« Tout est pris au sérieux. Rien n’est pris à la légère. C’est pour ça que le début d’une enquête est tellement important », indique Stéphane Cabana, capitaine aux enquêtes criminelles au Service de police de Granby.

Enquêtes sur les fugues et disparitions: intervenir rapidement

Rien n’est laissé au hasard lors des enquêtes portant sur les fugues, disparitions et enlèvements. L’affaire Cédrika Provencher, cette jeune fille enlevée dans la région de Trois-Rivières en 2007 et dont les ossements ont été retrouvés huit ans plus tard, a changé les façons de faire au sein des corps policiers du Québec. La Voix de l’Est vous propose une incursion au sein du Service de police de Granby où, comme partout ailleurs, tout est mis en œuvre pour élucider ces affaires le plus rapidement possible.

Les policiers de Granby sont appelés à intervenir pour retrouver toutes sortes de personnes, qu’elle soit suicidaire, qu’elle souffre de la maladie d’Alzheimer ou d’un problème de santé mentale, qu’elle ait fugué de son domicile ou du centre hospitalier.

Lorsqu’une telle situation est portée à l’attention des policiers, tout est mis en branle pour intervenir rapidement. « Tout est pris au sérieux. Rien n’est pris à la légère. C’est pour ça que le début d’une enquête est tellement important », explique Stéphane Cabana, capitaine aux enquêtes criminelles au Service de police de Granby.

Jusqu’en 2008, lorsqu’une plainte était déposée au Service de police de Granby et pour laquelle il n’y avait pas de danger imminent pour la vie du disparu, elle était d’abord analysée et traitée par le département de la gendarmerie. Les policiers se rendaient sur les lieux, prenaient la déclaration des citoyens et rédigeaient un rapport d’événement contenant, entre autres, la description de la personne disparue.

Après environ 10 jours, si la personne recherchée n’était toujours pas localisée, le dossier était transféré au département des enquêtes criminelles et un détective était affecté à l’affaire. « C’était le principal réflexe. Il n’y avait pas de structure d’enquête. On pouvait assigner le dossier à dix personnes différentes », explique le capitaine Cabana.

Le processus est aujourd’hui complètement différent.

Nouveau guide
L’affaire Cédrika Provencher a forcé les autorités policières à revoir leurs façons de faire, soit leur protocole d’intervention en pareille circonstance. « La prise en charge a changé. Les méthodes d’enquête ont évolué », résume le capitaine aux enquêtes criminelles.

Au tournant des années 2009-2010, un nouveau guide d’intervention en matière de disparition a vu le jour, fruit d’une collaboration entre la Sûreté du Québec, le Service de police de la Ville de Montréal et le Service de police de la Ville de Québec. Ce guide dicte notamment les rôles et les responsabilités de chacun au sein du corps policier.

Désormais, dès les premiers instants, le département des enquêtes criminelles est informé de la situation et peut intervenir plus rapidement.

Le rôle du patrouilleur qui rencontre la personne signalant une disparition est crucial. « L’important pour lui est de déterminer quel type d’événement il a devant lui pour bien aligner le début de l’enquête », indique le capitaine Cabana.

Si la disparition d’une personne est signalée aux policiers, ceux-ci se rendront à son domicile pour le passer au peigne fin. S’il semble avoir été fouillé et que la porte est défoncée, ce n’est peut-être pas une disparition, mais plutôt un enlèvement, cite en exemple le policier.

« Les indices recueillis au départ font foi de la suite. La collecte de données change tout le rôle d’une enquête », affirme M. Cabana.

Évaluer le risque
Le Guide en matière de situations d’urgence du corps de police granbyen consacre d’ailleurs une section aux fugues, disparitions, enlèvement parental et enlèvement par un étranger. Il dicte le protocole et les étapes à suivre pour chacune de ces situations. « Le but du guide est d’avoir un outil de travail à portée de main, efficace et dans lequel on retrouve toutes les situations d’urgence qu’on rencontre le plus souvent », explique M. Cabana.

L’une des premières étapes effectuées par le policier est d’évaluer le risque et de bien cerner de quel événement il s’agit. « Une enquête, c’est un chemin avec plusieurs choix de branches. Avec une structure et un formulaire d’évaluation du risque, chacune des branches doit être vérifiée. On veut s’assurer qu’on ne passe pas à côté de quelque chose », explique le policier.

Certains dossiers, en raison du niveau de service du corps policier granbyen, sont automatiquement transférés à la Sûreté du Québec. C’est notamment le cas lorsque les policiers croient qu’ils ont affaire à un enlèvement par un étranger avec un risque imminent pour la vie, ou à une traite de personne.

Pendant que les informations sur la personne disparue ou enlevée sont recueillies et colligées, des recherches sont effectuées dans le secteur où la personne a été vue la dernière fois, que ce soit le quartier où elle vit ou un parc où elle aurait été aperçue. « On devrait retrouver la personne là ou trouver des témoins potentiels », explique M. Cabana.

Si les policiers ont des informations voulant qu’elle se trouve à l’extérieur de la ville, les autres corps policiers peuvent être sollicités pour effectuer des recherches et confirmer certains renseignements.

Au cours des six dernières années, plus de 400 plaintes ont été déposées au service de police granbyen. Environ le quart de ces dossiers ont été traités par le département des enquêtes criminelles. Les adolescents qui ont quitté la famille d’accueil où ils vivent ou la résidence familiale représentent la moitié des investigations. Ces disparus sont généralement retrouvés rapidement, précise le policier.

Les autres dossiers traités en grand nombre par les enquêteurs sont notamment ceux de personnes suicidaires.

TROIS DOSSIERS NON RÉSOLUS

Plus de 400 dossiers de fugues et disparitions ont été traités par les policiers de Granby au cours des six dernières années. La plupart du temps, ces personnes qui manquent à l’appel sont rapidement retrouvées. À ce jour, trois dossiers ne sont toujours pas résolus à Granby. 

Julien Lemieux

Un homme, dont l’identité n’a jamais été révélée publiquement, manque à l’appel depuis mars 2004. Quelques années plus tard, en 2008, c’est Julien Lemieux, âgé de 41 ans, qui s’est évanoui dans la nature. L’homme atteint de déficience intellectuelle a l’âge mental d’un enfant de sept ou huit ans. Malgré de nombreuses recherches, il n’a jamais été retrouvé.

Patrick Brodeur, lui, n’a pas été revu depuis novembre 2013. Les policiers avaient notamment effectué des recherches près du domicile de l’homme âgé de 37 ans, rue Dorchester, mais en vain. Il demeure introuvable. 

Patrick Brodeur

« Les trois dossiers sont toujours actifs. Des recherches sont faites périodiquement. Il peut y avoir certaines relances, mais quand le temps passe, c’est sûr que c’est plus difficile au niveau de l’enquête. On manque d’informations », explique Stéphane Cabana, capitaine aux enquêtes criminelles au Service de police de Granby. 

Enquête transférée

La disparition du Granbyen Jacques Choquette n’est plus un dossier enquêté par le service de police municipal. « Le dossier a été transféré à la Sûreté du Québec parce qu’on le considérait comme un enlèvement », affirme le policier.

Le temps qui file est un facteur important dans ces enquêtes. « Plus ça va s’étirer, plus ça va jouer contre nous, estime le capitaine Cabana. Dès qu’une information entre, même si le dossier remonte à 10 ans, ça ne change rien. On va la valider. Si l’information est bonne, on va mettre l’énergie nécessaire. »