Les amendements apportés au schéma d’aménagement et de développement de la MRC ont pour effet d’exclure 94,3 % de son territoire de toutes activités minières. Seules les zones blanches peuvent potentiellement accueillir de telles activités.

Exploitation minière dans Brome-Missisquoi: 94,3 % du territoire incompatible

L’exploitation de mines est désormais presque impossible dans la MRC Brome-Missisquoi. L’amendement de son schéma d’aménagement et de développement fait que 94,3 % de son territoire est maintenant incompatible avec ce type d’activité.

Les maires ont adopté mardi un règlement modifiant plusieurs pans du schéma d’aménagement et de développement du territoire de la MRC pour limiter au maximum les possibilités que des sociétés minières s’installent dans la MRC. Les modifications apportées ont pour effet de limiter les endroits où elles peuvent opérer.

La MRC a eu recours à toutes les dispositions possibles de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme ainsi qu’à celles de la Loi sur les mines pour baliser les sites où les entreprises minières peuvent opérer. La recherche d’une « cohabitation harmonieuse avec d’autres usages » est au cœur du nouveau règlement. L’analyse du territoire a permis à l’équipe d’aménagement de la MRC d’exclure d’emblée toutes les zones urbaines, les zones rurales où se trouvent des regroupements résidentiels et les zones agricoles. Les activités minières ne peuvent être réalisées dans des rayons de protection de 600 mètres à un kilomètre de ces zones.

Ces trois types de zones équivalent à plus de 75 % du territoire, indique Nathalie Grimard, directrice adjointe de la gestion du territoire à la MRC. « On a passé le territoire au peigne fin. On a de grandes étendues de nature, mais on réalise qu’on occupe le territoire », note l’urbaniste.

Le sous-sol et tous les minéraux qui s’y trouvent appartiennent à l’État, rappelle Mme Grimard. Dans cette logique, la MRC a fait siens les paramètres de la loi que lui accorde le gouvernement pour retirer une partie de son territoire à certaines activités.

L’amendement du schéma d’aménagement et de développement est l’aboutissement d’une longue réflexion des maires de la MRC. Elle a pris naissance en 2017 lorsque les Métaux Osisko ont acquis 68 titres miniers sur les territoires des municipalités de Dunham et de Frelighsburg. La zone d’intérêt de l’entreprise s’étendait sur une distance de 15 kilomètres du chemin Maska à Dunham jusqu’à la frontière américaine (voir plus bas: Ville fantôme). La société minière y convoitait des gisements de zinc et de plomb.

Le maire de Dunham Pierre Janecek se réjouit que la MRC ait mis un cadenas sur ce dossier. « On est très contents. Ça menaçait notre municipalité. C’est parfait comme règlement parce que ça va nous assurer de ne pas avoir de mauvaises surprises », a-t-il dit en entrevue vendredi.

Le conseil des maires a passé un message d’une grande clarté aux entreprises minières, croit M. Janecek. « On les a assez découragées qu’elles ne voudront pas venir ici. C’est certain », a-t-il dit.

Bien que des zones demeurent accessibles aux minières, plusieurs ne pourront jamais être explorées. Elles sont protégées par d’autres lois ou ententes. C’est le cas des terrains dans le massif des monts Sutton (zones blanches en bas à droite sur la carte) qui jouissent de statut de conservation. D’autres zones du genre, comme celles au sud-ouest sont déjà occupées par des activités de sablières ou de gravières.

Approche mur à mur

Excédée des démarches de la MRC pour exclure presque tout son territoire de projets miniers, la direction des Métaux Osisko l’a informée le 7 novembre qu’elle abandonnait ses visées dans la région. La lettre, signée par Jeff Hussey, président et chef de la direction de la société minière, et adressée à la préfète Sylvie Dionne-Raymond, insistait sur le fait que l’entreprise voulait d’abord explorer le potentiel minier de ses titres. « Nous sommes plus que déçus que la MRC ait choisi une approche mur à mur plutôt que d’effectuer une réflexion pragmatique et réfléchie sur le développement d’un territoire », écrit-il.

La démarche de la MRC, poursuit M. Hussey, qui oppose « une activité aux autres au lieu de chercher la cohabitation et la conciliation des usages ne peut amener qu’à la stérilisation du développement économique d’un territoire », conclut-il.

La MRC Brome-Missisquoi n’est pas la seule à avoir limité le champ d’action des minières. Celles de Memphrémagog et Coaticook ainsi que la Ville de Laval l’ont déjà fait.

+ LA CRAINTE DE DEVENIR UNE VILLE FANTÔME

Pierre Janecek a craint le pire pour sa municipalité en apprenant que 65 titres miniers la concernaient. La découverte de gisements de zinc et de plomb plus importants qu’estimés aurait pu changer à jamais le visage de Dunham, croit le maire. Il souligne que la zone des titres incluait L’Orpailleur et ses vignobles voisins.

« Disons qu’ils viennent et exploitent ces gisements et réalisent qu’il y a beaucoup plus de minéraux qu’ils pensaient. Ils auraient offert beaucoup d’argent à des propriétaires pour acheter des terrains pour creuser encore plus. On a des fermes, des vignobles, on vit du tourisme. Ça aurait été une catastrophe pour nous. On serait devenu une ville fantôme éventuellement », raconte M. Janecek.

La MRC Brome-Missisquoi est connue pour ses paysages, soutient M. Janecek. En ce sens, l’exploitation minière ne s’inscrit pas dans le développement de la MRC, insiste-t-il. « Je ne pense pas que les gens qui viennent chez nous en touriste auraient très bien perçu de gros cratères partout. Je comprends que les compagnies cherchent à se faire de l’argent. Mais je ne pense pas que ces activités sont compatibles avec nos autres activités économiques et touristiques dans la MRC. On n’aurait aucun contrôle là-dessus. »