À Cowansville, environ 17 tonnes de verre se retrouvent chaque mois dans le conteneur situé dans le stationnement du supermarché Super C, à côté de la succursale de la Banque Nationale sur la rue du Sud, selon les données compilées par la Ville en décembre 2019 et janvier 2020.
À Cowansville, environ 17 tonnes de verre se retrouvent chaque mois dans le conteneur situé dans le stationnement du supermarché Super C, à côté de la succursale de la Banque Nationale sur la rue du Sud, selon les données compilées par la Ville en décembre 2019 et janvier 2020.

Élargissement de la consigne: Québec prend les grands moyens

Le gouvernement du Québec élargit le champ d’action de la consigne à tous les contenants de boisson prête à boire de 100 millilitres à 2 litres, qu’ils soient en plastique, en verre ou en métal, a-t-il annoncé jeudi matin. Dans la région, les élus se réjouissent d’une telle mesure, alors que Sani-Éco et les restaurateurs devront composer avec un nouveau défi dont ils se seraient passés.

Cette nouvelle consigne entraînera ainsi la prise en charge de plus d’un milliard de bouteilles d’eau en plastique, indique le gouvernement par voie de communiqué.

La consigne sera établie à 25 cents pour les bouteilles de vin et à 10 cents pour le reste des contenants.

Suivant le principe pollueur-payeur, les entreprises mettant en marché les contenants de boisson auront la responsabilité financière, opérationnelle et communicationnelle du nouveau système, apprend-on. Les entreprises ont un an pour déposer un plan de déploiement de la consigne, soit jusqu’en janvier 2021. Selon le scénario envisagé actuellement, ce réseau serait constitué à la fois de points de récupération chez des détaillants et de centres de dépôt mis sur pied par l’industrie.

C’est l’industrie « qui déterminera le besoin exact du nombre de points de dépôt », précise le ministère de l’Environnement via l’attaché de presse du ministre, Louis-Julien Dufresne.

La consigne élargie entrerait en vigueur progressivement à partir de l’automne 2022. En attendant, dès cette année, des projets pilotes pourront voir le jour dans certaines municipalités du Québec pour évaluer le système de consigne élargie.

Nous ne savons pas encore si de tels projets pilotes verront le jour dans la région.

Bien reçu

Le préfet de la MRC Brome-Missisquoi, Patrick Melchior, se dit ravi de cette annonce. « Je trouve ça bien que le gouvernement prend des décisions qui permettent au milieu municipal de souffler un peu », indique celui qui est aussi maire de Farnham.

Selon lui, la consigne a fait ses preuves et même si Farnham a pris l’initiative d’installer un conteneur de récupération du verre dont l’utilité devrait graduellement diminuer, ce n’est pas là l’important. « L’important est qu’on recycle davantage ; on s’ajustera. »

Rappelons que plusieurs conteneurs de récupération de verre se retrouvent sur le territoire de Brome-Missisquoi, soit à Cowansville, Bromont, Farnham et Bedford. Le verre ainsi récupéré est ensuite acheminé à l’entreprise 2M Ressources, établie à Saint-Jean-sur-Richelieu, qui le conditionne pour la fonderie montréalaise Owens Illinois, cette dernière l’utilisant notamment comme abrasifs.

À Cowansville, environ 17 tonnes de verre se retrouvent chaque mois dans le conteneur situé dans le stationnement du supermarché Super C, à côté de la succursale de la Banque Nationale sur la rue du Sud, selon les données compilées par la Ville en décembre 2019 et janvier 2020.

« À Bromont, la réponse des citoyens est excellente, indique Claire Mailhot, conseillère municipale responsable des dossiers environnementaux. On vide le conteneur [d’une capacité de 20 tonnes, NDLR] deux fois par mois. La demande est là. »

L’élue voit d’un très bon œil que le gouvernement remet la responsabilité de cette consigne sur le dos des entreprises mettant en marché les contenants de boisson.

