Serge Simard sera-t-il réélu lors des prochaines élections?

Dubuc, circonscription chaude au Saguenay–Lac-Saint-Jean

La campagne électorale n’est pas commencée, mais c’est tout comme. Autour des BBQ, des candidats s’activent dans certaines circonscriptions particulièrement chaudes. Les journaux du Groupe Capitales Médias vous proposent chaque dimanche d’ici la fin août, six luttes qui feront jaser dans tout le Québec. Aujourd’hui: Dubuc au Saguenay-Lac-Saint-Jean.

Dubuc pourra-t-elle résister à la vague caquiste annoncée? Serge Simard sera-t-il réélu ou bien va-t-il céder sa place à l’ancien conseiller municipal François Tremblay qui ne s’était pas présenté aux élections de novembre 2017 pour consacrer plus de temps à sa famille? L’homme, souverainiste et plutôt de gauche, saura-t-il convaincre les électeurs du comté qu’il adhère aux valeurs de la CAQ et n’est pas qu’un opportuniste attiré par le pouvoir?

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, on compte deux châteaux forts péquistes, fidèles au parti depuis 1976 et même au-delà: Chicoutimi (en 1973) et Alma. Après la vague de 1976, Roberval a longuement frayé avec le PLQ avec les Blackburn père (Gaston) et Fils (Karl), et il serait surprenant qu’on vote contre une première ministre qui a gâté sa circonscription. Jonquière a eu deux courts entractes libéraux lors d’une élection partielle puis une générale lorsque Claude Vaillancourt, élu en 1976, a échangé son siège de député pour celui d’un juge, puis lorsque Lucien Bouchard a claqué la porte, mais Sylvain Gaudreault, très présent dans son milieu, devrait résister.

Disparités

Dubuc, qui a frayé avec le pouvoir libéral même si elle a été majoritairement péquiste pendant toutes ces années, est l’une des circonscriptions les moins homogènes, tiraillée entre la grande ville et la ruralité. Elle compte l’arrondissement de La Baie de la ville de Saguenay, mais également 13 municipalités rurales réparties sur les rives nord et sud du Saguenay aussi différents que Saint-Honoré au nord, une ville-dortoir en pleine expansion en banlieue de Chicoutimi comptant sur la mine de ferro-niobium Niobec et l’école de pilotage du Cégep de Chicoutimi comme poumon économique, et Ferland-et-Boilleau au sud, un village forestier perdu sur la route 381 en direction de Charlevoix.

En examinant son histoire, il est difficile de lui coller une étiquette. Y vote-t-on pour le pouvoir, pour l’homme ou le chef ? C’est un peu tout ça. Disons qu’elle est peut-être opportuniste.

Alors, la CAQ aura-t-elle une chance?

En 2007, Mario Dumont avait tenté de recruter deux gros noms à La Baie alors qu’une vague adéquiste s’annonçait. Mais le triathlonien Pierre Lavoie, qui s’est souvent fait courtiser par les partis politiques, avait décliné l’invitation tout comme l’homme d’affaires Luc Boivin, de la fromagerie du même nom. Finalement, Robert Émond, un syndicaliste de la défunte usine de Port-Alfred, malgré son capital de sympathie, n’avait pas réussi à attirer l’électorat de Dubuc à droite, mais il s’était quand même classé deuxième derrière le PQ, devant le libéral.

Certains de ses députés, à n’en pas douter, ont été portés par des vagues comme le péquiste Hubert Desbiens en 1976, un gars plutôt effacé, mais qui a réussi à se maintenir en poste, même pendant le second règne de Robert Bourassa.

Par la suite, on peut donner le crédit à la forte personnalité de Gérard-Raymond Morin, l’ancien syndicaliste du moulin à papier devenu maire qui lui a succédé pendant 10 ans.

Lorsque Serge Simard a percé la forteresse péquiste en 2008, un an après l’élection d’un gouvernement libéral minoritaire après la vague adéquiste, les gens de Dubuc avaient-ils flairé le pouvoir?

