La perte de médecins à Sutton pourrait mettre en péril le GMF de la municipalité, met en garde Diane Ferland, responsable du comité de vigilance des services de santé à Sutton.

Départs de médecins à Sutton: la communauté sur le qui-vive

Le spectre du départ à la retraite de deux des quatre médecins qui pratiquent à la clinique de Sutton soulève de vives inquiétudes. En ce sens, l’attribution par Québec de nouveaux omnipraticiens dans la région est «cruciale» pour éviter que des centaines de patients deviennent orphelins, clament les membres du comité de vigilance des services de santé de Sutton.

L’équilibre des soins de santé est fragile dans un petit milieu comme Sutton. Perdre un seul médecin serait catastrophique, a fait valoir Diane Ferland, responsable du comité de vigilance des services de santé de Sutton. «On ne peut pas rester les bras croisés en espérant que les choses vont se régler toutes seules, a-t-elle indiqué en entrevue. On doit se mobiliser pour que le gouvernement comprenne l’urgence d’agir.»

Une lettre a par ailleurs été envoyée le 21 septembre par le comité au ministre de la Santé, Gaétan Barrette pour lui faire part de ses inquiétudes. On y dresse entre autres un portrait démographique et de certaines caractéristiques du milieu.

«Les personnes de 65 ans et plus représentent plus de 33,4% des résidents permanents de notre municipalité. L’âge médian est de 58,3 ans comparativement à 49 ans pour la MRC Brome-Missisquoi. La desserte en transport collectif et adapté est limitée. [...] Considérant [notamment] la priorité d’offrir des services de première ligne et de proximité; l’impact majeur sur [l’offre] des services d’une petite clinique GMF (groupe de médecine de famille) en milieu rural; les risques de fragiliser et désorganiser la clinique, entraînant un recul de la performance acquise du GMF de Sutton [...] nous demandons le remplacement des médecins qui prendront leur retraite et l’ajout d’un médecin pour combler la tâche de la ressource [Dr Michel Camirand] qui assume actuellement des tâches administratives au CIUSSS», peut-on lire dans la missive.

«Je tiens à vous informer que le conseil d’administration de notre établissement suivra ce dossier de près. [...] Soyez assurée que, tout comme vous, je suis sensible à cette situation et j’espère un dénouement favorable», a répondu le 28 septembre au comité de vigilance Jacques Fortier, président du conseil d’administration du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l’Estrie, ayant reçu copie de la lettre adressée au ministre de la Santé.

Le départ à la retraite de deux des quatre médecins qui pratiquent à la clinique de Sutton soulève de vives inquiétudes au sein de la communauté.

En mode «survie»

Outre le Dr Camirand, trois médecins qui pratiquent au GMF de Sutton suivent chacun près de 1500 patients: Dr Denis Le Sieur, Dre Carole Balthazar et Dre Marie-Pierre Dion. Cette dernière concède que l’incertitude plane au sujet de la prise en charge de ces milliers de patients au cours des années à venir.

«Je suis dans la trentaine, mais j’ai trois collègues qui ont 60 ans et plus. Dr Le Sieur doit prendre sa retraite à l’été 2018. Dre Balthazar n’a pas encore annoncé qu’elle allait partir, mais on s’attend à ce que ça puisse arriver dans les deux prochaines années [...] À trois, on peut survivre près d’un an, mais à deux, ça ne fonctionnerait plus [...] Il va aussi falloir se questionner sur nos heures d’ouverture. Malheureusement, ce sont les patients qui pourraient écoper dans tout ça. Je suis inquiète pour la population de Sutton», a-t-elle confié.

En fait, les médecins sont attribués par Québec via le Plan régional d’effectifs médicaux (PREM). Pour 2018, un seul omnipraticien s’ajoutera au Réseau local de services (RLS) La Pommeraie, auquel est affilié Sutton. Selon Dre Dion, le nouvel omnipraticien devrait entrer en poste à l’unité de médecine familiale.

«Nos besoins en termes de personnel sont connus au CIUSSS. Ça fait longtemps que l’on est prêts à recruter. Chaque année, j’ai six à sept médecins finissants qui trouvent que Sutton serait un bon endroit pour pratiquer, mais il n’y a pas de poste.»

La balle est donc dans le camp de Québec. «On sait très bien qu’il n’y a pas de baguette magique et que les besoins [d’omnipraticiens] sont grands à bien des endroits, a fait valoir Dre Dion, citant en exemple Lac-Brome. De notre côté, on est en train d’essayer de s’organiser pour prendre les patients les plus vulnérables de nos collègues. Mais on ne pourra pas faire de miracle. S’il n’y a rien qui bouge, certains devront se trouver un médecin ailleurs.»