«On a des étudiants avec des difficultés particulières et on n’est pas trop sûrs de savoir comment favoriser leur réussite», dit l’enseignante Chantale Tremblay, qui entame une recherche à ce sujet. «Est-ce qu’ils réussissent mieux avec ces mesures? Comment les utilisent-ils? Et de quel type de réussite parle-t-on?»

Élèves en situation de handicap: le Cégep en mode recherche

« L’école, c’est pas fait pour tout le monde ! »

Cette phrase lapidaire, Chantale Tremblay l’a entendue lorsqu’elle étudiait au cégep, dans les années 1990.

À l’époque, il se faisait peu — ou rien du tout — pour aider les élèves « en situation de handicap », soit ceux qui sont aux prises avec un trouble d’anxiété, d’attention ou d’apprentissage, une dyslexie, une dyscalculie, une maladie mentale et ceux ayant un handicap visible.

Les temps ont bien changé. Aujourd’hui, ils sont des centaines à étudier dans les cégeps — qui sont tenus de leur fournir des « mesures d’accommodements » — et à espérer obtenir un diplôme d’études supérieures qui leur aurait été inaccessible il y a 30 ans.

Mais peu d’études ont été faites sur cet important virage qu’ont pris les collèges, il y a une quinzaine d’années, pour accueillir cette clientèle. Chantale Tremblay, qui enseigne la psychologie depuis 10 ans au Cégep de Granby, vient combler cette lacune avec un projet de recherche qu’elle entame bientôt.

« On a des étudiants avec des difficultés particulières et on n’est pas trop sûrs de savoir comment favoriser leur réussite », explique l’enseignante de 43 ans, mère de cinq enfants et formée en neuropsychologie. 

« Est-ce qu’ils réussissent mieux avec ces mesures ? Comment les utilisent-ils ? Et de quel type de réussite parle-t-on ? »

Bond

L’enjeu est de taille. En 15 ans, le nombre d’élèves en situation de handicap a bondi de 700 % au Cégep de Granby. Uniquement pour le secteur régulier, l’établissement de la rue Saint-Jacques en a accueilli 550 depuis trois ans — sans compter ceux qui taisent leur problème par orgueil ou timidité.

Ils sont plus à risque d’échouer, d’abandonner leurs études et de prendre plus de temps pour terminer leur parcours. Toutes sortes de mesures sont donc offertes pour les aider : tutorat, accès à un ordinateur portable et à certains programmes, bénéficier de temps supplémentaire pour les examens ou pouvoir s’isoler pour les faire, par exemple. 

Dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre, chaque étudiant a son importance !

L’efficacité de ces initiatives sera donc étudiée par Mme Tremblay, qui y consacrera deux jours par semaine grâce à une subvention du ministère de l’Éducation en vertu du Programme d’aide à la recherche sur l’enseignement et l’apprentissage. Elle se basera sur les données disponibles depuis 2016 aux secteurs technique et préuniversitaire à Granby.

Pratiques

« Je vois ça comme un beau défi, dit-elle. Il y a de la diversité dans la société et cette diversité a sa place au cégep. »

« On ne remettrait jamais en question le fait qu’une personne qui n’a plus l’usage de ses jambes se déplace en fauteuil roulant, ou qu’un myope a besoin de lunettes. Les mesures d’accommodements, c’est ça. Ça permet à ces élèves d’être au même niveau que leurs pairs. »

À terme, les pratiques des enseignants de cégep pourraient être revues. 

Chantale Tremblay précise au passage qu’il est faux de croire que les élèves ont plus de difficultés qu’avant : on en est simplement plus conscient et on les identifie avec plus d’acuité.

Bref, l’école est réellement faite pour tout le monde. Il suffit, au besoin, de demander de l’aide.