Marie-Pier Bienvenue et Sylvie Lévesque, zoothérapeutes chez Éduc et Poils, travaillent avec plusieurs espèces animales.
Marie-Pier Bienvenue et Sylvie Lévesque, zoothérapeutes chez Éduc et Poils, travaillent avec plusieurs espèces animales.

En zone rouge avec Pitou

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
Toutou, minou ou perruche peuvent être de grandes sources de réconfort en temps de confinement à la maison. Quels effets la pandémie a-t-elle eus sur les adoptions et les abandons d’animaux de compagnie ? Au niveau des adoptions, « c’est la folie », affirme Carl Girard.

Avoir ou non un animal de compagnie à la maison en temps de confinement, « c’est le jour ou la nuit », dit-il. « Au moins, les gens qui habitent seuls peuvent avoir une présence avec qui parler, un contact physique, de l’affection à donner. »

En parlant avec des clients, Brigitte Lavoie, propriétaire de l’animalerie Bedford, a observé une nette augmentation des demandes ces derniers mois, bien que son animalerie ne vende pas de chiens ou de chats. « C’est très couru. Beaucoup de gens cherchent à adopter. »

Elle déplore cependant le fait que des éleveurs « en profitent pour monter les prix, ou pour s’improviser éleveurs, qui ne tiennent pas compte des caractéristiques de l’animal et qui n’ont pas les connaissances adéquates ».

Que fait-on avec son animal en confinement ? « S’amuser avec lui ! conseille Marie-Pier Bienvenue, zoothérapeute chez Éduc et Poils. Aller chercher des outils pour le faire travailler. Pas juste prendre une marche, mais aller voir les activités que proposent les entraîneurs canins. »

Carl Girard est directeur général de la SPA des Cantons.

Pas de précipitation

Cependant, toutes les personnes interpellées sont unanimes : on n’effectue pas l’adoption d’un animal sur un coup de tête. « Le danger en temps de pandémie, c’est que la personne adopte un animal sur un coup de tête parce qu’elle se sent seule. Mais, quand la vie reprendra un semblant de normalité, qu’adviendra-t-il de l’animal ? Combien d’animaux vont être abandonnés ? », se questionne Sylvie Lévesque, zoothérapeute au même endroit.


« Ce n’est pas parce qu’on est en pandémie qu’on donne les animaux. Pour adopter, il faut être honnête avec soi-même. Les gens ont une vision bucolique d’avoir un chien. »
Carl Girard, directeur général de la SPA des Cantons


Carl Girard, directeur général de la SPA des Cantons, abonde aussi en ce sens, tout en précisant que ces derniers mois, à la SPA des cantons, « il n’y a pratiquement pas eu d’abandons de chiens. D’habitude, au printemps, on a beaucoup d’abandons, mais pas cette année. C’est assez exceptionnel ».

Pour ce qui est des chats, c’est resté assez constant, « malheureusement », dit-il.

Moins d’abandons présentement, certes, mais le directeur général craint la suite.

« Dans le milieu, tout le monde s’attend à ce qu’il y ait une vague d’abandons au printemps, quand les gens vont retomber dans leur routine. »

Les services de Zoothérapie Éduc et Poils se déroulement notamment chez Atypicoeur, à Granby, où les intervenantes louent un espace.

Marie-Pier Bienvenue, également zoothérapeute à Zoothérapie Éduc et Poils, donne l’exemple d’un chien qui serait constamment avec son maître en télétravail à la maison, ce dernier devant retourner au bureau éventuellement. « Que le chien se retrouve 8 ou 10 heures seul à la maison soudainement, ça pourrait engendrer des problèmes de comportement, ce qui pourrait pousser le maître à s’en débarrasser. »

« Être honnête avec soi-même »

Carl, Marie-Pier et Sylvie clament toutefois à l’unisson qu’une adoption, c’est pour la vie. Ce n’est pas une décision prise à la légère.

