Les deux premières trousses de naloxone injectable sont arrivées au centre de traitement des dépendances de Shefford, jeudi.

Crise du fentanyl: la région se prépare

Le fentanyl continue de faire des ravages au pays. D’abord limitée à l’Ouest canadien, la crise s’amène tranquillement vers le Québec. Heureusement, les intervenants de la région se préparent à faire face à la situation.

Bien qu’elle n’en soit qu’à ses premiers balbutiements en sol québécois, il ne faut pas attendre que la crise du fentanyl soit à son paroxysme pour agir, affirme Nicolas Bédard, directeur du centre de traitement des dépendances­ L’Envolée, à Shefford. 

« On s’est rendu compte que la crise était arrivée ici quand on a su que d’anciens usagers du centre étaient morts par overdose. Il y en a toujours eu, mais on a remarqué une hausse », souligne-t-il.

Les deux premières trousses de naloxone injectable sont arrivées jeudi au centre de traitement des dépendances de Shefford. D’ici quelques jours, deux autres trousses, celles-ci contenant la substance sous forme d’injection nasale, s’ajouteront. Elles seront rangées dans le local des surveillants du centre, et d’ici la fin du mois, tous les employés recevront une courte formation pour être prêts à administrer l’antidote­, si cela s’avère nécessaire.

« C’est probablement quelque chose qu’on ne devra jamais avoir à faire, parce qu’on est un centre de désintoxication et qu’il n’est pas censé y avoir de drogue dans nos murs, affirme M. Bédard. Mais il y a eu des cas de surdoses à Donnacona­, une prison [à sécurité maximale]. S’il y a eu du fentanyl là, il pourrait y en avoir n’importe où. L’idée, c’est d’être prêts. »

Être équipé et formé

En 2016, environ 2500 décès étaient attribuables au fentanyl au Canada, soit l’équivalent de sept par jour. « Cette année, on a dépassé ce chiffre en huit mois à peine », déplore-t-il.

Cette statistique ne tient pas compte des cas de surdose qui, heureusement, n’ont pas connu de fin funeste, ajoute-t-il. « On peut supposer qu’il y en a le double, peut-être trois fois plus, », estime le directeur. Plusieurs surdoses passent sous le radar parce qu’elles ne sont pas signalées ou parce que des autopsies ne sont pas réalisées sur les corps, par exemple.

« Le fentanyl, ce n’est pas nouveau, renchérit M. Bédard. Ce qui est nouveau, c’est qu’elle est faite en Chine et qu’elle est envoyée ici par la poste. »

Comme la situation est amenée à prendre de l’ampleur, la formation devrait être offerte à grande échelle, car celle-ci représente le nerf de la guerre contre le fentanyl, croit M. Bédard. « Les centres de désintoxication ont des contacts et on sait quelles démarches faire pour être formés et se procurer les trousses. Il y a beaucoup d’autres intervenants qui attendent un son de cloche avant de bouger. On perd du temps. »

Les intervenants qui pourraient être amenés à réagir devraient également être en possession de trousses de nalaxone, ce qui n’est pas systé­matique à l’heure actuelle, souligne­ le directeur.

Il en coûte actuellement 40 $ pour se procurer la trousse de naloxone injectable et 150 $ pour celle où le produit est administré par voie nasale. Le mois dernier, Québec a annoncé son intention de les rendre disponibles gratuitement en pharmacie, à l’instar de l’Ontario.

La formation sur la naloxone devrait être offerte à plus grande échelle, croit Nicolas Bédard, directeur du Centre L’Envolée.

Le fentanyl, c’est quoi ?

Selon la Gendarmerie royale du Canada, le fentanyl est un puissant analgésique obtenu sur ordonnance et qui est environ 100 fois plus puissant que la morphine. Aussi connue sous les noms Apache, China Girl, China White, Dance Fever, Friend, Goodfella, Green beans, Jackpot, Murder 8, Shady 80s, TNT et Tango and Cash, la substance peut être vendue sous forme de comprimés, de poudre, de liquide ou de buvards.

Sans odeur et sans goût, le fentanyl est difficile à détecter, surtout lorsqu’il est mélangé à d’autres drogues, telles que l’héroïne et la cocaïne, et ce, parfois même à l’insu des consommateurs, alors à risque de surdose. Le nombre de décès attribuables au fentanyl est d’ailleurs en forte hausse au pays. Marie-Ève Martel

L’antidote au fentanyl: la naloxone

La naloxone est un médicament permettant d’inverser temporairement les effets d’une surdose de fentanyl. Son utilisation est autorisée depuis plus de 40 ans au Canada pour lutter contre les surdoses d’opioïdes et figure sur la liste des médicaments essentiels publiée par l’Organisation mondiale de la Santé. Cet antidote peut être administré par voie nasale ou par injection. Ses effets se dissipent de 30 à 90 minutes après son administration. Marie-Ève Martel

Le premier labo de fentanyl démantelé à Potton

Une vaste opération policière a permis de démanteler le premier laboratoire clandestin d’encapsulage de fentanyl au Québec. Celui-ci était aménagé dans une résidence située à Potton. Les policiers ont découvert, lors d’une perquisition réalisée en décembre 2016, 200 grammes d’une substance s’apparentant à de l’alpralozam, un kilo de ce qui semblait être du ximax et du fentanyl ainsi que 400 kilos de précurseur destinés à la production de la drogue de synthèse. Deux presses à comprimés, deux encapsuleuses et une quarantaine de poinçons avaient également été saisis. L’enquête, qui a permis de mettre K.-O. un réseau de production de drogue, avait été orchestrée par l’Escouade d’enquête et de coordination sur le crime organisé. Karine Blanchard