La «Paix des Braves» a été conclue en 2002 entre le gouvernement du Québec et les Cris.

Legault veut une «Paix des Braves» 2.0 avec d’autres nations

S’il est élu premier ministre, François Legault voudrait marcher dans les traces de Bernard Landry avec l’objectif de conclure une entente de type «Paix des Braves» avec d’autres nations autochtones, mais la façon d’atteindre la cible est encore «floue» à ses yeux.

«C’est sûr qu’on s’embarque dans quelque chose qui est gros, qui a déjà été fait avec les Cris, mais pourquoi on l’a fait juste avec les Cris et qu’on ne l’a pas fait avec les autres nations?» a-t-il lancé en mêlée de presse à Chibougamau, mardi.

«Moi, je pense que c’est important de prendre le modèle de Bernard Landry et de faire des ententes de nation à nation», a ajouté le chef de la Coalition avenir Québec (CAQ), vantant les mérites de ce type de traité «donnant-donnant».

Mais le modèle reste à définir, a-t-il plus tard prévenu.

«Ça reste flou, là. On n’est pas en train de dire : Voici combien on va vous donner et comment on va s’organiser pour les services de santé et d’éducation», a-t-il plus tard exposé aux journalistes après la visite d’une ferme laitière du Lac-Saint-Jean.

Alors, est-ce une promesse?

En tâchant de répondre à la question, François Legault a confondu la Paix des Braves intervenue au Québec avec une convention internationale.

«C’est un engagement d’entamer des discussions pour respecter la Déclaration des Nations unies (sur les droits des peuples autochtones), et le gouvernement fédéral veut faire la même chose.»

Le dirigeant caquiste s’est énergiquement défendu d’avoir sorti ce lapin d’un chapeau au jour 34 de la campagne électorale, au cours de laquelle les enjeux autochtones ont par ailleurs été fort peu discutés.

Il a assuré qu’il en parlait depuis «des mois» avec des chefs des Premières Nations et suggéré que ce projet figurait dans la plateforme caquiste.

«Je pense que oui, c’est dans le programme, parce qu’ils (les chefs autochtones) ont demandé que ce soit écrit dans notre programme», a-t-il affirmé.

L’idée n’est cependant nulle part sur le site internet de la CAQ.

Le chef avait fait allusion à cette ambition lundi soir dans un discours militant à Amos, dans le Nord-du-Québec, mentionnant vouloir s’inspirer, à ce chapitre, de l’ancien premier ministre péquiste Bernard Landry.

La «Paix des Braves» a été conclue en 2002 entre le gouvernement du Québec et les Cris.

L’accord historique accorde une autonomie accrue aux Cris pour le développement du territoire, leur développement économique et les ressources énergétiques, forestières et minières. Il était assorti d’une enveloppe de 4,5 milliards $ sur 50 ans.

«Tout à fait nouveau»

Le chef de l’Assemblée des Premières Nations Québec-Labrador (APNQL), Ghislain Picard, n’avait jamais entendu parler du projet évoqué dans ce dernier droit de la campagne.

«C’est tout à fait nouveau pour moi», a-t-il réagi en entrevue téléphonique.

Affirmant n’avoir jamais lui-même formulé de telle demande auprès des quatre personnes qui convoitent actuellement le poste de premier ministre, il a noté que la conclusion d’un traité calqué sur celui-ci était une «avenue possible».

Et «dans le passé, il y a des chefs qui ont déjà dit : «Pourquoi une Paix des Braves du côté Cri? On voudrait aussi notre propre Paix des Braves»», a-t-il noté à l’autre bout du fil depuis Montréal, mardi.

«Ce qu’il faut savoir, c’est que la Paix des Braves fait quand même suite à près d’un quart de siècle de différents litiges - politiques, oui, mais aussi juridiques - et c’est aussi ça qui fait partie du contexte», a poursuivi M. Picard.

«Donc, si la volonté politique est là, je ne vois pas pourquoi les chefs de l’ensemble des nations refuseraient une telle opportunité», a-t-il fait valoir.

Le chef de l’APNQL a esquivé lorsqu’on lui a demandé s’il avait confiance que François Legault pourrait être l’architecte d’une nouvelle Paix des Braves s’il est élu le 1er octobre, alors que la proposition ne figure pas dans le programme de la CAQ.

«Moi, ce que je peux vous dire, c’est que le chapitre autochtone (du programme), s’il y en avait un... à notre avis, il n’y avait pas grand-chose», a-t-il offert.

Il y a deux semaines, Ghislain Picard avait écrit une lettre ouverte adressée aux chefs politiques pour les aviser que le prochain gouvernement serait convoqué à une rencontre formelle avec son Assemblée des chefs dans les 100 jours suivant sa formation.

Dans cette missive, il déplorait la facilité avec laquelle, selon lui, les gouvernements qui se sont succédé à Québec ont pu «faire la sourde oreille» et «regarder ailleurs» quand les Autochtones formulaient des revendications.