L’ex-président de la commission scolaire du Val-des-Cerfs, Paul Sarrazin, déplore le manque de transparence de l’organisation dans le récent dossier d’enfants maltraités à Granby.

Enfants maltraités à Granby: Sarrazin pointe le manque de transparence de Val-des-Cerfs

L’ex-président de la commission scolaire du Val-des-Cerfs, Paul Sarrazin, fulmine. Malgré les nombreux signaux d’alarme, notamment dans le milieu scolaire, un nouveau cas d’enfants maltraités à Granby éclabousse la Direction de la protection de la jeunesse de l’Estrie, que le gouvernement vient de mettre sous tutelle.

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« En 2019, on a eu un drame avec la mort d’une fillette de Granby maltraitée. C’était le choc pour tout le monde. La direction du CIUSSS de l’Estrie et de la Commission scolaire m’ont assuré que des mécanismes étaient en place pour éviter que ça se reproduise. Que les canaux de communication sont maintenant grands ouverts avec la DPJ. [...] Force est d’admettre que ça semble être de la frime tout ça », déplore Paul Sarrazin.

Le dossier en question concerne quatre enfants d’une même famille, mis sur la glace durant cinq mois avant que la DPJ l’évalue. Pendant ce temps, les jeunes vivaient dans des conditions exécrables. « Les enfants dorment sur des matelas sales et sans draps. Trois gros chiens vivent avec la famille et leurs excréments se retrouvent un peu partout dans le logement. Les enfants manquent de nourriture et ne déjeunent pas toujours le matin », peut-on lire dans la décision de la juge de la Cour du Québec, Pascale Bernardino.

Les enfants ont aussi subi de « mauvais traitements psychologiques » en contexte familial. La juge Bernardino mentionne que les policiers sont intervenus à plusieurs reprises auprès des parents, notamment en contexte de violence conjugale. Des visites d’inspecteurs du service des incendies de Granby dans le logement insalubre ont finalement fait bouger la DPJ, qui a ordonné, en novembre dernier, que les enfants soient placés en famille d’accueil.

Déresponsabilisation ?

La négligence physique de la fratrie avait des répercussions jusqu’à l’école. « Les enfants sont souvent négligés à tous égards. Leur hygiène est déficiente. Ils peuvent même sentir l’urine ou les excréments. Les professeurs doivent parfois les laver aux lingettes humides tant ils sont sales. Ils ont parfois des vêtements qui ne sont pas adaptés aux saisons », souligne la juge.

À la lumière de ces informations, pas de doute que la CSVDC était au fait du dossier, ou du moins aurait dû l’être, clame M. Sarrazin. Or, où la communication a-t-elle été déficiente ? se questionne-t-il. « Quand une enseignante doit laver des élèves parce qu’ils vivent, de toute évidence, dans des conditions extrêmes, c’est qu’il y a urgence d’agir. Pas cinq mois plus tard. Ça me révolte. Est-ce que le message s’est perdu en haut lieu à la commission scolaire ? J’espère que non. On ne peut pas se mettre la tête dans le sable dans des dossiers comme ça. »

Transparence

La commission scolaire a esquivé notre demande d’entrevue, refusant de commenter le dossier. « On ne reviendra pas sur la communication avec la DPJ puisque c’est un sujet qui a été abordé à plusieurs reprises au cours des dernières semaines », argue Mélodie Ménard, du département des communications.

Un manque de transparence « complètement inacceptable » selon l’ex-président de la CSVDC. « Le public est en droit de savoir ce qui a été fait de la part de la commission scolaire. Du moins pour envoyer des signaux à la DPJ. Pourquoi se cacher ? A-t-on quelque chose à se reprocher ? [...] Est-ce que c’est le genre d’image que l’on veut d’une institution publique ? Clairement, non. »

Malgré le rôle crucial du service des incendies de Granby dans le dossier, le directeur général Simon Boutin s’est également défilé. « C’est ma décision. On n’émettra aucun commentaire en lien avec la DPJ. Ça ne nous regarde pas. »

Selon Paul Sarrazin, on occulte trop souvent les commentaires d’enseignants qui brandissent des drapeaux rouges dans des cas d’enfants négligés. « Je comprends les enseignants d’être révoltés à l’occasion. Ils n’ont pas de soutien. Les gens qui font des interventions, entre autres à la DPJ, ne semblent pas les prendre au sérieux. Il faut que ça change. »