Noah Carrière, Marie-Ange Ferland et Émile Veillette, des élèves de 5e secondaire à J.-H.-Leclerc au PÉI, auraient souhaité une question portant sur des solutions pour lutter contre les changements climatiques.

Examen final en français: des élèves déçus de la frivolité de la question

Est-il trop tard pour lutter contre les changements climatiques? C’est ce que se demandent des élèves de 5e secondaire qui viennent de compléter leur examen de français du ministère de l’Éducation. Ils devaient rédiger un texte d’opinion de 500 mots répondant à la question « Peut-on s’adapter aux changements climatiques? »

« C’était vraiment une drôle de question. On ne s’adapte pas aux changements climatiques. Plein de gens meurent en raison de ses impacts. Il faut lutter contre les changements climatiques », affirme Émile Veillette, élève de 5e secondaire du programme d’éducation internationale (PÉI) à la polyvalente Joseph-Hermas-Leclerc à Granby. La question à poser, soutient le jeune homme de 16 ans, aurait dû porter sur les solutions pour limiter la hausse des températures moyennes.

Pour nourrir leur réflexion avant l’examen, tous les élèves de 5e secondaire au Québec ont reçu une semaine auparavant un « dossier préparatoire » du ministère de l’Éducation en vue de l’examen.

À l’intérieur du dossier, que nous avons consulté, on retrouvait une entrevue avec un ancien dirigeant du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), des reportages du Devoir, de L’actualité et de La Presse sur les efforts de l’industrie aérienne pour réduire son bilan environnemental, des résultats des premières études du GIEC, du phénomène des îlots de chaleur, des impacts des climatiseurs sur le climat, une analyse de la Banque mondiale sur la crise des migrants provoquée par les changements climatiques et enfin une entrevue de Libération avec un environnementaliste états-unien sur des solutions pour limiter les gaz à effet de serre.

Ces textes étaient certes intéressants et fournissaient beaucoup d’information sur les changements climatiques, souligne Marie-Ange Ferland, également élève du PÉI à J.-H.-Leclerc. Toutefois, note-t-elle, la perspective des jeunes était absente. Or, l’un des critères de correction du texte d’opinion à produire est qu’il doit « traduire la vision des jeunes du Québec » sur la question posée, lit-on dans le « dossier préparatoire ».

Les jeunes sont préoccupés par les changements climatiques et veulent s’y attaquer, assure la jeune femme. Comme son camarade Émile, elle aurait préféré que la question de l’examen porte sur cet aspect. « On nous demande notre opinion, mais basée sur ce que pensent les adultes. On ne nous demande pas ce que l’on pense. »

Une question plus serrée aurait été de mise, pense leur camarade de classe Noah Carrière. « Les changements climatiques, c’est un sujet assez complexe. La question qu’on nous posait était ouverte, trop ouverte », pense-t-il, déplorant son aspect superficiel. Une question plus précise aurait mené à des textes d’opinion plus profonds, dit-il. « Cela aurait permis aux élèves de mieux développer leurs idées. »

Climatiseurs et avions électriques

Le caractère frivole de la question a eu comme impact que des élèves ont douté de leurs textes, a dit Émile Veillette. « C’était une question à grande échelle alors que les solutions pour s’adapter sont à petite échelle. Je ne pense pas que de meilleurs climatiseurs ou des avions électriques vont venir à bout du problème des gaz à effet de serre que nous émettons », explique-t-il. Il faudrait plutôt explorer des solutions qui amèneront les gens à revoir leurs comportements de consommation, a-t-il dit.

Nous avons sollicité des entrevues avec le ministre de l’Éducation et de l’Enseignement supérieur, Jean-François Roberge. Son attaché de presse Francis Bouchard les a déclinées, nous référant à la réponse du ministre sur Twitter à la question posée lors de l’examen de français de son ministère. « Drôle de question, en effet. À mon avis, on aurait dû demander comment lutter contre les changements climatiques, et non s’il était possible de s’y adapter. Par contre, je suis fier que la jeunesse soit aussi sensibilisée et mobilisée sur cet enjeu », peut-on lire sur son compte Twitter.

LES ÉLÈVES SE MOBILISENT CONTRE LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES

Une page Facebook qui devait servir de lieu d’échanges pour la préparation de l’épreuve de production écrite en français de 5e secondaire s’est transformée en plate-forme de mobilisation pour la lutte aux changements climatiques.

La députée de Sherbrooke et critique de la deuxième opposition en matière d’éducation, Christine Labrie de Québec solidaire, croit que ce soulèvement relatif à la question d’examen par des adolescents prouve que leur esprit critique est aiguisé.

«Je trouve ça beau à voir. Il y a une incohérence dans cette question concernant l’adaptation aux changements climatiques. Il n’est pas question de savoir si on doit s’adapter. On doit faire quelque chose pour essayer de les contrer. On doit se regrouper pour lutter contre les changements climatiques », croit la députée de Sherbrooke.

Elle n’estime pas que la question puisse avoir été imposée par le gouvernement Legault, mais elle souligne que les jeunes réclament des solutions concrètes aux problèmes environnementaux.

«J’ai pris connaissance des textes de préparation et les élèves ont raison de dire qu’ils auraient pu avoir accès à plus de faits et non des opinions de chroniqueurs. Il y a très peu de contenu factuel. Ce débat met en lumière que l’État n’est pas mobilisé pour affronter les changements climatiques. Nous devons être en mode action», croit Christine Labrie.

Sur la page Facebook « Examen du ministère 2019 », maintenant suivie par plus de 35 300 personnes, plusieurs adolescents proposent d’organiser des manifestations pour la lutte aux changements climatiques et d’appuyer les partis politiques qui vont offrir des solutions concrètes en ce sens lorsqu’ils auront le droit de voter. René-Charles Quirion, La Tribune