Les organisateurs de la plus récente mouture du Spectacle et salon aérien des Cantons-de-l’Est font face à un déficit de plus de 100 000 $.

Le spectacle aérien bat de l’aile

Les organisateurs de la plus récente mouture du Spectacle et salon aérien des Cantons-de-l’Est (SSACE) font face à un déficit de plus de 100 000 $. Ils tentent actuellement de trouver une solution pour rembourser leurs fournisseurs et relancer l’événement­ pour 2018.

À l’origine, les organisateurs du SSACE 2017, dont le budget global avoisinait un demi-million, prévoyaient pourtant dégager un surplus de 50 000 $ à 100 000 $. Or, on parle désormais d’un imposant manque à gagner. « On a environ 170 000 $ dans le compte de banque, mais on a des dettes qui dépassent 300 000 $. D’un autre côté, il nous reste encore de l’argent à recevoir », a indiqué en entrevue le vice-président du conseil d’administration, Jacques Latendresse. 

Malgré la pluie et un petit budget, le spectacle aérien de 2014 avait attiré plus de 35 000 personnes à l’aéroport Roland-Désourdy, générant même un surplus. En 2017, près de 34 000 spectateurs ont visité le site durant les trois jours de canicule. 

Selon Alexis Étienne, directeur général responsable de la logistique du récent spectacle aérien, la formule d’il y a trois ans, de moins grande envergure, aurait dû être préconisée. Il remet notamment en question l’inexpérience et le manque d’ouverture de certains membres de l’équipe.

 « Un déficit de plus de 100 000 $, c’est un non-sens, a clamé le pilote d’expérience ayant été impliqué dans plusieurs spectacles aériens. J’ai levé le drapeau rouge à plusieurs reprises parce que le budget de marketing grimpait trop vite. [...] Mais on m’a dit que le comité exécutif avait donné toute autorité à Michel Lecompte (responsable des ventes et du marketing). [...] Si une personne m’avait abordé, dans les trois du C.A. qui m’ont recruté en début d’année, en me disant qu’ils voulaient faire un « Superbowl » du spectacle aérien, j’aurais dit non. Faire du profit, ce n’est pas l’objectif d’un événement comme ça. » Selon nos informations, le budget de marketing de l’événement est passé de près de 35 000 $ initialement­ à plus de 125 000 $ au final. 

Une dépense tout à fait justifiée, soutient M. Lecompte. « C’est utopique qu’avec un budget de 35 000 $, tu puisses donner le plein essor à un événement porteur comme le spectacle aérien, a-t-il fait valoir. [...] En 2014, ça a été fait avec des gens qui ont travaillé jour et nuit, avec des moyens limités, de sorte que le niveau de dépenses n’était pas du même ordre que cette année. [...] Pour 2017, on a mis un plan de communication réaliste, raisonnable à la mesure de nos moyens qui, somme toute, a bien fonctionné. »

Fournisseurs

Plusieurs fournisseurs du SSACE sont mécontents et s’impatientent (voir autre texte), craignant de ne pas ravoir l’argent qui leur est dû. Jacques Latendresse a tenté de se faire rassurant à ce sujet. « C’est notre objectif que tout le monde soit payé, a-t-il dit, mentionnant ne pas avoir été informé de la grogne chez les fournisseurs. [...] Personne ne se met d’argent dans les poches. On est tous bénévoles et on a donné près de 1000 heures chacun. J’ai même investi moi-même dans le projet. »

MM. Lecompte et Latendresse ont récemment rencontré les dirigeants de la Ville pour leur faire part de la situation financière précaire de l’événement. Bien qu’ils n’en aient pas fait officiellement la demande, les deux hommes souhaiteraient que Bromont injecte de l’argent pour les aider à éponger le déficit. « On aimerait que [la Ville] nous supporte financièrement pour payer notre monde en 2017 et faire l’édition 2018 », a soutenu le vice-président du C.A.

Il ne semble toutefois pas y avoir d’ouverture en ce sens du côté de la municipalité. « On va analyser le dossier avec le nouveau conseil municipal. D’un autre côté, c’est un événement unique et important qui attire les foules. [...] Mais ça passe par une santé financière. [...] Éponger le déficit [d’un événement], les Villes s’assurent de ne pas tomber dans ce panneau-là », a fait valoir le directeur général de Bromont, Éric Sévigny.

Selon M. Latendresse, le quart des factures des fournisseurs devraient leur être remboursé sous peu. Il met toutefois un bémol. « Il y a des déboursés de chèques qui vont se faire pour ceux qu’on reconnaît. Certaines factures dépassent les contrats déjà établis.[...] On veut rencontrer les plus gros fournisseurs pour leur expliquer la situation. » Si l’ensemble de la dette n’est pas effacé envers les fournisseurs, a précisé M. Latendresse­, ceux-ci pourraient se faire offrir un dédommagement « sous la forme de visibilité pour la prochaine édition ».

Jacques Latendresse et Michel Lecompte, respectivement vice-président et responsable du marketing et des ventes du SSACE 2017, tentent de trouver une solution pour éponger l’important déficit de l’événement et payer les fournisseurs.

