Michel Boulay, secrétaire à la Société d’histoire de la région d’Acton, et Nathalie Ouellet, directrice générale de la Ville d’Acton­ Vale, ont participé à la mise sur pied de l’exposition La gare : un témoin exceptionnel de notre histoire.

Embarquement à Acton Vale

En ces temps où les chemins de fer ont souvent mauvaise presse, pourquoi ne pas se rappeler que c’est le train qui a permis à Acton Vale de se développer ? Et que la gare centenaire de la rue Boulay, jadis menacée de destruction puis rénovée à neuf, reste le symbole de cet essor tout comme elle est devenue celui de la municipalité.

Car au milieu du XIXe siècle, Acton Vale n’était qu’un champ entouré de pâturages. C’était avant la construction du premier chemin de fer international reliant Longueuil — en fait Montréal, mais il n’y avait pas encore de pont de train à l’époque — et Portland, au Maine, et l’arrivée d’une petite gare entre Saint-Hyacinthe et Richmond. Un trajet qui prenait 111/2 h...

Le chef-lieu de la MRC d’Acton est né grâce au train, une réalité que la nouvelle exposition permanente La gare : un témoin exceptionnel de notre histoire, présentée au sous-sol de l’édifice datant de 1904, illustre habilement par le biais d’objets anciens, de photos d’archives, d’une vidéo et de textes explicatifs préparés par la Société d’histoire de la région d’Acton.

Grâce au chemin de fer, Acton Vale a bâti ses premières usines, dont la Acton Rubber, l’ancêtre d’Airboss, et exploité une mine de cuivre entre 1858 et 1864. Sans oublier le transport de moulée, qui a solidifié la coopérative agricole locale, et les passagers qui se bousculaient !

Locomotion
On l’oublie, mais à l’époque le train était la principale source de locomotion pour la majorité des habitants. Les sorties, activités et voyages de noces empruntaient presque exclusivement ce moyen de transport et au tournant du siècle, la gare d’Acton Vale accueillait jusqu’à six trains par jour.

« C’était un lieu très actif », indique Michel Boulay, secrétaire à la Société d’histoire de la région d’Acton. (Pour l’anecdote, il est le petit-fils d’Auray Boulay, chef de gare dans les années 1930 et dont l’auguste portrait accueille les visiteurs de l’exposition.)

Témoins de cette époque, de vieilles valises, un banc de gare et d’authentiques objets ayant servi aux cheminots ponctuent la présentation gratuite. À côté du télégraphe et de l’emblématique casquette de conducteur de train, des outils plus hétéroclites trônent comme un seau à incendie ou encore une happe-dépêche, sorte de bâton recourbé qui servait à tendre des messages ou des ordres aux officiers de gare sans que le train ait à s’arrêter.

On rappelle aussi que des personnalités célèbres, de Wilfrid Laurier en passant par le prince britannique Edward de Galles, qui deviendra l’éphémère roi Edward III en 1936, ont foulé le plancher de bois de la gare valoise.

Dernier quart de travail
Mais les années 1960 ont sonné le déclin de l’utilisation du train au profit de la voiture. Le nombre de passagers a baissé progressivement jusqu’à ce que le dernier chef de gare termine son quart de travail en 1978.

Laissé à l’abandon, l’édifice était voué à la démolition jusqu’à qu’un groupe de citoyens s’organise. « Heureusement, plusieurs médias ont embarqué », rappelle M. Boulay, ainsi qu’un employé zélé de Via Rail. La gare fut protégée puis rénovée de 1983 à 1985 grâce à une aide gouvernementale. Facture totale : 150 000 $.

On lui a redonné son lustre et ses couleurs vert et ocre d’antan, tout comme on a conservé sa célèbre tourelle à pignon aigu et à larmiers, ainsi que sa lucarne formant gable. Sa vocation, toutefois, a changé puisque le chemin de fer attenant n’accueille plus que des wagons de marchandise.

La gare est devenue tour à tour bureau d’accueil touristique, quartier général de la chambre de commerce locale et lieu d’exposition grâce à l’ajout d’un sous-sol. Elle est aussi officiellement reconnue comme lieu historique d’importance pour le patrimoine canadien.

Bien que courte, La gare : un témoin exceptionnel de notre histoire est une exposition colorée, vivante et de facture professionnelle. Pertinent et intéressant.