La femme de 39 ans avait plaidé coupable en mai à des accusations de voies de fait graves, de négligence criminelle ayant causé des lésions corporelles et d’omission de fournir les choses nécessaires à la vie.
La femme de 39 ans avait plaidé coupable en mai à des accusations de voies de fait graves, de négligence criminelle ayant causé des lésions corporelles et d’omission de fournir les choses nécessaires à la vie.

Enfant battu et maltraité : huit ans de prison pour la mère

Pascal Faucher
Pascal Faucher
La Voix de l'Est
Une mère de Granby trouvée coupable d’«un des pires cas de maltraitance d’enfant» vu par les experts ayant témoigné au dossier a écopé, vendredi, de huit ans de prison.

Le juge Conrad Chapdelaine, de la Cour du Québec, a rendu cette sentence en disant espérer que l’accusée de 39 ans amorce une réhabilitation.

«S’acharner de cette façon sur un enfant blessé, défiguré, constitue un cas de cruauté extrême», a-t-il indiqué lors de l’audience tenue au palais de justice de Sherbrooke et à laquelle assistaient l’accusée et la victime, séparément, par visioconférence.

Le magistrat a évoqué «un degré inouï de violence gratuite, directe et brutale», une «rage qui pouvait être déclenchée par une banale question». Le degré de culpabilité morale de l’accusée est «extrêmement élevé» et «la dénonciation doit être à la mesure du crime commis».

La femme, qu’une ordonnance de non-publication interdit de nommer afin de ne pas identifier la victime, avait plaidé coupable en mai dernier à trois accusations: voies de fait graves, négligence criminelle ayant causé des lésions corporelles et omission de fournir les choses nécessaires à la vie.

Incapable de marcher

Quand l’adolescent de 17 ans avait été pris en charge par les autorités, en février 2019, il nécessitait une assistance médicale immédiate. Il avait été retrouvé amaigri, couvert de plaies et d’ecchymoses, souffrait d’une dizaine de fractures, de problèmes pulmonaires, d’incontinence, d’une dent cassée et était incapable de marcher.

Il avait de la corne sur les genoux à force de ramper pour se déplacer dans le logement de la rue Denison Ouest qu’il occupait avec sa mère et ses deux jeunes frères. «L’accusée, a dit le juge, faisait régner un climat de terreur et de dénigrement à l’égard de [son fils]». Au point où «à force de se faire traiter de chien sale, il a fini par le croire».

La victime paraissait «provenir d’un camp de concentration». Au surplus, la famille vivait dans des conditions épouvantables, puisque des excréments humains, des déchets et des insectes jonchaient l’appartement.

C’est grâce à un huissier venu en expulser les occupants pour non-paiement de loyer, le 14 février 2019, que les autorités ont pu être alertées. Les trois enfants ont aussitôt été pris en charge. Quant à l’accusée, elle est détenue depuis son arrestation survenue ce jour-là.

La femme a dit en cour avoir honte de ce qu’elle a fait et s’est inscrite à «tous les programmes disponibles» en prison. Elle minimise néanmoins sa responsabilité et ne montre pas d’introspection, a dit le juge. «Sa véritable prise de conscience n’est arrivée qu’après son arrestation.» Elle n’a pas de trouble mental actif.

Sa victime a pris beaucoup de mieux et réside aujourd’hui en famille d’accueil, comme ses frères. Le jeune homme souffre toutefois de séquelles importantes et de retards de développement. 

«Il ne veut plus revoir sa mère, même s’il lui pardonne, a dit le juge Conrad Chapdelaine. Il se demande toujours pourquoi elle a agi de la sorte.» 

Dossier fermé à la DPJ

Son cas avait fait l’objet de 10 signalements à la DPJ depuis 2008, mais l’organisme a néanmoins «fermé le dossier» quelques mois avant l’arrestation de la mère. Une décision «hautement questionnable», a dit le juge, mais «qui ne diminue en rien la responsabilité de la mère, qui est entière». 

L’enfant avait aussi été retiré de l’école par sa mère en 2017; elle disait l’éduquer à la maison. 

La défense, représentée par Me Joalie Jenkins, avait plaidé que la médiatisation de cette affaire, qui précède de deux mois celle de la «fillette de Granby», devait compter pour un facteur atténuant en regard de la peine à imposer à sa cliente.

Un argument que le juge Chapdelaine a rejeté en mentionnant que la couverture médiatique n’avait été «ni abusive ni démesurée» et qu’il s’agit «d’une conséquence découlant directement du caractère odieux du crime».

En soustrayant le temps déjà passé en détention préventive, il restera 64 mois et dix jours à purger à l’accusée. Il lui est interdit de communiquer avec son fils pour le reste de son incarcération.

La poursuite, représentée par Me Valérie Simard-Croteau, réclamait 12 ans de prison et la défense, entre trois et cinq ans.