Les médecins Louis Godin, président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, et Jacques Bergeron, président de l’Association des médecins omnipraticiens d’Yamaska, ont présenté les plus récentes données sur les patients inscrits auprès d’un médecin de famille, jeudi.

Encore de nombreux patients en attente d'un médecin de famille dans la région

Près de 90 % des citoyens de la région ont trouvé un médecin de famille, mais la situation demeure tout de même problématique. Alors que la région de la Yamaska, qui inclut aussi St-Hyacinthe, se trouve en bonne posture, elle devient moins prioritaire pour l’attribution de nouveaux médecins. Et pourtant, la situation demeure criante pour les soins de deuxième ligne, c’est-à-dire dans les établissements de santé.

En incluant la région de St-Hyacinthe, la Yamaska affiche un taux d’inscription de 87 %, alors qu’en 2014, lorsque ce genre de données a commencé à être comptabilisé, il se situait à 74 %. La clientèle orpheline risque toutefois d’augmenter prochainement dans la Pommeraie.

« Il reste quand même beaucoup de clientèle orpheline, soutient Dr Jacques Bergeron, président de l’Association des médecins omnipraticiens d’Yamaska (AMOY), rencontré avant la tenue de l’assemblée générale annuelle de l’organisation. On est au-delà de 25 000 personnes, principalement dans la région de St-Hyacinthe. »

Avec l’ambiance qui régnait depuis quatre ans sous le gouvernement Couillard, certains changements ont été apportés et ont causé d’autres problèmes, ajoute-t-il.

« On a eu un ministre, Dr Barrette, qui a beaucoup chamboulé le réseau de la santé, précise le médecin. Et c’est à tous les niveaux. Ce ne sont pas seulement les médecins de famille. Ce sont les infirmières, les préposés aux bénéficiaires, les gestionnaires du réseau, l’organisation générale du réseau de la santé. Ça a été un bouleversement, d’une part, et d’autre part, une attitude qui a été assez destructrice pour le climat de travail. »

Renverser la vapeur

La première conséquence de cette attitude a été de dissuader les étudiants de choisir la médecine de famille comme spécialité. Le réseau s’est retrouvé en déficit puisque le nombre de nouveaux médecins n’était pas suffisant pour combler le vide laissé par les nouveaux retraités.

La tendance s’est heureusement inversée. « Le climat actuellement est beaucoup plus respectueux, plus basé sur la collégialité et vers ce qu’on peut faire ensemble pour trouver des solutions aux problèmes du réseau. Je pense que, dans un climat de respect et de collaboration, on arrive à de plus grandes choses. Et les dernières statistiques qu’on a sur le choix qu’ont fait les étudiants dans la dernière année démontrent une reprise de l’engouement pour la spécialité de la médecine de famille. »

En effet, selon le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, Dr Louis Godin, 504 postes de résidence en médecine de famille étaient disponibles, l’an dernier, et un peu moins de 480 étudiants y ont appliqué. En principe, après deux ans de résidence, 480 médecins de famille arriveront sur le marché. Il s’agit donc d’un renversement de situation.

Dans le réseau de la santé de la Haute-Yamaska, il faudrait entre 5 et 8 nouveaux médecins. Or, seulement deux ont été promis par le gouvernement pour l’été prochain.

Ces données n’étaient pas disponibles pour le RLS de la Pommeraie. Le taux d’inscription à un médecin de famille dans la région de Brome-Missisquoi risque cependant de se dégrader.

Avec le décès du Dr William Barakett et le départ à la retraite de l’un de ses collègues, environ 4000 patients se retrouvent sans médecin de famille. Ils ne sont pas encore tous inscrits au guichet d’accès provincial, mais une hausse de patients sur la liste d’attente a déjà été remarquée, en septembre.

La clinique au détriment de l’hôpital

« Le travail des médecins de famille, il y a une partie en première ligne, une partie en deuxième ligne, reprend le président de l’AMOY. On parle d’urgence, d’obstétrique, d’hospitalisation, de soins palliatifs, la gériatrie, les CHSLD. »

Dr Bergeron indique que la deuxième ligne représente habituellement environ 40 % de la charge de travail d’un médecin de famille au Québec, ce qui est beaucoup plus que dans les autres provinces canadiennes.

« Quand on a conclu l’accord sur l’accessibilité avec le gouvernement précédent, il fallait diminuer la charge en deuxième ligne et augmenter la première ligne [en clinique], se souvient Dr Bergeron. Ça s’est réalisé, mais partiellement, parce que ce à quoi on s’est attendu ne s’est pas concrétisé. »

« Le gouvernement a voulu diriger les étudiants à l’extérieur des établissements de santé parce que la priorité était la prise en charge [de patients], renchérit Dr Godin, qui était de passage à Granby dans le cadre de sa tournée québécoise. Alors on disait que, maintenant, les médecins de famille allaient consacrer leur temps en cabinet. C’est une chose qui va un peu contre nature parce qu’ici, au Québec, les étudiants sont formés pour travailler à la fois à l’hôpital et en cabinet. Le fait de devoir travailler presque exclusivement en cabinet, ça a eu un effet très important. Et ça, les étudiants nous l’ont clairement exprimé. »

Découverture

En plus de nuire aux inscriptions en médecine de famille, il en a résulté une découverture des soins de deuxième ligne. Certains établissements publics ont eu besoin de l’aide de médecins de dépannage pour faire des semaines d’hospitalisation. Ces médecins font le choix de dépanner les établissements un peu partout au Québec, selon la demande.

La situation est telle que, pour la première fois, l’hôpital de Granby a dû demander cette aide. « C’est de plus en plus difficile de maintenir les services à l’hôpital de Granby. On a besoin des médecins de famille pour faire ce travail-là, évoque le président de la fédération. Lorsque les hôpitaux s’adressent à nous et au mécanisme de dépannage pour qu’on leur envoie des médecins pour venir les supporter [...], ça démontre bien la précarité de la situation. »

Il ne croit pas que l’hôpital Brome-Missisquoi-Perkins a fait une telle demande dans la dernière année.