En raison de la pandémie, l’événement National Bromont se tient devant des estrades vides.
En raison de la pandémie, l’événement National Bromont se tient devant des estrades vides.

Événements équestres durant la pandémie: «C’est bordélique»

Tenir des compétitions sportives en période de pandémie n’est pas une sinécure. Parlez-en à Roger Deslauriers. Malgré les nombreuses contraintes imposées par la santé publique, le promoteur d’événements équestres a décidé de se lancer dans cette aventure en montagnes russes. Contre vents et marées, il tient à bout de bras le National Bromont, dont les dernières épreuves auront lieu le week-end prochain devant des estrades vides.

Roger Deslauriers n’en est pas à ses premières armes en matière d’événements équestres. En fait, il est le grand patron de l’International Bromont, qui a dû être annulé après avoir été tenu sans interruption depuis 1975. Les défis logistiques, il connaît. La série de mesures à respecter durant la pandémie lui donne toutefois des sueurs froides.

«C’est tellement compliqué avec la COVID. Il faut prendre la température de tout le monde. Oh lord, c’est bordélique», a-t-il lancé en entrevue.

Selon le promoteur, le respect des règles est aléatoire, ce qui complexifie la tâche des organisateurs. «On a des [surveillants] qui passent. Il faut que tout le monde ait son masque. Les Québécois ne sont pas complètement disciplinés», a-t-il indiqué.

Rentabilité

L’opacité de la frontière canado-américaine a fait en sorte que seuls les cavaliers québécois sont admis pour le National Bromont. Et c’est bien ainsi, a concédé M. Deslauriers qui s’attend à accueillir un peu plus d’une centaine de participants.

«J’ai fait un plus petit événement. Je le fais pour le sport. Pour créer des événements pour les gens de chevaux. Après des mois d’inactivité, ils veulent sortir de chez eux et compétitionner.»

Or, en raison des contraintes sanitaires, le public n’est pas admis à l’événement. Seuls les membres de l’entourage des cavaliers peuvent y assister. Dans une telle conjoncture, la rentabilité est quasi inatteignable, voire illusoire. «On est obligés de [couper] partout. Et les commanditaires ne tombent pas du ciel», a fait valoir M. Deslauriers.

Verra-t-on d’autres événements équestres cette saison à Bromont? Rien n’est moins certain. «Je ne sais pas, a dit Roger Deslauriers. On ne peut pas faire des événements à perte et c’est très compliqué.»

Subventions

Côté subventions, la Ville de Bromont avait accordé, avant la pandémie, une contribution financière pouvant atteindre 57 700 $ à l’Association équestre Centaure, responsable de la tenue de huit événements prévus initialement en 2020. À ce chapitre, la Ville devait rembourser les sommes engagées par le promoteur, sur présentation de factures, en «priorisant les fournisseurs locaux de Bromont.» La municipalité avait également consenti l’équivalent de 4 000$ en services.

Toutes ces subventions seront révisées, a indiqué le maire de Bromont, Louis Villeneuve.

«Il y a de l’argent prévu au budget. Mais, étant donné le contexte de la COVID, on va ramener tous les événements, incluant les compétitions équestres, à la table du conseil pour voir si on accorde des sommes ou non. Il y aura des changements, car certains événements n’ont pas lieu et les retombées de ceux qui sont prévus ne sont peut-être pas les mêmes que celles envisagées.»

Roger Deslauriers, promoteur d’événements équestres, constate qu’il est très ardu de faire respecter les règles sanitaires.

«Tout passera par une grille d’évaluation», a mentionné le directeur général adjoint, des finances et du développement économique de Bromont, Richard Joyal.

adaptation

Cheval Québec chapeaute l’ensemble des événements équestres à travers la province. L’organisme reçoit donc les directives de la santé publique et crée ensuite des protocoles pour les organisateurs d’événements.

Dans les faits, le respect de ces règles est imputable aux organisateurs plutôt qu’aux participants, ce qui «alourdit leurs tâches», a indiqué la directrice au développement chez Cheval Québec, Renée Lévesque.

Outre la fameuse règle du deux mètres de distance entre les individus, les participants doivent également porter le masque lors de leurs déplacements sur le site, sauf quand ils sont en compétition.

En ce moment, Cheval Québec recommande de ne pas admettre de spectateurs sur les sites de compétition. Idem en ce qui concerne les participants d’autres provinces.

La prise de température de chaque cavalier, comme le préconise M. Deslauriers pour le National Bromont, n’est toutefois pas une exigence. «C’est un protocole demandé par Canada Équestre basé sur les demandes de la Fédération équestre internationale. Dans notre cas, une personne à l’accueil pose des questions liées à la COVID aux participants et aux spectateurs, s’il y en a», a fait valoir Mme Lévesque.

En ce qui concerne la gestion des sites de compétitions, des pistes de solutions sont à l’essai. La fragmentation en différents plateaux en fait partie. On parle notamment des aires d’attente, de réchauffement, des écuries. «Actuellement, on doit déterminer le nombre de personnes qui peuvent s’y trouver en même temps. Ça tourne en moyenne, selon la dimension, à un maximum de 50 à la fois», a dit la représentante de Cheval Québec.

L’adaptation est constante. «Ce qui est le plus compliqué, c’est que les informations changent à une vitesse plus rapide que notre capacité à les mettre en place, a-t-elle dit, faisant le parallèle avec les nouvelles règles permettant à 250 personnes de se trouver sur un site extérieur dès le 3 août. Les organisateurs doivent s’ajuster constamment.»

Ève-Marie Frappier, DG de Cheval Québec.

Au-delà des attentes

Le nombre d’initiatives lancées cette saison et leur diversité, malgré les contraintes, ont de quoi surprendre. «Je pense qu’avec le recul, on est bien contents de la façon dont se portent les sports équestres. C’est mieux que ce que l’on appréhendait en mars dernier», a fait valoir la directrice générale de Cheval Québec, Ève-Marie Frappier.

«Roger Deslauriers représente bien la majorité des organisateurs. Peu importe la discipline, les gens ont le goût de relancer la machine», a-t-elle renchéri.

À quoi peut-on s’attendre dans le circuit des sports équestres pour 2021? «Dans plusieurs disciplines, on doit se positionner selon les indications de notre fédération internationale. C’est certain que les initiatives en cours, qui sont particulières, demeurent très intéressantes et pourront se multiplier, a mentionné Mme Frappier. Advenant qu’on ne puisse pas reprendre les activités normales en 2021, il y aura quelque chose qui existera.»