Le conseil d’établissement de l’école du chemin de Knowlton a voté une résolution visant à «envisager d’autres programmes» que le PEI.

École Saint-Édouard à Lac-Brome: le PEI de nouveau menacé

La survie du Programme d’éducation internationale (PEI) à l’école primaire Saint-Édouard, à Lac-Brome, est de nouveau incertaine.

À sa dernière réunion, le 4 février, le conseil d’établissement (CE) de l’école du chemin de Knowlton a voté une résolution visant à « envisager d’autres programmes » que le PEI.

« Aucun choix n’est arrêté pour le moment, le travail est à faire au cours des prochaines semaines », indique Mélodie Ménard, conseillère en communication au centre de services Val-des-Cerfs.

Depuis son implantation en 2014, c’est la troisième fois que ce programme d’enseignement enrichi est officiellement remis en question à Saint-Édouard.

Cette fois-ci, l’adoption l’an dernier d’une loi interdisant aux écoles de facturer des frais supplémentaires aux parents pour des programmes spéciaux « a été la goutte de trop », soutient Sophie Veilleux, présidente du Syndicat de l’enseignement de la Haute-Yamaska (SEHY).

Contribution volontaire

La contribution annuelle demandée aux parents de Saint-Édouard, qui est de 200 $ par élève et un maximum de 400 $ par famille, est devenue volontaire en 2019-2020. Résultat : seulement 55 % des parents la paient, alors que le coût du maintien du PEI s’élève à
55 000 $ par année.

« Les enseignantes en sont à leur cinquième campagne de financement en 2019-2020, dit Mme Veilleux. Est-ce que ça en vaut la peine ? Elles sont toujours en train de chercher une manière de trouver de l’argent et ça ne devrait pas être leur préoccupation. Leur mission première est d’enseigner aux élèves. »

« Je les salue de faire un choix qui est, à mon avis, réfléchi, ajoute la présidente du SEHY. Elles prennent la décision de dire : moi, je ne prendrai pas tout mon temps à faire des campagnes de financement pour faire vivre un programme pour lequel il ne semble pas y avoir un grand intérêt de la part des parents à contribuer. »

Le PEI est également plus lourd à enseigner, estime Mme Veilleux, une situation compliquée par le fait que près de 25 % des élèves de Saint-Édouard ont l’anglais comme langue maternelle.

Le programme nécessite également que les professeures suivent plusieurs formations, souvent au détriment des formations plus globales ayant trait à l’enseignement général.

Pour toutes ces raisons, Saint-Édouard fait aussi face « à un gros roulement de personnel », dit Sophie Veilleux.

La directrice de l’école, Nancy Duranleau, et le président du CE, Martin Boyer, ont refusé d’accorder une entrevue à La Voix de l’Est.

Enjeu majeur

Dans son dernier rapport annuel, M. Boyer rappelait que la question du financement du PEI était « un enjeu majeur » qui n’est « pas solutionné de manière définitive ». 

« L’année 2019-2020 sera déterminante pour la survie du programme international, à défaut d’avoir un règlement à la loi 12 permettant de charger (sic) les frais aux parents ou une croissance continue des contributions volontaires, le fardeau financier deviendra significatif. »

Une soirée d’information destinée aux parents doit se tenir après la semaine de relâche, tandis que la prochaine réunion du CE de Saint-Édouard est fixée au 7 avril, en soirée.

« Les enseignantes décident d’être responsables et de mettre leurs énergies là où ça compte, soit dans leur classe, souligne Sophie Veilleux du SEHY, ajoutant que «plusieurs écoles n’ont pas le programme international et je n’ai pas l’impression que leurs élèves sont en perdition.»

Lac-Brome «n’est pas dans une position de supporter un programme comme celui-là», soutient le maire Richard Burcombe.

«Tout le monde est tanné»

Même si la situation l’attriste, la Ville de Lac-Brome reconnaît que les enseignantes de l’école primaire Saint-Édouard en ont plein les bras avec le Programme d’éducation internationale (PEI).

« Je pense que tout le monde est tanné de faire ça [NB: des campagnes de financement] sans voir la lumière au bout du tunnel », souligne le maire, Richard Burcombe.

La question du financement du PEI a pris une tournure encore plus problématique cette année, alors que la contribution des parents est devenue volontaire, dit-il.

Lac-Brome investit dans Saint-Édouard, tout comme dans son école primaire anglophone, l’Académie Knowlton, à la hauteur de 7500 $ par année.

Est-elle ouverte à donner davantage? « Ce n’est pas venu à la table [du conseil municipal] et je ne peux pas répondre à la place des élus, répond M. Burcombe. S’ils ont besoin de plus d’argent, ils devront en faire la demande. »

Il souhaite que le PEI demeure à Saint-Édouard, parce que « c’est un plus pour la Ville » et que « des familles se sont installées ici pour ça ». Mais la Ville « n’est pas dans une position de supporter un programme comme celui-là », et le Centre de services Val-des-Cerfs ne peut investir, puisqu’un projet pédagogique relève de l’école.

Des familles songent à retirer leurs enfants si la fin du PEI à Saint-Édouard se concrétise, indique une mère de Lac-Brome interrogée par La Voix de l’Est.

Découragement

Cette dernière se dit « découragée ». « Comme plusieurs parents, on est partis de Montréal pour venir ici et ce programme nous a encouragés à faire ce déplacement », raconte la dame qui souhaite garder l’anonymat.

« Nous, on l’aime [NB: le PEI] et on y croit. C’est une plus-value pour les élèves, même si beaucoup de gens ne voient par de différence avec le programme normal du Ministère. »

Elle rappelle que l’implantation du PEI a été « un investissement énorme » pour l’établissement et la communauté et que l’école devra en plus s’équiper en neuf si elle adopte un autre programme.

Qu'est-ce qu'un programme d'éducation internationale?

Le programme vise le développement d’attitudes positives, un enrichissement des matières et l’apprentissage de l’anglais et de l’espagnol. Il exige aussi des élèves un engagement communautaire et une ouverture sur le monde. Il s’adresse à des jeunes qui réussissent bien à l’école, qui sont curieux et qui ont le goût des défis et du dépassement. Des frais supplémentaires sont demandés, mais ne sont plus obligatoires.

Source : Centre de services Val-des-Cerfs