Énergie Est abandonné, soulagement à Québec

Patricia Cloutier
Patricia Cloutier
Le Soleil
Les maires de la région de Québec ont tous poussé un soupir de soulagement après avoir appris jeudi la fin du projet d’oléoduc Énergie Est. Le député conservateur Gérard Deltell s’insurge quant à lui que le gouvernement «crache sur le pétrole canadien».

Le maire de Lévis Gilles Lehouillier considère comme «une bonne chose» que le projet d’oléoduc ne voit pas le jour. «Ça avait un impact sur 52 kilomètres de notre territoire pour à peu près pas de retombées économiques», lance-t-il. Le Lévisien s’inquiétait surtout des risques de déversement pétrolier dans les sources d’eau potable de la ville. «Il y a une leçon à tirer de ça. On ne peut plus réaliser des projets sur des territoires sans obtenir minimalement l’assentiment des populations», opine-t-il.

«C’est une excellente nouvelle», a pour sa part réagi Sylvain Juneau, maire de Saint-Augustin. C’est à la hauteur de sa ville que l’oléoduc devait traverser le fleuve Saint-Laurent pour ensuite voyager sur la rive sud. «Pour nous, c’était un non formel au projet. Il n’y avait pas de risques à prendre.» M. Juneau soutient que plusieurs de ses concitoyens s’inquiétaient du fait que l’énorme tuyau transportant du pétrole serait passé à quelques mètres de leurs résidences. 

Le maire de Québec Régis Labeaume n’avait pas dit non d’emblée au projet, mais il avait encore «des centaines de questions» pour les promoteurs. Selon lui, c’est la région de Québec qui courait le plus grand danger dans ce projet d’oléoduc, étant donné que «c’est ici que ça traversait le fleuve». «C’est nous qui étions les plus vulnérables […] Pour nous autres, c’est un danger qui est écarté, bravo», a-t-il soutenu en marge d’un point de presse. 

La raffinerie Valero de Lévis n’était d’ailleurs pas un partenaire du projet et a tenu à rester neutre jeudi. «Si l’oléoduc avait vu le jour, il aurait simplement pu nous fournir une option supplémentaire d’approvisionnement», explique le porte-parole Louis-Philippe Gariépy. 

À Montréal, le maire Denis Coderre s’est dit «satisfait que TransCanada abandonne ce projet, compte tenu du faible niveau d’acceptabilité sociale».

Pas de regrets

À l’Assemblée nationale du Québec, aucun parti politique n’a regretté la mort du projet. Les ministres du gouvernement Couillard ont plutôt rappelé la nécessité de se tourner vers des formes d’énergie renouvelable.

Le député fédéral de Louis-Saint-Laurent Gérard Deltell a quant à lui vivement critiqué le gouvernement libéral de Justin Trudeau, qu’il considère responsable de cette décision de la compagnie TransCanada. «Pourquoi le premier ministre crache sur le pétrole canadien?» a-t-il demandé à la période de questions à Ottawa. 

Les conservateurs accusent le gouvernement Trudeau de créer deux poids, deux mesures en soumettant les projets de transport du pétrole de l’Alberta à des standards qui ne sont pas appliqués pour le pétrole importé de l’étranger. «On est très sévères envers le pétrole canadien alors qu’on a les bras ouverts pour le pétrole étranger», déplore M. Deltell.

L’Office national de l’énergie a décidé en août d’élargir le processus d’évaluation pour tenir compte de la production de gaz à effet de serre (GES) en amont et en aval du projet, donc non seulement durant la construction et l’exploitation de l’oléoduc, mais également pour les phases de production et de consommation du pétrole qui y circulerait.

TransCanada a d’ailleurs évoqué ce changement comme la raison qui l’a amené à abandonner le projet. «À la suite d’une analyse approfondie des nouvelles exigences [...] nous ne poursuivrons pas les démarches», a fait savoir le président de la société albertaine, Russ Girling, par voie de communiqué.

Le ministre fédéral des Ressources naturelles, Jim Carr, a défendu le processus d’évaluation environnementale plus rigoureux et a souligné qu’il s’agissait d’une décision d’affaires de TransCanada influencée par le prix du pétrole.

L’abandon du projet a fait d’autres mécontents. Les premiers ministres de l’Alberta et du Nouveau-Brunswick ont exprimé leur déception, tout comme le Conseil du patronat et la Fédération des chambres de commerce du Québec. «Ce sont des milliers d’emplois en génie civil et en construction industrielle qui ne verront pas le jour au Québec», a critiqué Stéphane Forget, pdg de la fédération. 

Avec Annie Morin et La Presse canadienne

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ÉNERGIE EST EN 5 DATES

Avril 2013 : Annonce du projet d’oléoduc de 4500 km, de l’Ouest canadien au Nouveau-Brunswick

Novembre 2013 : Ajout d’un port pétrolier à Cacouna; inquiétudes quant à la sécurité des bélugas

2015 : Abandon de l’idée de construire un port pétrolier au Québec

2016 : Les audiences publiques sur le projet sont perturbées par des opposants

Octobre 2017 : Abandon complet du projet d’oléoduc de 15,7 milliards $