On se réjouit également du côté de Sutton. « C’est une bonne nouvelle, car nous avons de plus en plus de pression de la part de nos citoyens [pour être plus respectueux de l’environnement] », commente Michel Lafrance, maire de la municipalité.

Au Conseil régional de l’environnement (CRE) de la Montérégie, on applaudit également. « Nous sommes très heureux que le gouvernement aille de l’avant », assure Andréanne Paris, directrice générale de l’organisme, alors que le réseau des CRE a participé activement à la Commission des transports et de l’environnement sur le verre, dont le rapport a été remis au gouvernement du Québec en septembre 2019.

« La majorité de nos recommandations ont été retenues », se réjouit Mme Paris.

Éducation à faire

La directrice générale du CRE de la Montérégie espère maintenant que le gouvernement accompagnera les citoyens afin de les aider à effectuer un meilleur tri à la source.

« Il y a encore une grosse lacune au niveau de la communication et de la sensibilisation auprès des citoyens afin qu’ils trient mieux à la source, dit-elle. On ne sait pas toujours quels gestes adopter. »

La responsable de l’OBNL environnemental encourage notamment la population à installer l’application mobile Ça va où, de Recyc-Québec. « Cette application est adaptée aux spécificités de chacune de nos municipalités et donne des réponses aux citoyens qui se questionnent. »

Précisons que selon l’entreprise de traitement des matières résiduelles Sani-Éco, qui reçoit la collecte sélective d’une trentaine de municipalités de la région, 37 % des matières se retrouvant dans nos bacs de recyclage s’en vont à l’enfouissement. Raison principale : le tri approximatif des matières effectué à la base par la population.

Julie Gagné, directrice des opérations de l’entreprise de gestion des matières résiduelles Sani-Éco

UN FARDEAU SUPPLÉMENTAIRE

Tout le monde ne voit pas d’un bon œil l’élargissement de la consigne à tous les contenants de boisson. L’entreprise de traitement des matières résiduelles Sani-Éco et les restaurateurs considèrent cela comme une épreuve de plus.

« On aggrave la problématique que vivent les centres de tri, car avec cette consigne élargie, on vient nous enlever [des possibilités de revenus] », soutient Julie Gagné, directrice des opérations de Sani-Éco.

Selon elle, « on ne s’attaque pas au problème de la bonne façon », estimant que celui-ci réside davantage dans la sensibilisation de la population aux bonnes pratiques de tri.

Mme Gagné propose également que le gouvernement exige davantage de matériaux recyclés dans ses commandes et appels d’offres, et qu’il impose ces exigences aux industries afin de dégager des débouchés par les entreprises comme Sani-Éco.

Car le secteur de la gestion des matières résiduelles en arrache. « Aller chercher une rentabilité représente actuellement un défi », dit-elle.

La directrice des opérations précise que les prix des différentes matières recyclées ont chuté de façon drastique ces dernières années. Le plastique vierge, par exemple, est devenu selon elle meilleur marché que le plastique recyclé.

Elle en profite pour souligner qu’interdire le Publisac n’est pas une bonne chose pour son entreprise, le fameux sac de plastique étant composé uniquement de papiers recyclés. « Si les papetières ne reçoivent pas de commande pour du papier recyclé, elles ne nous prendront pas notre papier », illustre-t-elle.

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Restauration

Chez les restaurateurs du Québec, on perçoit cette consigne comme une nouvelle contrainte. 

« À moins d’avis contraire, les bouteilles vides de vin et de spiritueux ne seront pas reprises par la SAQ, même si c’est cette société d’État qui les vend et les livre aux titulaires de permis d’alcool du Québec. Devoir se déplacer pour rapporter plusieurs dizaines de bouteilles de toutes sortes à un centre de dépôt désigné qui, pour certaines municipalités autant urbaines que rurales, pourrait être à une importante distance des établissements n’apparaît pas comme une solution acceptable pour les exploitants », relève l’Association Restauration Québec.