Le préfet de la Haute-Yamaska, Paul Sarrazin

Estrie ou Montérégie: le statu quo a assez duré

Les maires de la Haute-Yamaska souhaitent que la MRC passe de la Montérégie à l’Estrie. Ce changement de région administrative viendrait simplifier bien des choses, estiment-ils.

Le préfet de la Haute-Yamaska, Paul Sarrazin, admet que le dossier est dans l’air. « Ça fait un certain temps qu’on est en réflexion sur cette ambiguïté de devoir travailler avec des ministères de deux régions différentes. Ne devrait-on pas avoir une appartenance à une seule région, plutôt que d’en chevaucher deux ? », questionne-t-il à voix haute.

« On en a discuté à la table des maires, qui sont unanimes pour dire que le statu quo n’est plus envisageable. Est-on Estriens ou Montérégiens ? Il faut corriger cette situation. »

D’emblée, une tendance « naturelle » se dégage au profit de l’Estrie, constate-t-il. Il mentionne notamment les secteurs de la santé, du sociocommunautaire, du tourisme et du transport, pour lesquels la Haute-Yamaska est liée à l’Estrie en tout ou en partie. Et ce, même si elle est officiellement partie prenante de la région administrative de la Montérégie.

« Le constat, c’est qu’on est de plus en plus avec l’Estrie. Pourrait-on être mieux servi en joignant cette région ? La question se pose. »

Prise entre deux chaises, la Haute-Yamaska est donc confrontée à diverses contrariétés d’ordre administratif. « Il faut se partager entre deux territoires. Nos agendas se remplissent à un rythme fou, car ça se dédouble. On reçoit, par exemple, des invitations à des tables de concertation qui relèvent de l’Estrie, mais on ne peut qu’écouter ce qui se dit, sans pouvoir se prononcer. Il y a un malaise dans le milieu », illustre Paul Sarrazin.

Ce dernier n’a d’ailleurs pas manqué d’en glisser un mot au ministre des Affaires municipales et de l’Occupation du territoire du Québec, Martin Coiteux, lors d’une rencontre avec ses collègues préfets de la Montérégie, en avril dernier.

« Il a été très étonné de voir un tel chevauchement et il a convenu de la difficulté », dit-il, convaincu que la situation de la Haute-Yamaska est unique au Québec.

Pour le bien de sa population et de ses organismes, poursuit le maire de Sainte-Cécile-de-Milton, la MRC doit profiter de la prochaine campagne électorale provinciale pour interpeller les candidats à ce sujet. « On va se battre pour que ça se règle. »

Brome-Missisquoi appelée en renfort
Pour ajouter du pouvoir à ses actions, la Haute-Yamaska aimerait faire front commun avec la MRC Brome-Missisquoi, qui vit un chevauchement similaire entre l’Estrie et la Montérégie.

« On aimerait discuter avec eux pour connaître leur opinion. Si on a une position commune, on serait plus forts ensemble qu’individuellement », croit M. Sarrazin.

La préfète de Brome-Missisquoi, Sylvie Dionne-Raymond, se dit ouverte à une rencontre, mais précise qu’un changement de région administrative n’a jamais été abordé par les élus de sa MRC. « On maintient le statu quo », affirme-t-elle, en avouant néanmoins que certains dossiers sont un peu plus complexes en étant « à cheval sur la clôture » séparant l’Estrie et la Montérégie. Mme Dionne-Raymond ne nie pas que cette situation peut aussi avoir certains avantages sur le plan économique.

Bonnardel « écœuré »
Le député de Granby à l’Assemblée nationale, François Bonnardel, ne tombe pas des nues. Cette problématique vécue en Haute-Yamaska, il la connaît bien.

« Je sais que beaucoup de gens sont tannés. J’ai rencontré le maire de Granby, j’ai vu certains documents et j’ai rencontré le Groupe Actions Solutions Pauvreté (GASP) il y a quelques semaines », dit-il.

Le politicien ne mâche pas ses mots. « Je vais être poli... Quand on est entrés dans la grande famille de l’Estrie [pour certains secteurs], on nous a dit “rentre dans la maison, mais ne t’assieds pas à la table. Reste dans le coin et on va te dire quand venir manger avec nous”. Je suis un peu écœuré de voir ces chasses gardées, surtout en ce qui concerne le communautaire. On reste à la frontière de l’Estrie, on est loin de Sherbrooke, et on a l’impression de ne pas avoir droit à une oreille attentive. »

M. Bonnardel assure qu’il « prend acte de la situation des maires qui sont un peu désespérés ».

« J’ai bien l’intention de répondre à leurs inquiétudes et de trouver une piste de solution. »