Mélissa Dion Des Landes, Maryse Blanchard et Johanne Lussier offrent les options d’art à l’école secondaire de la Haute-Ville de Granby depuis des années. Mais les choses pourraient changer.

Émoi autour des options d’art

Johanne Lussier, Maryse Blanchard et Mélissa Dion Des Landes ont sursauté, ces derniers jours, en apprenant qu’elles risquaient de perdre le programme Option plus qu’elles dirigent depuis des années à l’école secondaire de la Haute-Ville.

La loi oblige désormais les organismes publics qui embauchent des fournisseurs de services à octroyer des contrats d’un an, par appel d’offres sur invitation, aux plus bas soumissionnaires. De plus longs contrats sont aussi possibles, par appel d’offres public et donc ouvert à tous.

Selon les trois dames, cela vient compromettre leur parcours solidement établi avec l’école, les parents et les élèves. « J’ai bâti ce projet il y a 16 ans, rappelle Johanne Lussier, qui est à la tête de l’option chant choral et qui y dirige l’ensemble vocal La Voix des vents. S’il faut aller en soumission chaque année, ça vient nuire au suivi des élèves et au sentiment d’attachement qui se développe au sein des options. »

Elle rappelle que les options permettent souvent d’accompagner les jeunes durant les cinq années de leur secondaire. « Ce qu’on déplore, c’est le côté prix de cette nouvelle mesure. Ce n’est pas comme un contrat de déneigement ! On a un bagage d’expérience qui ne se monnaye pas. C’est aberrant que la culture soit ainsi associée à un signe de piastre. C’est tout mon cœur que j’ai mis dans ce programme », ajoute Mme Lussier. « Je trouve que la loi s’applique mal dans notre cas. »

Pour cette dernière, le dossier a pris une tournure favorable cette semaine. Elle pourra poursuivre son enseignement, du moins pour la prochaine année.

Sur la corde raide
Ce n’est pas le cas pour Maryse Blanchard. Responsable de l’option danse classique, jazz et contemporaine de l’école de la Haute-Ville, elle croise les doigts pour que sa soumission soit acceptée. Et ce, même si elle a créé le programme il y a 18 ans « de A à Z ».

« Je suis sur la corde raide. J’ai dû remplir une soumission de 36 pages en à peine 48 heures, en me faisant dire que c’était la loi... Je devrais avoir une réponse la semaine prochaine et je vis beaucoup de stress en ce moment. Je le vois presque comme un vol de propriété intellectuelle, car c’est moi qui ai conçu ce programme d’option. »

Mme Blanchard déplore que ce soit le soumissionnaire le plus bas qui obtiendra le contrat. « Est-ce qu’il y a une évaluation des compétences ? Nous, on a développé une expertise, un lien avec les élèves, et on est aussi proches des parents. On est une image de continuité. »

Mélissa Dion Des Landes a quant à elle appris cette semaine qu’elle allait conserver son contrat de services pour diriger l’option art dramatique.

« J’ai appris qu’ils avaient sollicité une autre personne du milieu du théâtre et qu’elle a refusé. Mais que je sois “sauvée” ou pas pour un an, je considère qu’on ne peut pas niveler par le bas comme ça. C’est la qualité de l’option qui est menacée. On s’occupe d’humains, on développe leur passion... on n’est pas une concession de cafétéria, qui pourtant signe des contrats de trois ans ! »

En soulignant qu’elle fait partie de ce programme depuis 23 ans, Mélissa Dion Deslandes précise qu’elle n’a rien contre le principe d’appels d’offres, mais pas au détriment de la qualité du service. « On pourrait au moins signer des contrats de cinq ans, pour suivre les élèves durant tout leur secondaire. »

Par ailleurs, Mmes Lussier, Blanchard et Dion Des Landes s’expliquent mal que ce soit la commission scolaire du Val-des-Cerfs qui applique cette loi, alors qu’elles ne sont pas rémunérées par elle. « Nous sommes des partenaires. Ce sont les parents qui nous payent pour inscrire leurs enfants à ces options », font-elles remarquer chacune dans leurs mots.

Elles mentionnent également ne pas être les seules touchées par ces nouvelles mesures. À l’école de la Haute-Ville, d’autres options y sont soumises.

Mais dans tous les cas, les trois femmes refusent de blâmer la direction de leur école. C’est à la commission scolaire du Val-des-Cerfs, disent-elles, à revoir la situation en tenant compte du caractère particulier de ces options.

C’est la loi
« On comprend très bien leur réaction. Ce sont des personnes compétentes qui ont créé un lien avec les élèves. Mais on ne peut pas passer à côté de la loi. On doit la respecter pour être équitable avec tout le monde, laisse entendre la directrice des communications et des affaires corporatives à la commission scolaire, Paule-Andrée Bouvier. Cette loi n’est pas là juste pour contraindre. Elle existe par souci de transparence. On n’est pas de mauvaise foi. »

Cette loi est appliquée pour la première fois à l’école de la Haute-Ville, indique-t-elle, en ajoutant qu’une telle situation s’est déjà produite dans d’autres écoles.

D’autre part, Mme Bouvier précise que même si ce sont les parents qui paient la note pour les options, c’est la commission scolaire qui gère les contrats de services. « Parce que ça se passe durant les heures de classe et que ça va chercher un bassin d’élèves, ça s’applique à la commission scolaire. Si ça se déroulait en dehors des heures d’école, ce serait autre chose, mais dans ce cas, c’est scolaire et donc de gestion scolaire. »