Gisèle Pomerleau est catégorique: il faut éviter à tout prix de consommer du fentanyl, comme médication aussi bien que de façon illicite.

En croisade contre le fentanyl

Gisèle Pomerleau est au bout du rouleau. Une larme coule sur sa joue tandis que ses mains tremblent devant son paquet de timbres de fentanyl. Paradoxalement, la douleur intense que ce puissant opioïde est censé apaiser rejaillit en elle. « Je viens de perdre mon chat à cause de cette maudite drogue qui me tue à petit feu, lance la sexagénaire, des trémolos dans la voix. Je ne voudrais pas que quelqu’un perde un enfant. »

La fibromyalgie a pris le contrôle du corps de Gisèle Pomerleau il y a plusieurs années, provoquant en elle de vives douleurs musculaires généralisées. « Je dirais même que la maladie mène ma vie depuis trop longtemps », confie-t-elle.

Il y a quatre mois, la morphine que lui prescrivait son médecin n’arrivait plus à atténuer ses souffrances. L’insidieuse maladie qui l’afflige a atteint un stade avancé. C’est à ce moment que le fentanyl est entré en jeu. « Comme dans un mariage, dit la femme de 62 ans. Pour le meilleur et pour le pire. »

Gisèle a longuement hésité avant de coller le premier timbre de fentanyl sur son bras. Elle s’est toutefois résignée.

« Quand tu souffres, tu es prête à tout pour que ça arrête. Mais, jamais je n’aurais cru que les effets secondaires allaient être aussi intenses. Ça n’a pas de bon sens de prendre une cochonnerie comme ça. [...] Je ne mange plus. J’ai perdu 40 livres en quatre mois. Quand je change ma patch, j’entends mon coeur battre en plein milieu de la nuit. Le malheur dans tout ça, c’est que l’on devient accro. »

Mise en garde

La mort du chat de Gisèle, il y a quelques jours, a convaincu la Granbyenne de lancer un cri du coeur pour mettre la population en garde à propos de la dangerosité de cet opioïde. « Une patch dure trois jours. Chaque fois que j’en enlève une, je la mets dans un papier d’aluminium et ensuite dans un sac en plastique bien fermé. Je suis très consciencieuse. Mais la dernière fois que je suis allée à la pharmacie pour les ramener, il en manquait une. Une seule. Je l’ai retrouvée à côté du bol de mon chat. Il n’a pas survécu, mon p’tit amour, raconte-t-elle, l’oeil humide. Je ne veux même pas penser à ce qui serait arrivé si un enfant avait mis la main dessus. Vraiment, les gens doivent redoubler de prudence. »

L’ingestion par le chat de Mme Pomerleau d’un seul bout de timbre de fentanyl lui a été fatal. «Je ne veux même pas penser ce qui serait arrivé si un enfant avait mis la main dessus. Vraiment, les gens doivent redoubler de prudence», met en garde la sexagénaire.

« C’est tellement dangereux. Si on ne fait rien, ça va devenir un gros problème dans la société. Alors, si vous pouvez, ne touchez jamais à ça. »
Gisèle Pomerleau, à propos du fentanyl

Tabous

Pour Gisèle, lever le voile sur les répercussions de la prise de fentanyl a nécessité une bonne introspection. Elle a finalement décidé de parler pour faire tomber les tabous.

« Trop souvent, des gens me disent que je ne suis pas vraiment malade. Que je m’invente des problèmes de santé seulement pour prendre du fentanyl. Que je tripe comme les autres qu’on voit dans des reportages. Mais, ce n’est pas vrai que l’on prend ça par plaisir, clame-t-elle. Ça crée une dépendance et ça t’amène vers la mort. Moi y compris. »

D’ailleurs, celle qui a traversé bien des épreuves, notamment une longue bataille contre le cancer du sein, concède avoir eu des idées noires à plusieurs reprises au cours des derniers mois.

« Le fentanyl m’oblige à prendre plusieurs médicaments à cause des effets secondaires. Je suis forte, mais il y a des limites. Ça m’est arrivé de regarder mon plateau de pilules pour la semaine et de me demander si j’allais les avaler d’un coup, confie-t-elle. Jusqu’ici, j’ai résisté. Mais, fonctionner avec de la drogue comme ça, ce n’est pas une vie. »

Or, la croissance exponentielle de la consommation de fentanyl illicite est bien tangible, constate Gisèle.

Une réalité qui la choque au plus haut point.

« Ça fait quelques mois que je prends du fentanyl et je me suis fait demander par plusieurs personnes si je voulais leur vendre mes patchs. On est prêt à me donner une petite fortune, mais il n’est pas question que je le fasse. C’est tellement dangereux, réitère-t-elle. Si on ne fait rien, ça va devenir un gros problème dans la société. Alors, si vous pouvez, ne touchez jamais à ça. »