Existe-t-il de bons virus?

Q: «Ces temps-ci, quand on entend parler de virus, ils sont toujours dangereux. Par exemple, la grippe espagnole, le VIH… Existe-t-il de bons virus? Des virus qui sont utiles?» s’interroge Sylvie Pouliot, Québec.

R: En effet, les virus ont mauvaise réputation, car ils peuvent causer des maladies. Mais la très grande majorité est inoffensive!

Les vedettes chez les «bons» virus sont les bactériophages. Ceux-ci infectent seulement les bactéries. Ils sont donc sans danger pour l’humain.

Sylvain Moineau, spécialiste des bactériophages, rapporte que l’intérêt envers ce type de virus s’est accru ces dernières années. «Il y a de plus en plus de projets de recherche qui portent sur les bactériophages, car ceux-ci peuvent notamment nous aider à combattre les bactéries résistantes aux antibiotiques», explique ce professeur au département de biochimie, microbiologie et bio-informatique de l’Université Laval. Nous vous parlions d’ailleurs de certains travaux sur le sujet il y a quelques mois.

Les bactériophages avaient d’abord été beaucoup étudiés au début des années 1900. Leur utilisation a cependant été mise de côté avec l’arrivée des antibiotiques, qui représentent un traitement simple pour guérir les malades.

Le coup de pouce

Depuis 2003, Sylvain Moineau est responsable du Centre de référence pour virus bactériens Félix d’Hérelle, une collection de phages parmi les plus diversifiées dans le monde. Avec la pandémie, son équipe a reçu plusieurs demandes pour quatre phages en particulier.

«Certains bactériophages peuvent servir de “simulant de virus”. Par exemple, avant de tester l’efficacité d’un désinfectant contre le coronavirus, je peux vérifier s’il fonctionne contre un bactériophage, car celui-ci possède des structures similaires au coronavirus, indique le chercheur. Si ça ne marche pas avec le phage, on peut se réajuster sans avoir besoin d’un niveau de confinement supérieur [c’est-à-dire des mesures de sécurité supplémentaires au laboratoire].»

Les bactériophages, en plus d’être sécuritaires pour le personnel de laboratoire, sont peu coûteux et faciles à manipuler. En 2016, le chercheur et sa collègue Caroline Duchaine avaient d’ailleurs utilisé les bactériophages comme substitut de virus dangereux pour tester des produits chimiques destinés à désinfecter l’air ambiant. «On envoie des phages dans l’air d’une pièce pour voir si on est capable de les détecter. Caroline Duchaine a développé au fil des ans des outils de détection pour les virus dans l’air.»

La chercheuse de l’Université Laval travaille d’ailleurs à détecter le coronavirus dans l’air auprès des patients exposés.

Un microbiote diversifié

Lorsqu’on pense au microbiote, on pense souvent à ces bactéries bénéfiques pour notre flore intestinale, mais les virus en font également partie.

«Quand on parle de microbiote, c’est des bactéries, des levures, des moisissures, mais aussi des virus. On en a plein sur nous et à l’intérieur de notre corps», décrit Sylvain Moineau.

«Ce sont les entités biologiques les plus abondantes sur la planète. C’est sûr qu’ils ne sont pas tous dangereux, sinon, on ne serait plus là.»