« J’ai eu l’impression de faire avancer la cause pour mon père. Ça va m’aider à faire mon deuil », a confié Chantal Bessette.

Élargissement de l’accès à l’aide médicale à mourir: «Un grand pas en avant»

La croisade de Chantal Bessette pour l’élargissement de l’admissibilité à l’aide médicale à mourir n’a pas été vaine. C’est avec sérénité qu’elle a accueilli la décision du gouvernement Legault de retirer le critère de « fin de vie », auparavant inscrit dans la loi provinciale.

« Je suis très contente. Que le gouvernement du Québec donne suite à nos démarches, et celles de tous les autres militants, c’est un grand pas en avant. J’ai eu l’impression de faire avancer la cause pour mon père. Ça va m’aider à faire mon deuil », a confié la résidente de Béthanie.

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Chantal Bessette avait notamment lancé une pétition après que son père, Yves, ait mis fin à ses jours, en décembre 2018, au terme d’une longue agonie. Les souffrances causées par la dystrophie musculaire, dont il était atteint, étaient devenues invivables.

Après une première tentative de suicide en août 2018, le septuagénaire avait demandé en vain l’aide médicale à mourir. Il avait finalement mis un terme à ses souffrances à sa quatrième tentative quelques mois plus tard. La mort « violente » de l’homme a laissé une plaie béante chez ses proches.

La médiatisation de dossiers sur l’aide médicale à mourir a joué un rôle prépondérant dans «l’ouverture» de bien des Québécois sur le sujet, estime Chantal Bessette.

Cri du coeur

Mme Bessette se dit par ailleurs amère que le cri du coeur de son père n’ait pas fait écho avant qu’il commette l’irréparable. « Il s’est passé environ 14 mois entre le décès de mon père et le retrait de cet important critère. Ça me fait mal. En même temps, je me réjouis que d’autres familles n’aient pas à passer par le calvaire et les contraintes de voir un proche incapable de mourir dans la dignité. »

À compter du 12 mars, les gens dont les conditions de santé sont graves et incurables, sans toutefois être en fin de vie, auront accès à l’aide médicale à mourir. L’abolition de ce critère découle d’un jugement de la Cour supérieure, rendu l’automne dernier.

Nicole Gladu et Jean Truchon, atteints de maladies incurables et dégénératives, ont alors remporté une victoire faisant jurisprudence, ce qui a mené à un remaniement des lois québécoise et fédérale en la matière.

Ouverture

La médiatisation de dossiers sur l’aide médicale à mourir a joué un rôle prépondérant dans « l’ouverture » de bien des Québécois sur le sujet, a mentionné Chantal Bessette.

« À force d’apporter de nouveaux cas, les gens ont pris conscience des lacunes dans les systèmes judiciaire et de santé, a-t-elle dit. La population a compris qu’on devait changer les choses. »

D’ailleurs, l’abandon de l’obligation d’être en fin de vie pour obtenir l’aide médicale à mourir pourrait avoir bien des ramifications, entre autres sur les conditions d’admissibilité de gens atteints de maladies dégénératives incurables, comme l’Alzheimer.

Selon Mme Bessette, un des principaux enjeux de sensibilisation concerne les médecins. « Il y a encore beaucoup trop de médecins réticents avec l’aide médicale à mourir. Il faut que ça change. Mourir dans la dignité, c’est capital. Bien des médecins veulent sauver tous les gens, mais à quel prix ? »