La prolongation de la fermeture des centres de conditionnement physique a eu un impact sur la motivation de certaines personnes.
La prolongation de la fermeture des centres de conditionnement physique a eu un impact sur la motivation de certaines personnes.

Exercice physique: renouer avec la motivation

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
Forcés de fermer à la mi-mars, les centres de conditionnement physique ne sont pas près d’accueillir à nouveau leur clientèle, eux dont la réouverture est pour l’instant prévue à la toute fin du déconfinement. Cette interruption prolongée de services a commencé par avoir un impact sur la motivation de certaines personnes à continuer de bouger.

La clientèle de Mylène Massé, entraîneuse derrière La Fille en forme, s’est divisée en deux « clans » depuis l’apparition de la pandémie. « Ceux qui ont choisi de prendre le confinement comme un moment pour prendre soin d’eux et ceux qui ont choisi de se donner une pause », illustre la jeune femme, qui considère que chacun des groupes s’équivaut. « Les nouveaux clients compensent en partie pour ceux que j’ai perdus », dit-elle.

« Les gens ont continué à s’entraîner un temps, mais le stress a fini par prendre le dessus, constate pour sa part Jessica Meunier, kinésiologue-entraîneuse et fondatrice de Concept Kiné-vie. Avec la pandémie, on a mis l’activité physique de côté, comme nos saines habitudes de vie, mais ça va causer des dommages à moyen et long terme si on ne se reprend pas en main. »

L’entraîneur certifié Vincent Comtois remarque lui aussi un changement d’habitude chez une partie de sa clientèle. « Normalement, je change les plans d’entraînement aux 4 à 6 semaines, mais la majorité des clients ont préféré étirer la sauce jusqu’à la fin de la pandémie », a-t-il remarqué.

Le hic, ajoute-t-il, c’est que « tout le monde semblait penser qu’à la fin avril, ça serait fini. Alors là, comme ça perdure, on voit que ça a eu un impact sur la motivation des gens. Et il faut prendre en compte du fait que d’être dans un gym et de voir d’autres personnes s’entraîner a un effet motivateur sur notre propre performance. De plus, en ayant le garde-manger et le frigo tout près à la maison, ça favorise le grignotage. On va se ramasser avec des gens en surplus de poids, qui ont perdu beaucoup d’acquis. »

Cette motivation est aussi minée par le peu de variété qu’offre l’entraînement à la maison, estime M. Comtois. « Au début, les gens ont voulu embarquer dans la vague de l’entraînement à la maison, mais cet engouement a fini par s’essouffler. C’est limité en fonction de l’équipement qu’on a à la maison et de l’espace plus restreint qu’on a pour bouger », dit-il.

Mme Massé est toutefois en désaccord. Celle-ci n’a pas changé sa manière de préparer ses plans d’entraînement en raison de la fermeture des centres de conditionnement physique. « Pour s’entraîner, on a besoin seulement de notre corps, rappelle l’entraîneuse. Je prends en considération le matériel que mon client a à sa disposition, que ce soit l’équipement du gym ou ce qu’il a chez lui, même si ce n’est qu’une chaise et deux poids. »

En ligne pour maintenir la ligne

Jessica Meunier est du même avis, elle qui fait majoritairement des consultations à domicile. « J’ai toujours fait mes suivis directement chez les gens, alors de mon côté ça n’a pas changé grand-chose, outre le fait que mes suivis se font de manière virtuelle », explique-t-elle.

Chaque lundi, elle diffuse d’ailleurs une séance d’entraînement virtuelle en direct sur un groupe Facebook privé. L’accueil chaleureux réservé à son initiative l’incite à poursuivre ces séances en ligne au-delà de la pandémie.

« Mais ça reste qu’il n’y a pas le contact humain, nuance-t-elle. Je ne peux pas corriger la posture de mes clients et vérifier leur positionnement. Mais au moins, je peux les encourager! »

Pour sa part, Mme Massé ne se sent pas menacée par la popularité grandissante des applications proposant des programmes d’entraînement ou des suivis alimentaires. « J’ai une cliente que j’entraînais 3 fois par semaine qui a préféré se tourner vers une application d’entraînement depuis le confinement. Elle n’a plus besoin de moi, mais d’autres personnes préféreront avoir recours à mes services plutôt que d’utiliser ce genre d’outil-là. C’est une roue qui tourne », illustre-t-elle.

« Je n’ai jamais considéré les plateformes en ligne comme de la compétition, renchérit l’entraîneuse. L’application ne remplacera pas la personne qui te bâtit un plan sur mesure, qui s’assure que tu exécutes bien le mouvement et qui t’appelle pour prendre de tes nouvelles. Je crois honnêtement qu’on est complémentaires. Ce qui convient à une personne ne convient pas nécessairement à une autre. »

« Les applications, ça peut être une alternative en attendant, complète M. Comtois, mais les gens qui ont recours à un entraîneur sont souvent ceux qui ont besoin de soutien et d’encouragements, qui sont moins autonomes. »

Bouger pour mieux aller

Les conséquences seront visibles sur le plan physique, mais également sur le plan psychologique, préviennent les entraîneurs. « L’exercice est un exutoire pour le stress, avance M. Comtois. Arrêter de s’entraîner peut avoir un impact sur notre santé mentale. Là, on est chanceux que le confinement soit arrivé au printemps, parce qu’avec le beau temps et l’été qui arrivent, les gens peuvent sortir dehors pour bouger. »

« On doit se responsabiliser par rapport à notre santé. Tout part de nos saines habitudes de vie et bouger adéquatement en fait partie, ajoute Mme Meunier, ayant constaté un regain de motivation avec les beaux jours de mai. L’exercice physique a beaucoup de bienfaits pour la santé mentale. Avec le beau temps, il est important de pratiquer des activités extérieures qui nous font du bien. »