Les nouveaux élus de la CAQ dans Papineau, Mathieu Lacombe, et dans Chapleau, Mathieu Lévesque

«Un rouleau compresseur vient de passer»

Des sondeurs aux élus en passant par les analystes et les électeurs, à peu près personne n’avait vu venir une vague de la Coalition avenir Québec (CAQ) d’une telle ampleur en Outaouais comme ailleurs, croit la politologue Geneviève Tellier.

«Ces derniers temps, on parlait d’une majorité par à peine un ou deux sièges. Une telle victoire est donc surprenante. Dans la région, c’est étonnant aussi, sauf qu’à mon avis ça s’explique en grande partie parce que tout ce qui entoure la question nationale a été évacué du débat. D’ailleurs, les péquistes ont terminé au dernier rang dans les circonscriptions de l’Outaouais. Ces résultats-là sont clairement le signe d’une insatisfaction à l’endroit des libéraux. Les électeurs se sont dit qu’il y avait une autre option viable, ce qui n’était peut-être pas le cas auparavant», a commenté la professeure à l’École d’études politiques de l’Université d’Ottawa.

Mme Tellier, qui s’avoue aussi surprise des résultats obtenus par Québec solidaire dans une région comme l’Outaouais, estime que malgré tout le boulot qu’ils ont accompli sur le terrain durant le marathon de 39 jours de campagne, les trois députés caquistes nouvellement élus dans la région doivent surtout leur victoire au «vote pour la nouveauté» pour lequel ont opté des centaines de milliers d’électeurs. 

«C’est la vague qui a fait la grande différence, c’est un rouleau compresseur qui vient de passer à l’échelle du Québec. Le porte-à-porte, c’est une condition nécessaire, mais non suffisante. Ça prend également un peu de chance, il faut que les planètes soient bien alignées et d’autres éléments», note-t-elle.

Elle ajoute que la majorité obtenue est «sans équivoque» dans des circonscriptions comme Papineau (8600 voix) et Gatineau (3900 voix). 

Nouvelle dynamique 

La politologue pense que la composition de la députation régionale (trois caquistes et deux libéraux) amènera une dynamique qui n’a pratiquement jamais été vue en Outaouais. 

«Il va y avoir une offre plus diversifiée sur le plan des idées, alors c’est positif. Ça va apporter un vent de fraîcheur, ça ouvre la porte à des discussions, à des débats. Tout ceci me semble intéressant d’un point de vue démocratique. Ça va amener d’autres points de vue sur les enjeux locaux, il n’y aura plus une seule voix officielle», indique Geneviève Tellier. 

Quant à savoir si les cinq élus gagneront à avoir une belle collaboration malgré leurs couleurs politiques différentes, la professeure soutient que tout dépend de la personnalité de chacun. 

«Chaque député percevra la partisanerie à sa façon. Certains préfèrent se battre et s’en tenir uniquement à leur parti, d’autres portent une oreille attentive à ce que disent les députés de l’opposition. Dans ce cas-ci, on a deux personnes qui arrivent sans expérience politique, sans base solide. J’imagine qu’on va voir rapidement à quel type de dynamique nous aurons droit. Les députés du gouvernement peuvent collaborer avec les autres, mais rien ne les oblige à le faire non plus», lance-t-elle.