Paul Sicard veut faire revivre à sa façon Warden. Fils d’une McLaughlin, une des familles fondatrices de cette ancienne petite bourgade industrielle, il investit temps et argent depuis quelques années pour réaliser son rêve.

Faire revivre les souvenirs de Warden

Plusieurs l’ignorent, mais Warden a été l’un des berceaux de l’activité industrielle dans la région. Paul Sicard veut rappeler la grandeur perdue de cette petite bourgade loyaliste en faisant découvrir son riche passé aux touristes et aux gens de la région. Il planche sur plusieurs projets pour y arriver : ouverture d’un café près de la piste cyclable, enfouissement d’une capsule temporelle, ou encore création d’un musée historique.

« Il se passait beaucoup de choses ici. On avait trois moulins à bois, un moulin à farine, une fabrique de chariots, deux tanneries. C’était une communauté industrielle et prospère », explique M. Sicard. « Je suis passionné par cette municipalité », affirme ce graphiste, auteur et caricaturiste qui a grandi à Warden.

Passionné est un euphémisme ; M. Sicard est une encyclopédie vivante du passé de Warden. Quelques heures en sa compagnie et nous voilà bien renseignés sur les pères fondateurs de Warden, des activités commerciales et industrielles qui se déroulaient au village, de son importance géographique pour les passagers voyageant par diligence, de ses activités culturelles, mondaines et sportives en plus d’un peu de potinage historique !

Il faut dire que la famille de M. Sicard a contribué à façonner Warden. Ses ancêtres du côté maternel, les McLaughlin, ont en effet écrit une partie de l’histoire de la petite municipalité officiellement fondée en 1795. Le clan est arrivé en 1826 dans la région. Son arrière-grand-père, William, et son grand-père, James, ont tous deux exploité un atelier de fabrication de chariots sur la rue Principale.

M. Sicard veut célébrer la grandeur de Warden qui, n’eût été une décision d’affaires remontant à la fin du 19e siècle — la fermeture d’une tannerie employant une quarantaine de personnes et le transfert de ses activités dans le village rival voisin de Waterloo —, connaîtrait peut-être aujourd’hui une grande vigueur économique. Il est convaincu que cette délocalisation a sapé l’avenir de la municipalité.

Depuis plusieurs années maintenant, M. Sicard investit temps et argent pour sauvegarder le patrimoine bâti de Warden. Il a acheté puis déménagé près de la rivière l’ancien hôtel abritant le service de diligence. Il a ensuite acheté une maison ancestrale voisine de la maison où il a grandi. Sa dernière acquisition : l’ancien bureau de poste dont de malheureux choix de rénovation ont fait perdre à l’édifice son lustre d’antan. Il voit quand même grand pour ce bâtiment : il veut le transformer en café.

Son idée est de rabattre les cyclistes qui passent tout juste derrière sur la piste cyclable La Campagnarde et leur faire découvrir son village par les photographies, meubles, artefacts et livres anciens qui ont marqué l’histoire de Warden. « C’est l’endroit parfait. Les gens passent tout droit sur la piste cyclable sans s’arrêter. C’est dommage parce qu’il y a tellement à voir », soutient-il, montrant les belles maisons victoriennes qui affichent encore leur splendeur.

S’il n’en tient qu’à Paul Sicard, l’ancien bureau de poste, sur la rue Principale, à un jet de pierre de la piste cyclable, retrouvera son lustre d’antan pour accueillir un petit café. Des rénovations majeures sont nécessaires pour y arriver, reconnaît-il.

Richesses à découvrir

Plusieurs maisons ancestrales, bâties dans les années 1800, continuent en effet de se dresser fièrement le long des rues Principales et du Pont. D’anciennes églises anglicanes aussi, indique-t-il — l’une d’elles pourrait être destinée pour accueillir un musée, selon lui. Les vestiges des moulins, sur les berges de la rivière Yamaska Nord qui alimentait par sa force hydrique leurs équipements, sont bien visibles, note M. Sicard. Toutes ces richesses méritent d’être conservées et surtout découvertes, croit-il.

Un autre projet en gestation dans le carnet de M. Sicard est une capsule de temps. Il devait initialement l’enfouir en 2015 pour marquer les 220 ans de Warden. Il a manqué de temps, dit-il. Il compte bien se reprendre cet été. Il invite les résidants de Warden à lui apporter des objets à mettre dans la capsule.

Pour ce qui est du café, M. Sicard espère pouvoir commencer les rénovations, qu’il estime à plus de 100 000 $, dans les prochaines semaines. « On verra comment ça se passe. Je ne suis pas pressé », indique-t-il avec le sourire. « Ça me garde occupé », dit l’homme de 78 ans.