Le pont du rang 10, à Saint-Valérien-de-Milton, est fermé depuis novembre 2014 et ne figure pas dans la planification de 2017. Une situation qui en décourage certains, mais qui en réjouit d'autres.

Plus de deux ans de détours à Saint-Valérien-de-Milton

Il y a déjà 29 mois que le pont du rang 10 de Saint-Valérien-de-Milton est fermé à toute circulation, coupant en deux une partie du territoire de cette municipalité. Et la situation ne semble pas à la veille de changer puisque ni la reconstruction, ni la réparation de la structure datant de 1920 n'est prévue en 2017 au ministère des Transports.
Pour des résidants de la rive est de la rivière Noire qui travaillent du côté ouest - comme à Saint-Hyacinthe­, Saint-Dominique ou Saint-Damase -, cela siginifie un détour de plusieurs kilomètres par jour pour se rendre au boulot et rentrer à la maison. 
« J'aimais mieux passer par le pont que par le rang Saint-Georges, soupire Carl, qui travaille à l'extérieur du village. Ça me rallonge ; le rang 10 était plus direct. »
Ethel Lessard ressent aussi les effets de la fermeture du pont dans son quotidien, alors qu'elle doit faire le détour par le village pour aller travailler. « Souvent, les gens qui viennent nous visiter se ramassent de l'autre côté  du pont parce que les cartes ne sont pas à jour sur Internet », dit-elle. Son conjoint a si hâte que le pont soit remplacé qu'il se renseigne deux fois par année sur l'évolution de la situation. 
Yves Adam, qui demeure au bout du Domaine la détente, est découragé. « C'est ben plate. Je suis obligé de faire un détour de 7-8 minutes matin et soir. À un moment donné, il faut qu'ils (le gouvernement) mettent leurs culottes. On n'est pas importants­ ? » s'interroge-t-il tout haut.
Les automobilistes ne sont pas les seuls touchés. L'un des enfants du secteur doit enjamber les barrières de sécurité pour traverser le pont à pied afin d'attraper l'autobus chaque matin, rapporte le voisinage.
Quiconque souhaite faire du vélo sur ce rang, comme c'est le cas de Carl et sa famille qui préfèrent la tranquillité du rang 10 au trafic de la 211, doivent aller pédaler ailleurs... ou enjamber les barrières de sécurité de béton et traverser à leurs risques et périls le pont en mauvais état.
Découragement
« J'étais ben découragé quand j'ai su que c'était pas en 2017, laisse tomber Luc Tétreault, qui possède une porcherie sur chaque rive sur le rang 10. Dans mon rang, on est au moins trois agriculteurs qui ont des intérêts de l'autre côté. [...] Il faut que je voyage ça soir et matin et que je fasse le détour par le village. Au lieu de 2 km, c'est 7 km. C'est pas mal problématique. Je commence à être tanné. »
Pour diminuer ses frais, il a déniché une petite voiture économique qui ne lui sert qu'à voyager entre ses deux porcheries - cela représente 40 litres d'essence par deux semaines -, il a engagé un voisin de sa porcherie sur la rive est pour déneiger sa cour et s'éviter le voyagement­ avec son tracteur­ en hiver. 
« Pour le reste, j'ai une terre cultivable autour des porcheries. Mais je la laisse en foin de l'autre côté et je le vends. Je ne peux pas faire de maïs parce que c'est trop long en détour. Au niveau du purin, je ne peux pas le transporter de ce côté-ci parce que ça coûterait trop cher. J'ai des ententes avec des voisins pour l'étendre de leur côté. »
Ses collègues qui font de la grande culture vivent ce problème puisqu'ils doivent circuler avec leur machinerie d'une terre à l'autre. Déjà, quelques tracteurs étaient trop larges pour le pont, mais avec sa fermeture complète, en novembre 2014, le problème est devenu plus sérieux. Ils attendent avec impatience un pont plus large capable de supporter­ la machinerie agricole. 
« Ce n'était pas dans leurs priorités, mais il faudrait qu'ils pensent que ce pont-là, ça fait longtemps qu'il est là, exprime M. Tétreault. À moment donné, ils nous avaient dit que ce n'était pas important un pont ici. S'il a été construit il y a 100 ans, c'était parce qu'il était utile. C'est pas comme s'ils en construisaient un nouveau là où il n'y en a jamais eu. »
Aussi conseiller municipal, Luc Tétreault dit s'inquiéter pour les délais de réponse des services d'urgence. « Ça arrive qu'ils se trompent de côté de pont dans l'urgence d'agir. À un moment donné, il va arriver de quoi et ça va être triste. »
Une tranquillité appréciée
Certains résidants du coin, en revanche, voient des avantages à la situation. Propriétaire d'une garderie en milieu familial, Dominique­ Bonin et son conjont Sylvain­ Marquette ne sont pas malheureux de la prolongation de la fermeture du pont, même si cela complique les choses pour certains parents.
« Cet hiver, on n'a pas eu de skidoos qui sont passés à côté, on n'a pas eu de VTT », remarque Mme Bonin, qui trouve la quiétude plus qu'agréable. « En plus, il est beau notre pont en fer », relève son conjoint. 
Le couple n'est pas le seul à se réjouir de cette tranquillité. « Je suis bien bien heureux qu'il soit fermé, commente Denis Richer, qui demeure sur la rive ouest. Il n'y a pas de circulation. 
La nuit, les jeunes venaient faire des shows de boucane sur les traverses de bois, alors on dort bien maintenant. Je trouve que c'est cher payé, 6 M $, pour remplacer un pont avec aussi peu de circulation. »
Comme on leur a dit que le projet serait similaire à ce qui a été fait sur le rang de l'Égypte, l'homme déduit qu'il en coûtera cette somme pour construire une structure de béton plus large. Il se questionne également sur l'urgence de le remplacer alors qu'il y a de l'entretien et des corrections importantes à faire sur d'autres routes. Il donne en exemple la route 137 qui, à certains endroits, est dangereuse.
Il est cependant bien conscient que son opinion n'est pas partagée par tous. Surtout pas par les agriculteurs.
Pas d'échéancier connu
La reconstruction ou la réparation du pont n'est pas prévue en 2017, même si le projet fait partie de la programmation du ministère des Transports. 
« Selon le résultat de la dernière inspection générale réalisée à la fin de l'année 2016, le ministère pourra mieux définir la nature et l'ampleur des travaux à réaliser, fait savoir par courriel Josée Séguin, conseillère en communication de la Direction de la Montérégie du MTQ. À cette étape-ci, on ne peut préciser d'échéancier, ni la nature des interventions- qui seront- réalisées. »
L'analyse de la dernière inspection n'est pas encore complétée. 
Selon le MTQ, le pont « a un débit journalier moyen annuel (DJMA) de 200 véhicules. [Il s'agit d'un] pont à poutres triangulaires à tablier inférieur en acier construit en 1920. » La structure a dû être fermée en novembre 2014 en raison de sa vétusté.
Certains éléments du pont, tels que les longerons, les entretoises et le platelage présentaient des signes de dégradation avancée. On pouvait d'ailleurs voir les remous de la rivière à travers le bois à quelques endroits.
À l'époque, des citoyens avaient confié à La Voix de l'Est que la limitation de poids n'était pas respectée par plusieurs conducteurs de poids lourds et de machineries agricoles, ce qui n'avait pas sans doute contribué à la décrépitude du pont.