Dès lundi, des ouvriers de la Ville se sont affairés à installer de la signalisation pour interdire l’accès au chemin.

Fermeture du chemin des Dix-Terres: un cul-de-sac qui dérange

La décision unilatérale de Marieville de fermer définitivement sa portion du chemin des Dix-Terres dérange, tant du côté de Marieville que de celui de Rougemont, qui partage l’autre moitié de la route.

Lors de sa séance régulière du 2 avril dernier, le conseil municipal de Marieville a adopté une résolution pour fermer définitivement le tronçon situé sur son territoire, à partir du Chemin de la Branche-du-Rapide. On fait valoir que la route n’est plus carrossable et qu’aucune propriété marievilloise n’a front sur cette route.

Dès lundi, des ouvriers de la Ville se sont affairés à installer de la signalisation pour interdire l’accès au chemin, divisé à parts presque égales entre les deux municipalités.

Cette décision a suscité de nombreuses questions au cours de la dernière séance publique du conseil municipal de Rougemont, dont plusieurs de citoyens demeurant sur le chemin des Dix-Terres qui seront pénalisés par la transformation de leur rue en cul-de-sac.

Stella Masseau demeure sur le chemin des Dix-Terres depuis 1975. Elle craint que la fermeture d’une extrémité de cette route allonge les délais de réponse, parfois cruciaux, des services d’urgence qui pourraient être appelés à se rendre sur les lieux. « Les ambulances vont être obligées de faire un détour », relève-t-elle.

La Rougemontoise plaide également que cette décision pourrait nuire aux commerces de Marieville, où bon nombre de ses concitoyens vont faire leurs achats. « Tant qu’à devoir me rendre sur la route 112, je suis plus près de Saint-Césaire pour faire mes courses. Et tant qu’à faire, aussi bien aller à Granby si j’ai besoin d’autre chose », affirme-t-elle.

Des Marievillois opposés à la fermeture se sont également présentés devant le conseil dans l’espoir d’obtenir leur appui. « C’est un rang surtout utilisé par les cultivateurs, a fait valoir Sylvain Many, qui habite sur le Chemin de la Branche-du-Rapide. Passer sur la route 112 avec notre machinerie, ce n’est pas l’idéal. »

« Il y a aussi une grosse porcherie, si le rang est fermé, il va devoir passer dans Rougemont avec son fumier », a renchéri son père, Roger Many.

Rougemont conteste

Le conseil municipal s’est montré très réceptif aux doléances citoyennes. L’adoption d’une résolution de contestation était d’ailleurs prévue à l’ordre du jour. 

La directrice générale Kathia Joseph a confirmé que la résolution marievilloise leur avait été acheminée le 5 avril par la poste, et qu’elle en avait accusé réception cinq jours plus tard.

« Ça ne fait pas notre bonheur que ce soit fermé, a concédé le maire de Rougemont, Michel Arseneault. On n’a pas trouvé moyen de les convaincre d’entretenir leur bout de chemin. »

Reprenant le même argumentaire que les citoyens, la municipalité compte plaider la sécurité civile pour faire valoir son point de vue, mais aussi que la fermeture posera problème pour les producteurs agricoles du secteur, qui empruntaient le chemin des Dix-Terres avec leur machinerie plutôt que la route 112. Ce faisant, ils devront parfois emprunter d’autres chemins de la municipalité, causant des désagréments pour la population.

Une copie de la résolution adoptée lundi soir devait être transmise à la Ville de Marieville, à la direction régionale du ministère des Transports et à la députée d’Iberville Claire Samson au cours de la journée de mardi.

Séance animée à Marieville

M. Arseneault, le conseiller Jeannot Alix et quelques Rougemontois se sont d’ailleurs présentés à la séance publique du conseil de Marieville, mardi soir, où plus d’une vingtaine de citoyens sont également venus réclamer des explications de la part des élus. Plusieurs ont également verbalisé leur mécontentement. 

Comme les producteurs agricoles sont pénalisés par la fermeture, André Viens clame que les ruraux marievillois sont traités comme des citoyens de deuxième ordre par la municipalité, qui a justifié sa décision par les coûts faramineux de l’entretien du chemin. 

« On aimerait pouvoir tout faire, mais on ne peut pas. On a bien étudié le dossier, mais il a fallu faire des choix », a fait valoir la mairesse Caroline Gagnon. 

L’agriculteur lui a répondu que la situation lui créerait des pertes de revenus, car il préfère cesser ses activités plutôt que d’emprunter le rang de la Montagne (route 229) avec son imposante machinerie. « C’est trop dangereux, a-t-il déclaré. Vous affectez notre sécurité. »

Guy Noiseux, qui travaille pour certains producteurs dont les champs se trouvent sur le chemin des Dix-Terres, a pour sa part affirmé qu’il se verrait obligé de délaisser cette clientèle. « Vous ne réalisez pas que le détour est beaucoup trop long. Il faut trouver une autre solution pour avoir accès », a-t-il dit. 

Sans reculer sur sa décision, la mairesse Gagnon s’est montrée ouverte à discuter du dossier avec les citoyens concernés afin de trouver une manière d’atténuer le désagrément causé par la fermeture.

Manque de communication

Les citoyens affirment que la municipalité n’a pas averti les citoyens de la fermeture imminente du chemin. « Je l’ai su par quelqu’un qui habite à Rougemont, allègue Sylvain Many. On a été voir à Marieville, qui dit qu’ils nous ont laissé des messages, mais on n’a jamais été informés. »

Michel Patenaude, qui déplore ne plus avoir accès à ses terres, affirme pour sa part avoir reçu un appel de la Ville il y a quelques semaines lui annonçant la tenue d’une rencontre, mais ne jamais avoir reçu les détails pour assister à celle-ci.

Selon la responsable des communications de la Ville de Marieville, Marie-Ève Hébert, des communications ont eu lieu régulièrement avec Rougemont pour aviser la municipalité de la suite des choses. « Les directions des travaux publics sont en communication pour assurer une transition en douceur », a-t-elle indiqué par courriel.

Mme Hébert a également indiqué à La Voix de l’Est que la mairesse Gagnon aurait informé M. Arseneault qu’elle envisageait de fermer le chemin « il y a plus d’un an », ce que contredit le maire de Rougemont. « Il y a un an, on m’a informé qu’il n’y aurait plus d’entretien ou d’investissements, sans avoir toutefois indiqué que cela mènerait à la fermeture [du chemin] », a-t-il fait savoir dans un échange de messages.

UN PONCEAU DEVENU INUTILE 

Dans sa portion marievilloise, le chemin des Dix-Terres enjambe un ponceau remplacé à grands frais en 2011 par le ministère des Transports. En effet, le ponceau, originalement en acier arqué, a été reconstruit en béton armé sous la chaussée de la route, au-dessus du ruisseau des Dix-Terres, pour un montant de 564 279,42 $, a confirmé Marie-Michelle Pilon, conseillère en communication à la direction générale de la Montérégie du MTQ. Elle précise que le ponceau est géré et entretenu par le MTQ par décret et qu’en raison de son importance, il est considéré comme une structure faisant partie de son programme d’inspection. « Il existe peu de ponceaux de cette taille », a fait savoir la porte-parole, qui n’a pu confirmer si le ministère avait été avisé par Marieville de la fermeture du chemin des Dix-Terres.