Les Phurax de Granby ont battu les Griffons de Montréal dans le cadre du tournoi amical entre les deux équipes qui vise à promouvoir le mini-goalball.

Essor du mini-goalball: quand la cécité a droit de cité

« Silence s’il vous plait, au jeu ! » C’est sur ces mots que débute chaque mise au jeu de mini-goalball, le volet jeunesse d’un sport paralympique méconnu qui compte de jeunes adeptes à Granby. Pour la première fois depuis quatre ans, les Phurax étaient l’hôte du championnat amical annuel les opposant aux Griffons de Montréal, qui était organisé dimanche par l’Association sportive des aveugles du Québec.

Le goalball est un sport vieux de plusieurs décennies inventé spécifiquement pour les personnes non voyantes. Il fait partie des compétitions paralympiques depuis 1980. Deux équipes de trois joueurs aux yeux bandés s’affrontent dans un gymnase dont la surface a préalablement été divisée en trois zones avec du ruban adhésif. Ce ruban permet aux trois défenseurs de s’orienter grâce au toucher. On utilise également un ballon sonore contenant des clochettes. Les joueurs ne peuvent donc compter que sur leur ouïe pour arrêter les lancers de l’équipe adverse et sur leur sens de l’orientation pour viser.

À Granby, c’est une enseignante de français de l’école primaire Les jeunes explorateurs qui est à l’origine de l’implantation du mini-goalball. « Je remplaçais l’enseignant d’éducation physique et j’ai proposé ce sport aux étudiants, raconte avec fierté Anne Campeau. À la fin du cours, ils m’ont demandé s’ils pouvaient continuer à s’amuser durant la récréation. »

Mme Campeau souhaitait intégrer l’un de ses étudiants atteint de cécité aux jeux d’équipe. « C’est l’un des seuls moments où il est égal avec ses camarades, où il peut s’amuser sans penser à son handicap », souligne-t-elle. Depuis qu’elle est retournée à sa classe de français, l’initiative a été reprise par un collègue en éducation physique.

D’ailleurs, à voir performer les Phurax, impossible de déterminer quel joueur est non-voyant. « Ils ont tous les mêmes contraintes, explique Laurianne Landry, qui était chargée de l’organisation du championnat pour l’Association sportive des aveugles du Québec. Une personne non voyante a souvent une ouïe plus développée, mais si elle est née sans la vue, elle aura beaucoup de difficulté à s’orienter dans l’espace et à apprendre les bons mouvements. »

Selon les joueurs du Phurax Justin Arès, Philippe Messier et Maxence Rainville, le plus difficile est de déterminer de quel côté se projeter pour arrêter le lancer adverse. « Lorsque le ballon arrive directement sur toi, ça peut être difficile de savoir de quel côté il arrive précisément », expliquent les jeunes sportifs entre deux périodes.

L’équipe hôte a disposé des visiteurs montréalais en prolongation, dans les locaux du centre L’Escale. Les Granbyens avaient pris une avance confortable, mais ont vite été rattrapés à 10-10 par les Griffons à la fin du temps règlementaire.

Bon pour le TDAH

L’objectif de la rencontre était surtout de faire connaître ce sport à un public plus large. Comme l’explique l’enseignante Anne Campeau, si davantage de jeunes se montrent intéressés par ce sport, il sera plus facile d’organiser une ligne digne de ce nom. « Il faut aussi intéresser les écoles secondaires. Il y a un des joueurs qui ira au secondaire l’an prochain et qui aimerait bien continuer à pratiquer ce sport », ajoute-t-elle.

Celle-ci tenait également à souligner que ce sport n’est pas bénéfique que pour les aveugles. « Plusieurs études démontrent que c’est aussi bon pour les jeunes avec un TDAH. Ils sont distraits par tout ce qu’ils voient, mais avec un bandeau, ça leur permet de se concentrer sur leurs autres sens », explique l’enseignante.

Entre les parties, l’Association sportive des aveugles du Québec a encouragé les spectateurs a essayé le sport en question. Une initiative qui a permis d’en séduire quelques-uns et de démontrer la difficulté de ce sport d’une surprenante intensité.

Implantation à Granby

L’organisme granbyen L’OEIL, qui offre des services aux personnes vivant avec un handicap visuel, aimerait ajouter ce sport à leur offre d’activités. Jean Royer et Pierre Champagne, respectivement président et directeur de l’organisme, étaient sur place pour mieux connaître ce sport qui ne compte qu’une poignée d’adeptes dans le monde. « On est venu voir à quoi ça ressemble, lance à la blague M. Champagne, qui est non voyant. Ce qui est bien c’est que tout le monde peut suivre la partie grâce au ballon sonore. »