« À la dernière minute »

La majeure partie du déficit du SSACE 2017 découle d’un achalandage beaucoup plus faible qu’escompté le dernier jour de l’événement, soutient le vice-président du C.A., Jacques Latendresse. La programmation revue « à la dernière minute » a fait défaut, croit-il.  « On a dû rectifier le tir à trois semaines de l’événement quand on a su que l’armée ne venait pas le dimanche à cause des feux [en Colombie-Britannique], explique-t-il. Ils devaient débarquer pour tout le week-end avec des tanks, des hélicoptères pour faire un show d’évacuation et des simulations au sol. [...] Alors on a demandé aux performeurs s’ils voulaient étirer jusqu’au dimanche. Ça nous a mis dans le pétrin. » « Ce n’est pas de la mauvaise administration, renchérit Michel Lecompte. On a été victimes d’une circonstance de programmation. » Un argument que rejette Alexis Étienne. « On savait depuis le début que l’armée peut annuler en dedans de 14 jours, a-t-il fait valoir. C’est toujours comme ça. Il fallait prévoir un plan B et voir moins grand, en gardant l’aspect familial au cœur des priorités. »

Démissions au sein du comité organisateur

Trois membres du comité organisateur du SSACE 2017 ont démissionné au cours des derniers jours. Le président de l’événement, François Dandenault, est du nombre. « Je suis triste que l’on soit déficitaire. [...] Je n’étais pas sur la même longueur d’onde que certaines personnes à l’intérieur de l’organisation, a-t-il indiqué, préférant ne pas commenter plus avant à ce sujet. [...] Des gens manquaient d’expérience. Il y a eu du cafouillage pendant et après le show. » De leur côté, MM. Latendresse et Lecompte ont soutenu que cette vague de démissions est principalement attribuable au fait que les personnes concernées n’avaient simplement pas assez de temps pour s’impliquer dans l’organisation, rejetant du revers de la main que des déchirements à l’interne soient en cause. Toutefois, tant François Dandenault qu’Alexis Étienne croient que Bromont est l’endroit idéal pour accueillir un spectacle aérien en 2018. « L’événement a sa raison d’être, c’est indéniable, a mentionné M. Dandenault, qui demeure à la tête du conseil d’administration du SSACE. Les retombées sont très grandes pour la région. Pour que ça fonctionne au niveau de l’organisation, il faut seulement avoir les bonnes personnes au bon endroit. » 

DES FOURNISSEURS S’IMPATIENTENT

Certains fournisseurs du Spectacle et salon aérien des Cantons-de-l’Est craignent de ne jamais revoir la couleur de leur argent, étant donné la santé financière déficitaire de l’organisation. 

La Voix de l’Est a joint quelques-uns des prestataires de service de l’événement, envers qui le SSACE aurait une dette pouvant atteindre plusieurs milliers de dollars. Dans quelques cas, un acompte leur avait été versé avant la tenue du festival ; dans d’autres, rien du tout. On nous raconte également que des entreprises ont dû payer une franchise pour pouvoir être présentes sur le site ou qu’elles auraient avancé des fonds qui devaient leur être remboursés.

Certains fournisseurs ont refusé de commenter la situation, d’autres n’ont pas rappelé La Voix de l’Est. D’autres, encore, se sont confiés sous le couvert de l’anonymat, par peur de ne pas être payés ou de ne pas être réembauchés par le comité organisateur, qui prévoyait toujours tenir un spectacle l’an prochain.

L’un d’entre eux a indiqué avoir été récemment en communication avec des membres du comité organisateur du SSACE. « On m’a dit que les paiements étaient retardés parce que des partenaires (du SSACE) n’avaient pas encore versé leur soutien financier­ », a-t-il indiqué.

« On m’a dit qu’on me paierait en décembre, et j’espère que c’est vrai », ajoute-t-il.

« Mauvaise gestion » dénoncée

Un autre prestataire de services dit avoir été informé que son dû ne lui serait pas payé en entier, si on le lui verse. Il déplore également les tentatives de l’organisation de noyer le poisson en essayant de gagner du temps. « On se fait niaiser solide et ça ne regarde pas bien pantoute », fulmine-t-il, attribuant le fiasco à la « mauvaise gestion » de l’événement.

Le propriétaire d’une troisième entreprise ayant œuvré pour le SSACE a fait savoir que « peu importe si on me rembourse mon acompte, je vais avoir perdu de l’argent en bout de ligne ». « On est encore dans l’attente, déplore-t-il. Ils [ndlr : les membres du conseil d’administration] se sont fait avoir. Ils avaient les mains liées. »

Un dernier fournisseur, qui attend toujours la totalité de la somme qui lui est due, est pour sa part peu inquiet. « C’est vrai que je n’ai pas été payé, d’autres m’ont dit qu’ils n’ont pas été payés, mais je suis sûr que je vais l’être, a-t-il confié. C’est normal que dans certains cas, ça prenne quelques semaines. »

L’entrepreneur a indiqué avoir une excellente relation d’affaires avec le comité organisateur du SSACE, qui lui doit toujours quelques dizaines de milliers de dollars. « J’ai eu une très belle collaboration avec eux et j’espère qu’elle va se poursuivre l’an prochain », a-t-il fait savoir.