Après une accalmie l’été dernier, les conditions de travail des employés de Villa-Bonheur se sont rapidement détériorées.

Effectifs sous tension au CHSLD Villa-Bonheur: de retour à la «case départ»

Le personnel venu en renfort cet été au CHSLD Villa-Bonheur, à Granby, a permis aux équipes régulières de garder la tête hors de l’eau. Or, la situation s’est grandement envenimée depuis le départ de ces effectifs temporaires, a appris La Voix de l’Est. Dans bien des cas, les soins aux patients sont maintenus au seuil minimal. À nouveau au bord de l’épuisement, des employés sonnent l’alarme.

« Ça n’a jamais été pire. On est tous au bout du rouleau », a confié une infirmière auxiliaire, préférant que l’on taise son identité afin d’éviter des représailles de l’employeur.

À titre d’exemple, selon nos informations, huit préposées aux bénéficiaires (PAB) à l’horaire du quart de jour mardi ne se sont pas présentées. Quelques infirmières auxiliaires ont pris la relève au pied levé, laissant tout de même l’établissement avec un important déficit d’effectifs.

« Malheureusement, il manque toujours du personnel. Chaque jour, on sait qu’on entre travailler dans une boîte à surprises. On doit constamment éteindre des feux parce qu’on n’a pas assez de bras pour assurer tous les soins aux patients. En plus d’être lourd à porter physiquement, ça l’est aussi psychologiquement. On veut le meilleur pour les résidants, mais on doit se contenter du strict minimum. Et même moins par moment », a déploré une collègue.

Le départ d’étudiants de première année à la technique en soins infirmiers, embauchés l’été dernier comme préposés à Villa-Bonheur, a rapidement plombé les gains réalisés par le personnel pour assurer les soins aux usagers.

« C’est simple, on est de retour à la case départ, a imagé une troisième infirmière auxiliaire. En plus des employés, ce sont les résidants qui écopent. Des patients restent des heures couchés dans des lits inondés d’urine parce qu’on manque de personnel. Et on doit souvent sauter le bain. Trop souvent, le mot d’ordre, c’est de laver le visage, les fesses et that’s it. Ça n’a pas de sens. »

Selon la directrice adjointe au programme de soutien à l’autonomie des personnes âgées (SAPA) au CIUSSS de l’Estrie, Sylvie Quenneville, il s’agit « d’événements isolés ». « Mais on les rattrape rapidement avec l’équipe. »

Aides de service

La situation est particulièrement critique durant le quart de travail de soir, où une PAB peut prendre en charge une trentaine de patients sur une aile du centre d’hébergement, aux côtés d’un aide de service.

Ce nouveau titre d’emploi a été introduit par le CIUSSS de l’Estrie l’été dernier pour contrer le ressac de la pénurie de main-d’oeuvre, principalement en ce qui concerne les préposés. Toutefois, leur champ d’action est limité, car ils n’ont pas le droit de donner de soins directs aux patients.

Sylvie Quenneville, directrice adjointe SAPA au CIUSSS.

« Je n’en veux pas aux aides de service, ils font ce qu’ils peuvent. Mais, toute la pression est sur les préposés. C’est simple, je sors de ma soirée et j’ai le dos défait, les bras en compote. Physiquement et moralement, c’est de pire en pire », a fait valoir une PAB de Villa-Bonheur.

Selon la conseillère syndicale du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), Mélanie Cloutier, qui représente notamment les préposés, l’arrivée des aides de service « a créé énormément de frictions et de problèmes ».

« Ce type d’emploi n’est pas utilisé de façon uniforme d’un établissement à l’autre, a-t-elle dit. Et la ligne entre [les tâches] des préposés et des aides de service reste toujours floue. Ça peut rendre le climat de travail explosif. Malheureusement, la pénurie de main-d’oeuvre est chronique à Villa-Bonheur depuis trop longtemps. Et l’employeur ne semble pas avoir de solution à court terme. »

Sylvie Quenneville a concédé que le recours aux aides de service n’est pas la solution optimale. « Mais c’est la meilleure pour l’instant. [...] On pensait que c’était temporaire, mais on veut les garder. » La représentante du CIUSSS n’a toutefois pas été en mesure de dire ce qu’il adviendra de ces employés une fois la pénurie de main-d’oeuvre endiguée.

Substitution

Utiliser une infirmière auxiliaire pour faire des tâches de préposés aux bénéficiaires est contre-productif, voire « malsain ». Or, le phénomène, auparavant épisodique, est désormais monnaie courante dans les CHSLD, entre autres à Villa-Bonheur, a fait valoir la présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est (FIQ-SPSCE), Sophie Séguin.

« Le non-remplacement ou la substitution de type d’emploi est un aussi grand fléau que le temps supplémentaire obligatoire », a-t-elle indiqué.

« La substitution de postes, c’est le bordel. Il faut que ça cesse. Je suis infirmière et je veux faire le travail pour lequel j’ai étudié », a déploré une employée du centre d’hébergement.

« On n’a jamais atteint un niveau aussi difficile chez nos équipes de soins. Il faut d’autres leviers qui obligent les employeurs à trouver des avenues autres que la substitution d’emplois, a fait valoir la présidente de la FIQ-SPSCE. Ça fera partie de nos demandes lors de la négociation nationale de la convention collective. »

Mme Quenneville a confirmé que « le plan de contingence est utilisé plus souvent qu’avant ».

En ce moment, 125 personnes sont formées dans différents établissements d’enseignement en Estrie pour devenir PAB. Granby compte 20 candidats répartis dans différentes cohortes. « Ça ne comblera pas tous nos besoins, a indiqué la directrice adjointe SAPA, mais c’est déjà un grand pas de fait. »