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Olivier Hamel, propriétaire du Nuance Vape.
Olivier Hamel, propriétaire du Nuance Vape.

Encadrement du vapotage : l’interdiction des saveurs laisse un goût amer à l’industrie

Nicolas Bourcier
Nicolas Bourcier
La Voix de l'Est
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L’industrie du vapotage réagit défavorablement à l’intention de Québec d’interdire la vente des produits avec saveur. Des commerçants craignent que cette mesure pousse plusieurs adultes à renouer avec la cigarette sans avoir de véritable impact sur le tabagisme chez les jeunes.

Inquiet de la hausse de consommation des produits de vapotage chez les jeunes, le gouvernement provincial souhaite mieux encadrer cette pratique en limitant le taux de nicotine qui se retrouve dans les e-liquides à 20 mg/ml et en interdisant la vente des produits à saveur autre que celle du tabac.

Si l’Association québécoise des vapoteries (AQV) salut la première mesure proposée, elle appréhende les effets négatifs de la seconde.

Ces produits représentent environ 80 % des ventes des 480 boutiques de vapotage qu’on retrouve au Québec, indique le propriétaire des boutiques Nuance Vape situées à Granby, Cowansville et Farnham, Olivier Hamel. «Si on perd 80% de nos ventes, ça veut dire que nos adultes consommateurs au Québec utilisent les saveurs. Si on les enlève, il y a de fortes chances qu’ils retournent au tabac », avance-t-il, citant en exemple la rechute de plusieurs ex-fumeurs lorsque les commerces de vapotage étaient fermés durant le confinement du printemps.

Dr Martin Juneau, cardiologue et directeur de la prévention à l’Institut de Cardiologie de Montréal, a d’ailleurs fait plusieurs sorties publiques contredisant la Santé publique et assurant que le vapotage est un outil efficace pour aider les fumeurs à se défaire de leur dépendance. Citant un rapport de la Santé publique britannique, il soutient que les cigarettes électroniques sont 95% moins nocives pour la santé que les cigarettes traditionnelles.

« Au Québec, on carte »

«Je suis loin d’être d’accord avec la consommation de la vape chez les moins de 18 ans, mais ce n’est pas d’hier qu’on a des problèmes avec les jeunes qui ne respectent pas les lois, nuance Olivier Hamel. On a le meilleur pourcentage de cartage au Canada, soit 91% dans les boutiques de vapotage et 90% dans les dépanneurs. On carte les jeunes au Québec. On le fait, et on le fait bien, contrairement au reste du Canada.»

Les commerçants de l’industrie affirment qu’il leur arrive fréquemment de refuser des ventes lorsqu’ils croient que le produit n’est pas destiné à la personne qui achète.

Au Québec, la vente de produits de vapotage en ligne est interdite depuis 2015, mais elle est possible dans les provinces voisines. Un jeune qui veut avoir accès à ces produits rencontrera peu de difficultés pour se faire livrer le produit, poursuit Olivier Hamel. «Quand bien même qu’il y aurait des lois au Québec, tant que les jeunes sont capables de commander en ligne, c’est ce qu’ils vont continuer de faire. On est en train de payer pour quelque chose sur lequel on n’a même pas le contrôle.»

Même son de cloche du côté du franchisé de la bannière Vape Dépôt, Pascal Dufresne, parlant en son nom personnel, qui y voit des «mesures contre-productives» qui pourraient encourager le marché noir. «La prohibition ce n’est jamais une bonne chose», ajoute-t-il, déplorant que l’utilisation des produits de vapotage comme un outil de réduction des méfaits ne fût pas soulevée dans le rapport de la Santé publique.

L’industrie du vapotage emploie directement ou indirectement près de 4500 personnes et Pascal Dufresne craint que jusqu’à 80% des commerces de vapotage doivent mettre la clé dans la porte si les saveurs sont interdites. La propriétaire de la boutique de Granby Tu Vap, Cynthia Bolduc, possède aussi deux autres boutiques à Québec et estime à plusieurs milliers de dollars son inventaire de produits à saveur. Leur interdiction et l’ajout d’une taxe de 50 sous par ml, une des recommandations du rapport, pourrait la forcer à fermer boutique et mettre à pied sa dizaine d’employés, un constat difficile à accepter alors que la pandémie entraîne déjà de nombreuses fermetures de commerces.

Hausse de la consommation chez les jeunes

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a fait cette annonce à la suite des recommandations énoncées dans le rapport du directeur national de la Santé publique, publié le 9 décembre, sans toutefois préciser l’échéancier pour l’application de la réglementation.

Si l’Association québécoise des vapoteries (AQV) salut la décision de limiter le taux de nicotine à 20 mg/ml dans les e-liquides, elle s’inquiète que l’interdiction des saveurs entraîne la rechute de plusieurs fumeurs et la fermeture de nombreuses boutiques.

«Avec la popularité croissante des produits de vapotage, notamment chez les jeunes, il devient impératif d’agir afin d’éviter qu’une nouvelle génération devienne dépendante de la nicotine à cause de ces produits, a-t-il déclaré. Les recommandations concernant les arômes et saveurs, ainsi que la limite maximale de nicotine nous interpellent particulièrement.»

Le gouvernement s’appuie entre autres sur les résultats de l’Enquête québécoise sur le tabac, l’alcool, la drogue et le jeu chez les élèves du secondaire (ETADJES), qui rapporte que la proportion des jeunes ayant vapoté dans les 30 jours précédant l’enquête a quintuplé en 6 ans, passant de 4 % en 2013 à 21 % en 2019.

Les sept recommandations du rapport

  • Interdire la vente des produits de vapotage comportant une saveur ou un arôme autre que ceux du tabac, comme c’est le cas pour les produits du tabac.
  • Limiter à 20 mg/ml la concentration maximale en nicotine de tous les produits de vapotage ainsi qu’encadrer la capacité des réservoirs et le volume maximal des bouteilles de liquide à vapoter.
  • Instaurer un permis de vente pour les produits de vapotage et, par souci de cohérence, instaurer un permis de vente pour les produits du tabac.
  • Diminuer la densité des points de vente de produits de vapotage à proximité des établissements d’enseignement.
  • Appuyer l’adoption d’une taxe spécifique provinciale sur les produits de vapotage.
  • Établir un cadre réglementaire afin de limiter les caractéristiques des produits de vapotage, notamment celles qui peuvent être attrayantes pour les jeunes.
  • Encadrer de façon stricte les produits émergents, tels que les produits nicotiniques récréatifs sans tabac.