Après le suicide de son père qui s’est vu refuser l’aide médicale à mourir, Chantal Bessette a lancé une pétition dans l’espoir d’inciter le gouvernement du Québec à revoir les critères d’admissibilité et ainsi, permettre à des personnes souffrantes de mourir dans la dignité.

Élargissement de l'aide médicale à mourir: une femme part en croisade

La douleur qui l’affligeait depuis tant d’années était insupportable. Invivable. Dans l’espoir de s’éteindre dans la dignité, Yves Bessette a demandé l’aide médicale à mourir, ce qui lui a été refusé. Quelques mois plus tard, il a mis fin à ses jours, un geste qu’il n’aurait jamais eu à commettre si les critères d’admissibilité étaient moins contraignants, estime sa fille. Celle-ci part en croisade en lançant une pétition pour inciter le gouvernement du Québec à revoir ces règles.

« Partir dans la dignité, c’est important. On a de la compassion pour nos animaux de compagnie. Quand on sait qu’il n’y a plus rien à faire, on ne les fait pas souffrir, alors pourquoi on ne pourrait pas faire ça pour les gens qu’on aime. Ils méritent ça, je pense », affirme Chantal Bessette.

Son père a mis fin à ses jours à l’âge de 70 ans, en décembre dernier. Sans avertissement, il est parti. Seul. Ce fut une mort violente, raconte sa fille, la voix étouffée par les sanglots. Son père avait exprimé le désir d’obtenir l’aide médicale à mourir. Il avait franchi toutes les étapes du processus avant d’essuyer un refus, en septembre dernier.

M. Bessette avait reçu un diagnostic de la maladie de Charcot-Marie-Tooth, une forme de dystrophie musculaire, alors qu’il était enfant. Malgré la douleur et sa mobilité de plus en plus restreinte, il a travaillé jusqu’à l’âge de 57 ans. « C’était difficile, mais il était orgueilleux et il voulait travailler », explique sa fille unique.


« [Mon père] n’avait plus de motricité fine. Il avait perdu beaucoup de force dans ses jambes, donc il tombait plusieurs fois par jour. Son quotidien, c’était ça. Et plus ça allait, moins il ne pouvait faire de choses par lui-même. »
Chantal Bessette

Au cours des dernières années, son état s’était « beaucoup » détérioré. Après la canne et les béquilles, il a dû réapprendre à marcher avec des orthèses. Il a également été victime d’une septicémie — infection générale grave — après une intervention chirurgicale qui n’a fait qu’aggraver sa condition. « Il n’avait plus de motricité fine. Il avait perdu beaucoup de force dans ses jambes, donc il tombait plusieurs fois par jour. Son quotidien, c’était ça. Et plus ça allait, moins il ne pouvait faire de choses par lui-même », illustre Mme Bessette.

Yves Bessette s’est vu refuser l’aide médicale à mourir.

Un long processus... infructueux

Déterminé à mettre fin à cette souffrance, le Joachimien a tenté de mettre fin à ses jours. Puis il a abordé son désir d’obtenir l’aide médicale à mourir.

« Oui, c’est déchirant, mais en même temps, c’est fait dans un cadre plus serein. C’est sûr que le verdict est le même : il part de toute façon, dit Mme Bessette. Il y a eu plusieurs tentatives [de suicide], des moyens moins drastiques qui n’ont pas fonctionné. J’ai vécu mon calvaire, parce que chaque fois que ça ne fonctionnait pas, la police m’appelait et je ne savais pas quand ça arriverait à nouveau. J’avais tout le temps cette épée-là au-dessus de ma tête. »

Le processus pour obtenir cette aide pour mourir dignement a été mis en branle avec l’espoir de pouvoir accompagner son père jusqu’à son dernier souffle. « Ils nous ont laissés croire tout au long du processus que ça serait positif et que ça devrait se faire rapidement. Tu es dans l’espoir, dans l’attente que tout ça va arriver. »

Le médecin leur a finalement annoncé que M. Bessette ne répondait pas aux critères d’admissibilité pour obtenir cette aide médicale de fin de vie. Les intervenants lui ont parlé de faire adapter sa maison ou d’emménager dans une résidence adaptée à ses besoins, ce qui n’aurait pas fait disparaître sa douleur, fait valoir sa fille.

Moins de trois mois après le refus, Chantal Bessette a été confrontée au décès de son père par suicide. « Mon père ne voulait plus continuer. Ses souffrances étaient trop grandes. Il n’avait plus de qualité de vie. »

« Le problème dans l’aide à mourir, c’est le critère de “fin de vie”, c’est lui qui est problématique, explique-t-elle. C’est lui qui élimine une grande partie des gens parce qu’il faut que le médecin puisse poser un diagnostic qu’il y aura une mort qui arrivera à cause de cette condition-là dans les 12 prochains mois. À part les gens en phase terminale de cancer, ce n’est bon pour à peu près personne. »

Objectif : 10 000 signatures

C’est justement sur ce point qu’elle réclame au gouvernement du Québec une révision des critères d’admissibilité. « C’est quelques petits mots qui pourraient changer la vie de beaucoup de personnes. Quand ils nous disent qu’ils [craignent] un dérapage, je ne vois pas comment il pourrait y en avoir un quand c’est la personne elle-même qui en fait la demande. C’est la personne qui souffre, c’est elle qui porte les souliers, c’est elle qui vit son quotidien. »

Chantal Bessette a lancé une pétition électronique sur le site de l’Assemblée nationale du Québec. Une copie papier est aussi disponible au dépanneur de la municipalité de Saint-Joachim-de-Shefford. Son objectif : recueillir 10 000 signatures. Elle a également sollicité le soutien de la ministre de la Santé, Danielle McCann, et des députés Véronique Hivon, François Bonnardel et André Lamontagne.

« Pour moi, c’est trop tard, ça ne change plus rien. Ça ne ramènera pas mon père, mais j’ai au moins le sentiment de pouvoir changer quelque chose pour les autres », estime Mme Bessette, qui espère que l’histoire de son père et celle d’autres Québécois qui se sont vus refuser l’aide médicale à mourir seront entendues des décideurs.

La pétition sera en ligne jusqu’au 15 juillet à l’adresse suivante : www.assnat.qc.ca/fr/exprimez-votre-opinion/petition/Petition-7767/index