Yannick Brisebois déplore que les gens qui ont un dossier criminel en matière de production et de trafic de cannabis ne puissent faire partie de la nouvelle industrie du cannabis légal au Québec.

Écartés de l’industrie légale du cannabis

Les détenteurs d’un dossier criminel en matière de production de cannabis ne pourront pas travailler légalement dans ce domaine au Québec. Passionné par la culture de la marijuana et ses multiples possibilités, Yannick Brisebois dénonce cette situation qui le prive, comme d’autres ayant reçu une telle condamnation, de faire partie de cette nouvelle industrie désormais légale.

Le Roxtonnais n’hésite pas à utiliser le mot « passion » quand il parle de ce qui l’anime au sujet de la plante bientôt légalisée. Ce qui le passionne, « c’est le défi de la culture, les variétés — il y en a au-dessus de 1000 et je pense que je suis conservateur. Il y a une infinie de saveurs, de buzz. Il y a beaucoup de croisements de CBD [NDLR: le cannabidiol, une molécule non psychotrope présente dans le cannabis]. Il y a une centaine de cannabinoïdes [NDLR : la famille de molécules dont fait partie le CBD]. C’est une plante très mystérieuse qui a été marginalisée. »

Il a été déçu d’apprendre qu’il ne pourrait pas travailler pour les producteurs légaux de cannabis ou encore pour les Sociétés québécoises du cannabis. D’autres de ses connaissances ont essuyé un refus malgré leur expérience dans la production de cannabis.

À la Société des alcools du Québec, responsable des futures succursales de la nouvelle Société québécoise du cannabis (SQDC), on confirme qu’une condamnation pour la production dans le but de faire le trafic de cannabis nuit à l’embauche de ces personnes ayant eu affaire avec la justice au Québec. Tous les candidats doivent fournir une habilitation sécuritaire, délivrée par la Sûreté du Québec, où le passé judiciaire est vérifié.


«  C’est nous, dans le marché noir, qui avons créé les génétiques, qui avons développé les marchés.  »
Yannick Brisebois

« Suite à l’étude de l’historique de la personne, la SQ nous fait des recommandations, explique Mathieu Gaudreault, responsable des communications à la SAQ. Il y a, dans les modalités prévues, une annexe avec un paquet de conditions qui fait qu’une personne pourrait être habilitée ou pas. Je pense que pour quelqu’un qui a été reconnu coupable de production et de trafic de cannabis, ça ne serait pas possible de travailler à la SQDC. »

Des facteurs atténuants peuvent toutefois être considérés dans les recommandations de la SQ comme dans le cas, par exemple, d’une condamnation de possession simple.

Expérience

« Je comprends bien que c’était illégal, mais pourquoi nous empêcher de faire partie de cette industrie-là ? se questionne Yannick Brisebois, qui prend aujourd’hui du cannabis à des fins médicales pour ses migraines. C’est nous, dans le marché noir, qui avons créé les génétiques, qui avons développé les marchés. Du côté du cannabis médical, ce sont des personnes qui ont travaillé en marge de la société qui ont développé tout ça. On est encore perçu comme des criminels. »

Selon lui, les producteurs ayant œuvré sur le marché noir connaissent mieux la plante et toutes ses particularités. Il s’attriste que la nouvelle industrie se prive de leur grande expérience, bien qu’elle ait été acquise dans l’illégalité.

ACCUSÉ EN 2014

Yannick Brisebois a été accusé en 2014 pour avoir produit du cannabis dans le but d’en faire la vente. Il assure n’avoir jamais vendu à des mineurs et qu’il n’était pas relié à un groupe criminalisé. Il était alors simplement un jeune homme qui tentait de s’en sortir, raconte le propriétaire de la boutique Trichome hydroponique. « On n’est pas tous reliés au crime organisé. »

Malgré ces limitations liées à son passé, il peut quand même vivre d’une partie de sa passion avec sa boutique, qu’il a ouverte en juin, quelques jours après la naissance de son deuxième enfant. 

Puisqu’il est interdit de cultiver ses propres plants de cannabis à la maison, la clientèle cible concerne plutôt la consommation de cannabis médical. Cette clientèle peut avoir ses propres plants et la boutique est là pour leur fournir le matériel nécessaire. 

« Je ne mentirai pas, j’avais parti mon magasin aussi dans l’espoir que les gens puissent faire pousser des plants chez eux », précise-t-il, critiquant du coup le monopole public sur le point de voir le jour.