« Notre processus d’adoption est aussi sévère qu’avant, signale Carl. Ce n’est pas parce qu’on est en pandémie qu’on donne les animaux. Pour adopter, il faut être honnête avec soi-même. Les gens ont une vision bucolique d’avoir un chien. »

Par exemple, ajoute-t-il, des personnes âgées aujourd’hui de 70 ans se rappellent quand ils avaient un chien à 30 ans, les bons souvenirs, mais ne se rappellent pas de la patience nécessaire aux bons soins du chien. Ou encore, ils se souviennent quand ils en avaient un, enfant, et qu’ils en achètent un à leur enfant en se basant uniquement sur l’affection qu’ils avaient. « Il faut que les gens se demandent : ai-je le même niveau de patience qu’avant ? Il faut qu’ils soient honnêtes. Le reste va suivre. »

Sylvie Lévesque suggère aux familles d’adopter d’abord un cochon d’Inde, qui nécessite moins d’entretien qu’un chien ou un chat, et qui fait office de « test de responsabilisation pour la famille ».

Zoothérapie et présence

Certes, la présence d’un animal de compagnie peut avoir des effets bénéfiques et calmants sur soi-même, ne serait-ce que le ronronnement du chat, qui aurait comme conséquence de faire descendre la pression artérielle, ralentirait la pression cardiaque et la respiration, selon quelques études.

Il existe même de la « ronronthérapie », utilisée par certains spécialistes pour diminuer le stress chez l’humain.

Mmes Bienvenue et Lévesque émettent toutefois un bémol. La zoothérapie ne consiste pas en la simple présence d’un animal à la maison. « La zoothérapie, c’est une sorte de triangle, ou de losange, entre l’animal, l’intervenant et la personne ou le groupe, explique Marie-Pier. La présence de l’animal va faire en sorte qu’on va pouvoir travailler un objectif plus facilement. »

Leurs chiens, chats, cochons d’Inde, lapins, rats, tourterelles, sont ainsi les partenaires de travail qui coopèrent avec Marie-Pier et Sylvie, qui interviennent dans plusieurs milieux, comme des écoles, des organismes et des résidences.

« Les animaux sont le reflet de notre état d’âme, poursuit Sylvie. Ils vont détecter plus facilement l’anxiété. L’animal est sans jugement. Si on est tout croche, pas peigné, en difficulté, l’animal va nous donner la même attention. »

Pour les personnes vivant avec un trouble de santé mentale, il est déconseillé d’avoir un animal de compagnie, soutiennent les thérapeutes. « L’animal absorbe tout et il doit avoir un moyen de se dépenser, d’évacuer. »

Carl Girard rappelle que les personnes allergiques qui aiment les animaux peuvent toujours se porter volontaires pour promener des chiens et jouer avec les chats de la SPA des Cantons.

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PETITE HISTOIRE D’ALEXIE ET OLI

Alexie Beauregard, 11 ans, peut compter depuis la mi-octobre sur la présence à la maison d’Oli, une petite chatte blanche et rousse d’environ quatre mois. 

« Je voulais vraiment un chien, mais ma mère ne voulait pas. Puis, on est tombé en amour avec la petite chatte du voisin qui venait sur notre terrain. » Depuis qu’Oli est dans la famille, la jeune Granbyenne affirme que « ça a été un gros plus » et elle se sent moins seule. 

« Avec le confinement, et mes sœurs qui travaillaient cet été, je m’ennuyais un peu. J’ai commencé à faire de l’anxiété plus vers septembre, et c’est sûr qu’Oli vient me réconforter. » C’est une chatte « indépendante mais qui aime les flatouilles ».

Alexie affirme qu’elle se sent mieux depuis qu’Oli vient ronronner et jouer près d’elle. C’est d’ailleurs sa tâche de la nourrir et de s’en occuper. L’élève de sixième année mentionne lui parler parfois, que ça lui « fait du bien ». « C’est une bonne idée d’avoir un animal pour des gens qui s’ennuient. Mais c’est sûr que les chiens ressentent plus, ils sont plus empathiques que les hérissons ! »

Alexie Beauregard, 11 ans, a récemment adopté la petite Oli, une chatte « indépendante mais qui aime les flatouilles ».