Pour certains, la victoire de Joe Biden ne faisait plus aucun doute depuis plusieurs jours.
Pour certains, la victoire de Joe Biden ne faisait plus aucun doute depuis plusieurs jours.

Élection de Joe Biden à la présidence des États-Unis: «ce n'était qu'une question de temps»

Matthieu Max-Gessler
Matthieu Max-Gessler
Le Nouvelliste
Trois-Rivières — Le suspense s'est enfin terminé samedi en fin d'avant-midi: le candidat démocrate Joe Biden est celui qui a remporté l'élection présidentielle aux États-Unis. Si l'interminable décompte des voix qui se poursuivait toujours samedi dans quelques États américains a tenu en haleine de nombreuses personnes, pour certains, l'issue du scrutin ne faisait plus aucun doute.

C'est le cas de Vincent Raynauld, professeur agrégé au département de communications de l'université américaine Emerson College, à Boston, et professeur affilié à l'Université du Québec à Trois-Rivières.

«C'est quelque chose qui était prévu depuis mercredi. En favorisant le dépouillement des votes faits le jour même dans les bureaux de scrutin, Trump a reçu un soutien qui semblait dur à déclasser. Mais quand on a commencé à dépouiller les votes reçus par la poste, Biden a repris de l'avance. Ce n'était qu'une question de temps», affirme-t-il.

Selon lui, cette distorsion s'explique par le fait que les partisans du président sortant, à la demande de ce dernier notamment, ont préféré aller voter de manière traditionnelle, soit en se présentant en personne dans les bureaux de scrutin, alors que les partisans de Joe Biden ont davantage favorisé le vote par courrier, en raison de la pandémie de COVID-19.

Vincent Raynauld, professeur agrégé au département de communications de l'université américaine Emerson College, à Boston, et professeur affilié à l'Université du Québec à Trois-Rivières

Par ailleurs, si certains ont décrit la course comme étant très serrée entre les deux candidats, ce n'est finalement pas le cas, d'après M. Raynauld.

«Biden a remporté plusieurs États-clés par une marge importante. Et la Pennsylvanie était un État que Trump ne pouvait pas se permettre de perdre. Il pouvait en perdre d'autres, mais jeudi, il n'y avait aucune chance qu'il puisse gagner sans la Pennsylvanie», croit-il.

«Ce n'est pas une campagne gagnée de justesse par Biden, qui s'est fait donner un mandat fort», ajoute M. Raynauld.

La suite?

La victoire annoncée de Joe Biden ne marque cependant pas la fin de la saga électorale. En effet, Donald Trump annonce depuis déjà plusieurs jours qu'il ira devant les tribunaux pour tenter de démontrer qu'il y a eu tricherie en faveur de son adversaire. Plusieurs médias ont souligné que ces démarches avaient probablement peu de chances de changer l'issue du scrutin, un avis que partage Francis Langlois, enseignant en histoire au Cégep de Trois-Rivières et membre externe de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand.

«En principe, ça ne devrait pas changer grand-chose parce que son argument est faible. Il affirme que des votes illégaux ont été envoyés par la poste. Ce n'est pas très crédible, parce qu'on ne rapporte pas d'irrégularités», avance-t-il. 

Francis Langlois, enseignant en histoire au Cégep de Trois-Rivières et membre externe de l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand

M. Langlois rappelle que lors de la campagne présidentielle de 2000, lorsqu'une bataille judiciaire avait eu lieu entre Georges W. Bush et Al Gore, c'était en raison d'une problématique spécifique à un certain type de bulletins de vote, qui plus est, dans quelques comtés de la Floride seulement.

«Un autre problème (avec la contestation de la part du clan Trump) est que les tribunaux de certains États avaient déjà statué que les bulletins envoyés avant la fermeture des bureaux de vote allaient compter. Les gens ont voté en fonction de ça. La seule avenue que je vois, ce sont des recomptages automatiques dans certains États, comme la Georgie, ou à ses frais», ajoute-t-il.

Selon Vincent Raynauld, cette bataille ne restera probablement pas entre les murs des tribunaux. Il croit que le camp Trump va poursuivre ce qu'il a déjà commencé à faire, c'est-à-dire d'essayer de convaincre l'opinion publique qu'il y a eu tricherie. Il n'est pas impossible qu'il s'agisse d'une stratégie de sortie pour l'aider dans son retour au monde des affaires après son incursion en politique.

«Si Trump quitte le pouvoir, il va pouvoir continuer à dire: ''le vote n'était pas nécessairement légal, donc j'ai quitté, mais j'aurais gagné''. Au cours de sa carrière, il n'a jamais admis qu'il avait perdu, il n'a jamais reconnu ses faillites, il a toujours parlé de repli stratégique. Il est peut-être en train de mettre en place un discours pour quitter la tête haute», souligne M. Raynauld.

Quel climat social pour les quatre prochaines années?

Les quatre années de la présidence de Donald Trump auront été marquantes, pour le meilleur et pour le pire, selon l'opinion que l'on a de lui. Son successeur devra d'ailleurs composer avec de profondes divisions au sein de la population, prévient Francis Langlois.

«La polarisation de la population est immense, on le voit dans les chiffres. La population est divisée en deux. Trump a surfé sur ça pendant quatre ans, sur cette polarisation qui a commencé dans les années 90. Il l'a exacerbée. C'est un pays divisé et qui sera difficile à diriger», affirme-t-il.

Ce dernier rappelle également que pendant que la personnalité colorée du président Trump retenait l'attention médiatique partout dans le monde, le Parti républicain en a profité pour faire avancer son propre agenda.

«Les républicains ont joué leur ''game'': ils ont déréglementé, nommé des juges et émasculé les grandes agences fédérales, par exemple celle responsable de l'environnement», résume-t-il.