueilli pour une dernière fois la fidèle clientèle de leur commerce de la rue Shefford, jeudi.
« Une entreprise familiale qui est au même endroit depuis 70 ans, ce n'est pas banal », a lancé le sympathique commerçant en observant l'enseigne Crevier basculer au bout d'une grue en matinée. « En deux jours, j'ai reçu plus de câlins qu'au cours des 10 dernières années », a-t-il renchéri.
La municipalité de Bromont a souligné la fermeture du commerce en publiant sur sa page Facebook une vidéo, mercredi. Dès lors, les témoignages d'affection n'ont cessé d'affluer, tant sur les réseaux sociaux qu'en personne. D'ailleurs, lors du passage de La Voix de l'Est au garage, jeudi en matinée, une cliente et amie de la famille, Estelle Lambert, est entrée pour ensuite enlacer les deux complices en leur tendant un bouquet de ballons sur lesquels est inscrit « bonne retraite ». C'est ce qui attend en effet le couple, qui a tourné la page après 35 ans passés à la barre de la station-service. « Aujourd'hui, c'est le début d'une nouvelle vie. Mais en même temps, c'est spécial. On savait que ça s'en venait [la fermeture], mais d'être les deux pieds dedans, c'est autre chose, a confié Mme Lequin. Je suis partagée entre la joie et le deuil. On a des gens qui sont clients ici depuis des dizaines d'années. On les croisera certainement ici à Bromont, mais ce ne sera plus pareil. C'est la fin d'une belle aventure. »
De son côté, Richard Lequin a concédé avoir eu le sommeil court la veille de cette ultime journée. « D'habitude, je m'endors en touchant l'oreiller. Mais hier (mercredi), c'était différent. Le garage, c'est un gros bout de ma vie. Ça fait partie de la famille depuis 1946, quand mon père a continué en affaires ici. Et là, on ferme le livre », a-t-il illustré. Et ce coloré bouquin sera marqué d'un fait inusité, a-t-il renchéri. « Mon père avait 29 ans quand il a repris le garage. Moi aussi. Et il a pris sa retraite 35 ans plus tard. On a un parcours identique », a fait remarquer celui qui franchira le cap de la mi-soixantaine le 4 février. 
Au-delà des affaires, M. Lequin retient surtout les nombreuses amitiés créées au fil des ans avec les clients, et surtout, la passion pour son travail qui l'a habité jusqu'à la fin. « Quand tu fais quelque chose, tu dois aimer ça. Les gens le ressentent. Et je crois que c'est ce que les gens aimaient en venant ici », a dit le mécanicien de carrière. 
La communauté avant tout
Il y a près de deux ans, la Ville a entamé des pourparlers avec les propriétaires du garage Lequin. La prémisse des négociations tient au fait que la municipalité, via son plan de développement durable, veut aménager une place publique au coeur du Vieux-Village. « On a accepté de vendre le garage parce qu'on savait que le projet [de la Ville] allait être très positif pour les citoyens. C'était important pour nous », a fait valoir Mme Lequin. 
D'ailleurs, le projet de place publique de la rue Shefford, estimé à 1,2 M$, progresse. Rappelons par ailleurs que Bromont doit recevoir près d'un demi-million de dollars d'Hydro-Québec dans le cadre de la construction du nouveau poste d'Adamsville, somme qui sera injectée dans le projet. Ce montant provient du programme de mise en valeur intégrée de la société d'État. L'enveloppe octroyée par Hydro-Québec servira notamment à payer les coûts d'aménagement du site, estimés entre 100 000 $ et 150 000 $. 
La future agora donnera entre autres accès aux infrastructures du campus Germain-Désourdy. En ce sens, une portion de terrain derrière le garage Lequin avait été achetée par la municipalité il y a quelques années. En janvier, la Ville a acquis la propriété sise juste à côté (705-707, rue Shefford) pour 260 000 $. Une promesse d'achat de 400 000 $ concernant l'immeuble abritant l'atelier de mécanique a été ratifiée à la mi-juin. Environ 29 000 $ devront être investis par la municipalité pour décontaminer le site, a indiqué à La Voix de l'Est le directeur général intérimaire, Richard Joyal. Un appel d'offres doit être lancé sous peu pour la démolition de l'atelier mécanique emblématique. Une consultation publique est prévue au cours des mois à venir pour prendre le pouls de la population au sujet de l'aménagement du vaste site. Un marché public est aussi prévu pour 2017.
« Ça fera tout drôle de voir le site du garage transformé. J'ai bien hâte de venir y marcher, de prendre l'air et [possiblement] venir y acheter quelques petites choses au marché public, a dit la nouvelle retraitée. Je suis certaine que ce sera un bel endroit. Une place où les gens se sentiront à l'aise, comme l'a été le garage. »