Le directeur général de l’organisme Vivre dans la dignité, Aubert Martin, a dit trouver «irresponsable et scandaleux» l’engagement de la CAQ de vouloir rouvrir le débat sur «l’euthanasie» de personnes qui «ne souffrent pas».

Aide médicale à mourir: l’engagement de la CAQ décrié

La Coalition Avenir Québec (CAQ) a relancé lundi le débat sur l’aide médicale à mourir en promettant de mener des consultations sur son éventuel élargissement aux personnes atteintes de la maladie d’Alzheimer ou de démence sévère. Un engagement jugé «irresponsable et scandaleux» par l’organisme Vivre dans la dignité.

La CAQ a rappelé en conférence de presse que la Commission spéciale sur la question de mourir dans la dignité avait recommandé en 2012 de reconnaître à une personne majeure et apte le droit de faire une demande anticipée d’aide médicale à mourir au cas où elle deviendrait inconsciente de façon irréversible, une option qui n’avait pas été retenue par le gouvernement en l’absence d’un consensus social. 

Elle a cité une étude menée en 2017 par l’Université de Sherbrooke, selon laquelle 91 % des proches aidants interrogés sont d’accord pour étendre l’aide médicale à mourir aux personnes inaptes en phase terminale, avec signes de détresse et en présence d’une directive écrite. 

Pour le député de Granby sortant, François Bonnardel, qui avait livré un poignant témoignage l’an dernier sur sa mère qui souffre de la maladie d’Alzheimer, il est temps de lancer des consultations publiques non partisanes «pour les 125 000 personnes qui vivent avec l’alzheimer au quotidien», estimant que «c’est une question de dignité». 

En entrevue au Soleil, le directeur général de l’organisme Vivre dans la dignité, Aubert Martin, a dit trouver «irresponsable et scandaleux» l’engagement de la CAQ de vouloir rouvrir le débat sur «l’euthanasie» de personnes qui «ne souffrent pas».

Aider les proches aidants d'abord

«Ce sont les proches qui projettent leur souffrance plus que la personne elle-même qui souffre. Ce sont les proches aidants qu’il faut aider d’abord et avant tout», tranche M. Martin, selon qui cette demande d’élargir l’aide médicale à mourir aux personnes atteintes d’Alzheimer découle davantage du désir des familles, «qui sont brûlées», que des personnes malades. 

Aubert Martin invite également la CAQ et les autres partis à s’assurer que tout le monde ait accès à des soins palliatifs de qualité. «La loi sur les soins de fin de vie nous a d’abord et avant tout été vendue comme une loi d’accès à des soins palliatifs de qualité. Or, ce qu’on voit, c’est qu’il y a des gens qui choisissent l’aide médicale à mourir à défaut d’avoir accès à des soins palliatifs», dénonce le directeur général de Vivre dans la dignité.

Manque de ressources

Cette réalité avait été soulevée ce printemps par le Collège des médecins dans une lettre envoyée au ministre Gaétan Barrette. L’ordre professionnel s’inquiétait du manque de ressources en soins palliatifs, notamment chez les médecins.

Même la Commission sur les soins de fin de vie, qui est chargée de l’application de la loi, a porté toute son attention sur la pratique de l’aide médicale à mourir, négligeant son mandat de surveillance des soins palliatifs, déplore Aubert Martin.

Outre l’organisme Vivre dans la dignité, la CAQ trouvera des juristes sur sa route si elle veut rouvrir le débat sur l’élargissement de l’aide médicale à mourir aux personnes atteintes d’alzheimer. L’avocat Jean-Pierre Ménard, entre autres, s’oppose catégoriquement à une modification de la loi en ce sens en raison de l’impossibilité de s’assurer du consentement d’une personne inapte, qui n'est plus capable d'exprimer sa volonté au moment de recevoir l'aide médicale à mourir.