En plus du 1,2 M$ nécessaire à la restauration d’une des deux flèches, un montant de 610 000 $ devrait être ajouté : c’est ce que coûte l’opération consistant à descendre la flèche de 25 tonnes et à la remonter.

Église Saint-Romuald à Farnham: préserver le patrimoine... à quel prix ?

La flèche du clocher principal de l’église Saint-Romuald de Farnham est pourrie et dangereuse. Il en coûterait 1,2 million de dollars pour procéder à sa restauration. Le conseil de fabrique, seul propriétaire de cette église classée « exceptionnelle » selon les registres du Conseil du patrimoine religieux, souhaite qu’elle soit démolie.

« Idéalement, ce serait de la garder, mais on essaye d’être réaliste. L’aspect financier pèse dans la balance. [...] On est dans une période où ce n’est plus le temps de faire des projets pharaoniques », avance Benoît Côté, le curé responsable de la paroisse Saint-Romuald de Farnham et président du conseil de fabrique.

En plus du 1,2 M $, un montant de 610 000 $ devrait être investi pour descendre la flèche de 25 tonnes et la remonter.

« Si on décide de la descendre pour la détruire, on déduit 325 000 $, qui sont les coûts associés à l’échafaudage et à la confection de la base de ciment », indique M. Côté.

La deuxième flèche arrive elle aussi à sa fin de vie utile. Elle serait responsable des problèmes d’infiltration d’eau à l’intérieur du monument. Des travaux de maçonnerie seraient donc à faire.

Le curé estime que 3,6 M $ seraient nécessaires à la mise à niveau de l’église en comptant la restauration des deux flèches et la réfection de la maçonnerie.

M. Côté propose comme solution de bâtir un toit « en forme de cône » au-dessus des clochers.

Comité

Pour avoir l’avis de la population, un comité aviseur — dont le maire Patrick Melchior fait partie — s’est greffé au conseil de fabrique.

« Tous sont unanimes de ne pas la restaurer ni de la conserver », soutient M. Côté.

Quant à lui, le maire tient à se faire rassurant quant à la pérennité de la structure de bois : « La flèche ne tombera pas demain matin. Je ne dis pas qu’il faut ne rien faire, mais on s’entend que consciemment autant la Ville, la fabrique et les gens du comité, on ne laissera pas les gens en danger. »

« On veut trouver la meilleure des solutions possibles, tout en allant chercher l’aval de la plus grande partie de la population, poursuit-il. […] Qu’importe la décision que la ville va prendre, il faut que ce soit socialement défendable. S’il y a des sous à injecter, il faut défendre ça auprès de la population. »

Patrimoine

L’église de style néo-roman, érigée en 1904, est classée « exceptionnelle », selon les registres du Conseil du patrimoine religieux, mandataire du ministère de la Culture.

Elle a été citée comme bien patrimonial par la municipalité en 2007 et elle figure au Répertoire du patrimoine culturel du Québec.

Pour atteindre un tel classement, plusieurs composantes sont prises en compte, dont le décor intérieur et l’architecture monumentale.

« Le patrimoine religieux essentiel est à l’intérieur », relève M. Côté.

Il énumère, entre autres, les teintes des murs et de la voûte ainsi que la présence des œuvres importantes de l’artiste Ozias Leduc.

Selon Martin Dubois, président de la firme de consultants en patrimoine et architecture Patri-Arch, qui a d’ailleurs réalisé une étude sur le patrimoine de Brome-Missisquoi en 2016, les flèches ne sont pas « essentielles », mais il serait « souhaitable » qu’elles y demeurent.

« Ça ne veut pas dire que ça n’a plus de valeur si elles sont enlevées », assure-t-il.

De son côté, le curé avance que plusieurs perçoivent l’aspect esthétique des flèches. « Mais elles ne sont pas requises par l’architecture. Elles ont été ajoutées pour donner un côté altier, créer un effet d’altitude. »

Outre le Conseil du patrimoine religieux, les paroissiens assurent le financement de l’entretien des églises.

« Les paroissiens paient environ 30 %. Ce n’est pas raisonnable quand c’est des sommes énormes, d’autant plus qu’ils sont âgés et moins nombreux », souligne le curé.

Actuellement, la Ville de Farnham n’injecte pas d’argent dans l’église.

« Ça fera partie des discussions de voir comment on peut s’impliquer. Je ne suis pas fermé à soumettre l’idée au conseil de ville et à la population. Les décisions se prendront avec la plus grande majorité de gens », a dit le maire.