Mario Saucier en compagnie de sa conjointe Jeanne
Mario Saucier en compagnie de sa conjointe Jeanne

En attendant un remède...

Roxanne Caron
Roxanne Caron
La Voix de l'Est
Quand Mario Saucier s’est fait annoncer, à l’aube de sa retraite, qu’il était atteint du cancer, le choc a été grand. Imaginez lorsqu’il a appris qu’il était incurable. Mais l’homme de 66 ans n’a pas voulu se laisser abattre par cette déroutante nouvelle. Loin de là.

Mario connaît des ennuis de santé vers la fin de l’année 2014. À ce moment, il travaille à temps plein dans la compagnie qu’il a fondée il y a 28 ans à Chicoutimi.


« Se faire annoncer qu’on a un cancer incurable, c’est difficile pour soi-même et aussi pour les gens qui t’aiment. Mais il faut aller de l’avant. Chaque jour apporte son lot de bons moments, d’instants de bonheur et c’est là-dessus qu’il faut tabler. »
Mario Saucier, 66 ans

L’entrepreneur en technologies de la santé et sécurité au travail éprouve des douleurs dorsales inexpliquées et persistantes. Il entreprend donc des démarches médicales et il se soumet à une batterie de tests. « J’ai eu une biopsie à une vertèbre parce qu’une IRM avait montré qu’elle était détériorée », se souvient-il. Un orthopédiste décide ensuite de faire davantage d’examens : il redoute que Mario soit atteint du cancer.

Janvier 2015. Les soupçons se confirment : on détecte des cellules cancéreuses dans l’une de ses vertèbres. Mario entame alors 25 traitements de radiothérapie. La période d’accalmie est toutefois brève. Seulement 15 mois après la fin des traitements, les douleurs refont surface.

Une ponction de moelle osseuse dans l’os de l’une de ses hanches démontre finalement la présence de cellules cancéreuses à cet endroit.

Août 2016. Le diagnostic final tombe. Mario est atteint du myélome multiple, un cancer peu connu et incurable qui affecte les plasmocytes du système immunitaire, que l’on retrouve dans la moelle osseuse. Il doit faire 24 semaines de chimiothérapie. « Heureusement quand je l’ai su, je n’étais pas seul, dit-il, en faisant référence à l’appui de sa femme, Jeanne. Ça aurait été difficile sinon. »

« J’ai vendu ma participation de ma compagnie à cinq de mes employés en 2016. La transaction s’est terminée le 1er septembre, et moi j’entamais ma chimio un mois avant », se rappelle-t-il en soulignant l’ironie des circonstances.

Évidemment, la retraite que Mario avait espérée a pris une tout autre tournure. Il avait quitté Chicoutimi pour venir s’établir à Granby pour de bon, alors qu’il y avait habité durant quelques années dans les années 70.

« J’ai travaillé fort toute ma vie, je connais beaucoup de monde et je n’avais jamais entendu parler du myélome multiple. Se faire annoncer qu’on a un cancer incurable, c’est difficile pour soi-même et aussi pour les gens qui t’aiment. Mais il faut aller de l’avant. Chaque jour apporte son lot de bons moments, d’instants de bonheur et c’est là-dessus qu’il faut tabler. »

Depuis que sa vie a été ébranlée, Mario doit apprendre à doser ses efforts. « Je n’ai plus la capacité physique que j’avais. »

En rémission

Juillet 2017. Une lueur d’espoir pointe à l’horizon. Après avoir été placé sur une liste d’attente pour recevoir une autogreffe de cellules souches, ce jour est enfin venu.

« C’est comme si on faisait un reset de la moelle osseuse en essayant de tuer toutes les cellules cancéreuses, mais ça met le système immunitaire a zéro, explique-t-il. Depuis ce temps je suis en rémission. »

Même si Mario a récemment célébré son 3e anniversaire de rémission, il espère néanmoins être dans un état stable assez longtemps pour que la recherche progresse et que le myélome devienne un cancer qu’il est possible de guérir. Entre-temps le sexagénaire reçoit toujours des traitements d’entretien et voit son oncologue aux trois mois.

Redonner

L’homme qui a le cœur sur la main veut redonner de son temps aux autres. En lui parlant, on remarque que cette philosophie de vie guide ses choix.

L’entrepreneur à la retraite donne de son temps aux jeunes entrepreneurs en étant chef mentor pour la cellule de mentorat du CAE Haute-Yamaska. « Tout ce que j’ai acquis comme expérience je l’ai reçu gratuitement, dit-il à propos de ses nombreuses années à la tête de sa compagnie. Quand tu vis des choses, la première chose qu’il faut faire c’est d’essayer de redonner et de partager ce qu’on a acquis comme expérience », poursuit-il humblement.

Il veut aussi contribuer à faire avancer la recherche sur le myélome, la deuxième forme de cancer du sang le plus répandu et dont neuf Canadiens en reçoivent le diagnostic chaque jour.

Quand on lui a proposé de devenir porte-parole pour la Marche de Magog, il a accepté avec grand plaisir.

Pour une deuxième année, Mario mobilise donc la population dans le but d’amasser de l’argent dans le cadre de cette marche qui, cette année, aura lieu de manière virtuelle en raison de la COVID-19, le dimanche 13 septembre dès 8 h 30. Les participants sont encouragés à organiser leur propre marche dans leur quartier ou leur communauté.

Mario et les participants de la Marche de Magog se sont fixé comme objectif de recueillir 12 000 $. À l’échelle du pays, près de 33 communautés se mobiliseront afin d’amasser des fonds essentiels à la recherche.

La Marche Myélome Multiple, événement de collecte de fonds signature de Myélome Canada, en est à sa 12e édition. L’objectif national de collecte de fonds est fixé à 650 000 $.

« S’il y a un remède de trouver, je ne serai pas le seul à en profiter », souligne Mario.

Même si les médicaments qu’il prend pour atténuer la douleur gardent son système immunitaire plus bas que la normale et que le moral est parfois à plat, l’homme de 66 ans peut compter sur l’amour de sa conjointe, Jeanne, qui l’accompagne dans ses défis quotidiens.

« On a célébré notre 45e anniversaire de mariage le 23 août. Si Jeanne n’avait pas été là dans ma vie ça aurait été difficile », termine-t-il, reconnaissant d’avoir croisé sa route.

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UNE RECHERCHE ACTIVE

Malgré l’arrivée de nouveaux médicaments, l’autogreffe de cellules souches demeure à ce jour le traitement de première ligne le plus efficace contre le myélome multiple pour les gens âgés de 70 ans et moins.

Actuellement, tous les traitements existants ne sont pas curatifs. La recherche est toutefois encourageante. « Beaucoup de recherches sont actives dans le myélome et il y a énormément d’avancées qui vont arriver dans les prochaines années, s’enthousiasme Dr Michel Pavic, chef du service hémato-oncologie du CIUSSS de l’Estrie Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke. La recherche s’est soldée par des résultats extrêmement prometteurs au cours des deux dernières décennies. En fait, pour la première fois, on entrevoit la possibilité d’un remède. »

La principale cause du myélome multiple est l’âge, mais des personnes plus jeunes peuvent aussi en être atteintes. Les agriculteurs qui sont exposés à des pesticides sont particulièrement touchés par ce type de cancer.

La plupart du temps, des douleurs osseuses révèlent la maladie. La personne atteinte peut également ressentir de la fatigue à cause de l’anémie, faire de l’insuffisance rénale ou des infections en raison du système immunitaire qui est fragilisé. 

Bien que la maladie soit incurable, les patients vivent mieux et plus longtemps grâce au développement de nouveaux traitements.