Il l’avait emporté de justesse par 431 voix devant un candidat péquiste peu connu dans le comté, mais loin devant l’adéquiste Émond dont les appuis s’étaient effondrés, passant de 31 à 12%.

Dans Dubuc, on peut donc dire que tout est possible. Les allégeances semblent plus conjoncturelles que profondément idéologiques.

François Tremblay

D’un côté, on a deux Baieriverains qui ont touché à la politique municipale; Serge Simard pour les libéraux et François Tremblay pour la CAQ. Le PQ n’a pas encore de candidat, mais deux personnes briguent l’investiture: une Laterroise, Marie-Anick Fortin, qui s’est fait connaître davantage pour son travail dans les milieux communautaires, mais qui a travaillé comme attachée politique de l’ex-député et ministre Stéphane Bédard (Chicoutimi), qui affronte un outsider, Mario Simard, chargé de cours en sciences politiques et travail social de l’UQAC.

François Tremblay avait fait le choix de ne pas se présenter aux élections de novembre 2017 pour consacrer plus de temps à sa famille.

Dans le contexte actuel, il serait fort étonnant que Dubuc choisisse un péquiste.

Le candidat caquiste François Tremblay avait confié au Progrès qu’il ne se sentait pas en rupture avec ses idées quand il a accepté de joindre l’équipe de François Legault.

Celui qui était président de l’arrondissement de La Baie lors du dernier mandat de Jean Tremblay avait expliqué son retrait de la vie politique en novembre dernier par la tragédie qui avait frappé sa famille, alors qu’un incendie dévastateur avait détruit sa résidence familiale et coûté la vie à son père un an plus tôt.

Il avait besoin de consacrer plus de temps à sa famille, mais ne voyait pas son retour soudain à la politique active comme une volte-face.

Courtisé par la CAQ avant les Fêtes, il avait d’ailleurs décliné l’offre avant de changer d’avis à l’issue du congrès du parti tenu à Sherbrooke, où il affirme avoir été séduit par les idées de François Legault.

«La CAQ est un regroupement de gens qui souhaitent faire avancer le Québec et mettre en chantier une économie du savoir. C’est un chantier sur lequel je veux travailler», avait plaidé le politicien devant ma collègue Mélyssa Gagnon. Il avait ajouté qu’il ne croyait pas que son passé de militant péquiste nuirait à ses chances d’être élu, et que la montée en popularité de la CAQ n’a pas de lien avec son désir de renouer avec la politique active.

Serge Simard

À 67 ans, Serge Simard a hésité longtemps avant d’annoncer son retour comme candidat. Et aux questions pressantes des journalistes, lors dune rencontre devant le Cercle de presse du Saguenay il y a quelques mois, il avait répondu, en jetant un regard au premier ministre qui était assis à côté de lui, attendre d’«avoir le coffre à outils» qu’il réclamait. Lors de son investiture, il a promis d’en dévoiler le contenu pendant la campagne.

Ministre parfois malhabile sous Jean Charest, il avait été chassé de son siège en 2012 par le péquiste Jean-Marie Claveau, un ancien maire de Saint-Félix d’Otis, dans le Bas Saguenay, mais a pu reprendre sa revanche deux ans plus tard après la déconfiture du gouvernement Marois. Il a toutefois été écarté du cabinet par l’arrivée à Roberval du premier ministre Philippe Couillard, qui en a fait cependant son adjoint parlementaire.

En arrivant à l’Assemblée nationale, il n’était pas un néophyte en matière de gestion et de pilotage de dossiers socio-économiques régionaux ou locaux, puisqu’il fut président de la Conférence régionale des élus (CRÉ) et de président de l’arrondissement de La Baie.

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RÉSULTATS DE 2014

Jean-Marie Claveau (PQ): 8688 (32,1 %)

Serge Simard (PLQ): 11 128 (41,11 %)

Claudie Émond (CAQ): 5151 (19,03 %)

Marie-Lise Chrétien-Pineault (QS): 1405 (5,19 %)

Ariane Belva (ON): 273 (1,01 %)

Pascal Tremblay (Ind.): 421 (1,56 %)