Les parents d’élèves de Martin Giard (à droite) n’auront que 10 $ à débourser, à la prochaine année, pour les fournitures scolaires. « C’est un changement de mentalité », explique-t-il. « Martin a fait beaucoup de recherches, dit le directeur de l’école du Phénix, Stéphan Campbell. C’est assis sur du concret et il sait où il s’en va. »

Effets scolaires: une expérience à 10 $ par année

C’est un petit pas pour l’école du Phénix, mais un grand pas vers la réelle gratuité scolaire.

Une classe de 2e année de l’école primaire de la rue Laval expérimentera l’an prochain une forme d’enseignement qui réduit au minimum les frais facturés aux parents.

Contrairement à la facture habituelle d’effets scolaires, qui varie entre 100 $ et 200 $ dans les établissements publics, les parents de la vingtaine d’élèves de Martin Giard n’auront que 10 $ à payer, sorties facultatives en sus. Pas de liste de fournitures, pas de magasinage à faire.

L’enseignant de 46 ans, qui a diminué progressivement la facture d’effets scolaires de ses élèves depuis son arrivée à l’école du Phénix (pavillon Sainte-Marie), il y a quatre ans, fournit tout le nécessaire.

Crayons, gommes, ciseaux et colles, qu’il a emmagasinés au fil du temps, seront déjà dans la classe et aucun cahier d’exercices ne sera utilisé. M. Giard se rabat notamment sur l’informatique et privilégie les matériaux recyclés pour enseigner les mathématiques, par exemple avec des bouchons de plastique.

« Je n’utilise qu’une demi-douzaine de crayons par année ! », indique l’enseignant verbomoteur, qui a déjà été candidat du Parti vert aux élections provinciales de 2008 dans Shefford.

« On écrit et on découpe toujours, mais j’ai simplement moins besoin de fournitures. C’est un changement de mentalité. J’ai mes listes de lecture et je fais faire des exercices, mais de manière différente. » Il le fait par souci d’écologie, mais aussi pour réduire la facture des parents de ce quartier défavorisé de la ville. Le 10 $ demandé ne servira qu’aux photocopies.

Assis sur du concret
Directeur de l’école du Phénix, Stéphan Campbell assure que ce que l’enseignant propose respecte le régime pédagogique. « Martin a fait beaucoup de recherches, dit-il. C’est assis sur du concret et il sait où il s’en va. Il ne faut pas se mettre la tête dans le sable : les élèves vont utiliser beaucoup plus le clavier qu’écrire plus tard, et ce sont des outils qu’ils apprécient. »

L’enseignant s’est aussi muni d’une classe dite « flexible », c’est-à-dire sans pupitre, garnie de tables communes et de longs bancs en bois de sapin qu’il a lui-même fabriqués. Il a aussi modelé l’horaire pour que ses élèves aient une période d’activité physique par jour, contrairement au rythme habituel de cinq périodes d’éducation physique par cycle de 10 jours.

« Ça permet de favoriser l’apprentissage, la mémoire et de réduire l’anxiété », dit-il. Idéal auprès d’élèves qui ont souvent plus de difficultés à l’école. « Ils deviennent beaucoup plus aptes à apprendre, dit M. Campbell. Il y en a que ça sauve, ce type d’enseignement-là. »

Les sorties éducatives sont de leur côté limitées à des activités locales et à peu de frais, comme la piscine ou la bibliothèque municipale. Pour les parents qui les souhaitent, elles ne coûteront que 10 $ supplémentaire.

Selon Martin Giard, son idée risque de faire des petits. « Je sais où je m’en vais et mes consœurs me regardent », dit-il.

Il veut aussi en arriver à ne rien facturer aux parents. « Avec une commandite de 200 $, je pourrais le faire à 0 $ ! »