Cédric Champagne, agent de développement pour l’organisme en santé mentale Entrée chez soi Brome-Missisquoi.
Cédric Champagne, agent de développement pour l’organisme en santé mentale Entrée chez soi Brome-Missisquoi.

Entrée chez soi Brome-Missisquoi: une vision alternative de la santé mentale

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
L’organisme communautaire en santé mentale Entrée chez soi Brome-Missisquoi, qui fêtera ses 20 ans en août prochain, a profité de la journée Bell cause pour la cause du 29 janvier pour livrer un plaidoyer sur sa page Facebook, revendiquant plus d’actions de la part du gouvernement, mais aussi - et surtout - plus de discussions autour de certaines maladies moins socialement acceptées.

« Certaines maladies font moins peur, sont moins dérangeantes », indique Cédric Champagne, agent de développement pour l’organisme depuis un peu moins d’un an.

« Bell parle surtout de dépression, d’anxiété et de burn-out. Tandis que d’autres maladies comme la schizophrénie, la paranoïa ou le trouble de la personnalité limite, ça vient plus nous déranger. Par exemple, à Montréal, quelqu’un qui entre dans un autobus en criant, en crise, ça dérange le monde dans leur train-train quotidien. »

« Belles maladies »

M. Champagne se désole que les « belles maladies », comme indiqué dans la lettre publiée sur Facebook, semblent prendre plus d’importance lorsqu’une discussion est lancée autour de la santé mentale.

« Nous nous réjouissons que ces réalités soient abordées dans l’espace médiatique. Mais nous demandons que les autres réalités de santé mentale soient discutées. Que tous les visages de la santé mentale soient mis au jour », peut-on lire dans la lettre.

Sans être un reproche à Bell, qui, rappelons-le, s’engage à verser 0,05 $ à des organismes et fondations pour chaque message texte ou appel admissible, tweet ou retweet utilisant le mot-clic #BellCause, et visionnement de la vidéo dans les médias sociaux, Entrée chez soi Brome-Missisquoi veut sensibiliser plus largement.

« C’est un reproche plus général à la société, même au gouvernement, qui priorise ce qui dérange moins, et qui accorde une plus grande importance à ce qui dérange moins. En laissant de côté certaines maladies, on ne peut pas développer de services pour elles. Si on ne parle pas d’un phénomène, c’est comme s’il n’existait pas », image M. Champagne.

Un désir d’équité, donc, pour l’organisme qui œuvre sur le territoire de Brome-Missisquoi afin de redonner leur pouvoir de citoyens aux personnes qui l’ont perdu, via leur exclusion à cause de leur problématique de santé mentale.

Entrée chez soi a comme mission de collaborer, d’accompagner et d’aider à atteindre l’autonomie chez les personnes aux prises avec des problématiques de santé mentale. L’organisme aide ses membres à atteindre leur plein potentiel, que ce soit en participant à des démarches citoyennes, en leur permettant de gérer leur logement, en leur apprenant à adopter une bonne hygiène de vie et en les accompagnant dans leurs projets.

« On y va par les forces de la personne, ses rêves. On va travailler avec la personne et non son diagnostic. On sort de la vision biomédicale », ajoute l’agent de développement.

Sous-financement

La lettre d’Entrée chez soi Brome-Missisquoi publiée sur les réseaux sociaux soulevait également quelques questions d’ordre économique.

« Quand on regarde la liste de fondations à qui donne Bell Cause, c’est beaucoup des grosses fondations privées. C’est du privé qui donne au privé. Ce n’est pas accessible à des petits organismes qui travaillent sur le terrain. Avoir de l’argent de Bell Cause, c’est comme gagner à la loterie ! », mentionne Cédric Champagne qui se demande également quel pourcentage du montant amassé correspond aux dons et quel pourcentage va à l’organisation et au fonctionnement du mouvement Bell Cause.

Ce dernier déplore également que l’État ne remplisse pas pleinement son rôle lorsqu’il est question de santé mentale.

« Cela fait plusieurs dizaines d’années que l’action communautaire autonome dénonce le sous-financement criant de la part de l’État. [...] Si l’entreprise n’est pas à blâmer, il pourrait quand même agir sur cette situation », peut-on lire dans le plaidoyer d’Entrée chez soi.

Un article du Devoir publié en 2017 intitulé Santé mentale : le problème avec Bell Cause pour la cause soulignait par ailleurs ce problème : « Le gouvernement du Québec semble abandonner les campagnes grand public au profit d’une prise en charge par l’entreprise privée (Bell Cause pour la cause, Partenaires pour la santé mentale, Morneau Shepell, etc.), ce qui n’est pas sans conséquence », écrivait-on.

Nommer le problème

Quelles solutions, quels changements peuvent être adoptés, donc, pour faire une différence en santé mentale ?

Il faut d’abord tout simplement en discuter, clame M. Champagne. « En nommant le problème, en disant que ça existe, ça crée la discussion dans notre société ».

Ouvrir le dialogue, certes, mais également donner plus de ressources financières aux organismes en santé mentale et investir dans le réseau de la santé, notamment en employant plus de psychologues et de travailleurs sociaux. Le gouvernement devrait également, selon M. Champagne, garantir les besoins de base, comme la nourriture et le logement, puisque ces déterminants sociaux sont capitaux lorsqu’il est question de santé mentale.

« Pour avoir un réel impact, nous croyons que ce genre d’entreprise (Bell) pourrait s’impliquer activement dans les revendications d’un salaire décent, offrir des horaires flexibles et contribuer de manière significative l’année durant dans les luttes contre les préjugés et le mal de vivre associé aux maladies mentales, et non seulement durant une journée », indique la lettre d’Entrée chez soi Brome-Missisquoi.

Créer des campagnes publicitaires afin de parler des troubles de personnalité, de paranoïa ou de schizophrénie, aiderait certainement à briser les tabous, à amener des discussions et à instaurer des services, croit M. Champagne.

« On a tous une santé mentale. Et il ne faut pas croire que santé mentale vient avec pauvreté. On a des membres qui font 120 000 $ par année qui viennent chercher de l’aide auprès de nous. Personne n’est à l’abri », conclut l’agent de développement, qui ajoute également que les médicaments ne sont pas la seule solution qui existe.

Certes, il ne nie pas le bénéfice, mais d’autres alternatives sont possibles.