Daniel Comeau, représentant de la CSN au sein du CIUSSS de l’Estrie, a fait sourciller plusieurs membres du conseil d’administration de l’organisation, lundi, en évoquant les « inégalités » découlant de la nouvelle structure salariale nationale.

Échelons salariaux dans la fonction publique: les nouvelles normes suscitent la grogne

La récente uniformisation des échelles salariales dans la fonction publique québécoise connaît des ratés, déplore la Confédération des syndicats nationaux (CSN). Plusieurs employés sont tentés de quitter le navire, principalement en raison de la disparité dans la reconnaissance de leur expérience au sein de cette nouvelle structure nationale.

Le 2 avril dernier, le gouvernement du Québec a bouclé un vaste projet en harmonisant les échelles salariales de l’ensemble des effectifs des secteurs public et parapublic. La démarche, dont la prémisse est d’assurer l’équité entre les catégories d’emplois, a toutefois allumé bien des lumières rouges au sein d’associations syndicales.

« Avec la nouvelle structure, je n’ai pas perdu d’argent. Mais, contrairement aux nouveaux employés, on ne reconnaît plus ma pleine expérience. Ça crée énormément de grogne parce que c’est de la pure discrimination », a indiqué en entrevue Daniel Comeau, représentant du personnel administratif du CIUSSS de l’Estrie pour la CSN.

Désormais, les structures salariales de la fonction publique sont réparties en 28 échelons. Or, plusieurs employés se retrouvent à un rang inférieur à celui qui prévalait jusqu’au début avril.

La disparité dans l’application des normes harmonisées crée donc un clivage entre des effectifs ayant la même expérience, en fonction de leur entrée en poste. À titre d’exemple, un technicien en bâtiment travaillant depuis 12 ans pour le gouvernement du Québec pourrait être rétrogradé à l’échelon 10 dans la structure salariale actuelle. S’il démissionne et se fait réembaucher au même poste, on reconnaîtra alors son expérience pour fixer sa rémunération. Idem pour un nouvel employé.

Exode

Daniel Comeau a fait sourciller plusieurs membres du conseil d’administration du CIUSSS de l’Estrie, réunis lundi à Cowansville à l’occasion de la séance publique mensuelle.

« Plusieurs personnes m’expriment que leur décision de quitter le CIUSSS de l’Estrie est reliée à cette non-reconnaissance de leurs années d’expérience. Ces personnes ne quittent pas pour le secteur privé. Elles quittent pour un cégep, un CISSS, une commission scolaire. [...] Il y a un impact financier là-dedans. Je vous parle ici d’une équipe de technologues de 20 personnes environ. Imaginez ce qui se passe dans les autres titres d’emploi. Imaginez également la perte d’expertise pour notre milieu de travail et les conséquences pour notre réseau de santé en Estrie », a-t-il fait valoir durant la période de questions.

Josée Paquette, directrice des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques au CIUSSS de l’Estrie, s’est dite « très préoccupée par cet enjeu ».

« Vous avez raison. Il y a une incongruité dans l’application de leviers qui, malheureusement, ne sont pas entre nos mains », a-t-elle dit à l’auditoire.

Mme Paquette a reconnu l’urgence d’agir pour dénouer l’impasse. « C’est une situation que l’on trouve déplorable. [...] Est-ce qu’on aura des leviers pour rétroagir pour empêcher des démissions, que l’on ne veut vraiment pas ? »

De son côté, M. Comeau a évoqué de vaines représentations de la CSN auprès de Québec. « Présentement, le Conseil du trésor dit qu’il n’y a pas de problème dans le dossier des échelles salariales, a-t-il mentionné à La Voix de l’Est. Le gouvernement doit arrêter de faire l’autruche en maintenant un système qui privilégie les inégalités. »

Il n’a pas été possible d’obtenir mercredi les commentaires du secrétariat du Conseil du trésor. Selon la représentante du CIUSSS, un comité multidisciplinaire doit se pencher sur le dossier au cours des semaines à venir.