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Eau, poissons et piscivores menacés dans les rivières Yamaska et Le Renne

Les eaux des rivières Yamaska Nord à Granby, Yamaska Sud-Est à Cowansville ainsi que Le Renne à Acton Vale contiennent plusieurs contaminants rarement répertoriés jusqu'ici. La présence de ces polluants affecte la qualité de l'eau en plus de la santé des poissons, révèle une étude du ministère de l'Environnement.
Des dizaines de médicaments et des contaminants chimiques apparaissent dans des échantillons d'eau prélevés dans les principales rivières de la région. Les usines d'épuration des eaux usées des municipalités ne sont pas en mesure de tous les traiter avec succès. Résultat, dans quelques cas ces substances dépassent les normes établies par les autorités gouvernementales.
L'étude, débutée en 2010 et 2011 et intitulée Contaminants d'intérêt émergent, substances toxiques et état des communautés de poissons dans des cours d'eau de la Montérégie et de l'Estrie, place la Yamaska Nord en aval de l'usine d'épuration des eaux usées de Granby dans le groupe de tête des 13 segments de rivières les plus affectées par des contaminants. On y retrouve des traces de différents médicaments, des produits de soins personnels et de substances utilisées dans des procédés manufacturiers (voir encadré : Cocktail de produits chimiques).
D'autres rivières de ces deux régions sont souvent citées dans l'étude rendue publique récemment. Des traces de composés perfluorés ont été retrouvées dans la rivière Le Renne à Acton Vale. Parmi ces composés, du sulfonate de perfluorootace a été identifié avec un taux de 12 nanogrammes par litre (ng/l). Le seuil d'identification est de 1 ng/l. Or la fabrication, l'utilisation, la vente et l'importation de ce produit sont interdites depuis 2008 au Canada.
Les biologistes ont aussi retrouvé des traces d'acide perfluorooctanoïque dans Le Renne. Le taux maximal recensé s'élevait à 50 ng/l. Ce produit a été jugé nocif pour l'environnement, notent les auteurs de l'étude.
Ce même produit a également été détecté dans la rivière Yamaska Sud-Est à Cowansville. Le taux atteint était de 130 ng/l. Inquiets de ces données, les biologistes sont retournés en 2013 pour les valider (voir encadré : L'effet Consoltex).
Produit nuisible
Les chercheurs ont par ailleurs découvert du bisphénol-A dans 40 % des échantillons prélevés dans les rivières visées par l'étude. Ce produit chimique est présent dans plusieurs produits et est considéré toxique au sens de la loi. Une exposition à ce produit est nuisible aux personnes et aux écosystèmes.
Dans la rivière Le Renne, le taux de bisphénol-A relevé est de 12 ng/l et de 3 ng/l pour les rivières Yamaska Nord et Sud-Est. Ces concentrations sont toutefois en dessous de la barre des 20 ng/l considérée dangereuse pour la vie aquatique.
Des traces de phtalates, une substance utilisée pour rendre les matières plastiques plus souples et malléables, ont été détectées dans les trois rivières de notre région.
Des métaux sont aussi présents dans les rivières Yamaska Nord et Sud-Est ainsi que Le Renne, selon l'étude. On y a recensé des concentrations de fer, de molybdène, d'antimoine, de vanadium et de zinc à Granby, de fer et d'antimoine à Cowansville, et d'aluminium, de cobalt, de fer, de molybdène, d'antimoine et de vanadium à Acton Vale.
Les poissons souffrent de la présence de ces contaminants dans l'eau. La section en aval de la Yamaska Nord est bonne première pour les mauvaises raisons. Son indice d'intégrité biotique, qui mesure l'état de santé des poissons, est de 21 (sur une base de 60). Le même indice est de 33 en amont de l'usine d'épuration des eaux usées (secteur de la plage Darby à Shefford), prouvant que la santé des poissons se détériore lorsqu'ils descendent la rivière.
Les données recueillies sur les poissons sont alarmantes. Leur taux d'anomalies (déformation, érosion des nageoires, lésion et tumeur) en aval de l'usine d'épuration des eaux usées de Granby est de 45 %. Le taux est seulement de 11 % en amont de ce segment de rivière. Les biologistes considèrent comme anormaux les taux supérieurs à 5 %. Cela se produit quand les poissons sont affectés par des substances toxiques. Dans ce segment de rivière, neuf des dix critères sur la contamination des poissons sont dépassés...
Dans la Yamaska Sud-Est à Cowansville, l'indice d'intégrité biotique des poissons est seulement de 18. Leur taux d'anomalies est de 19 %.
Pour Le Renne, l'indice d'intégrité biotique est de 39, mais son taux d'anomalies des poissons passe de 2,1 % en amont à... 19 % en aval !
Les biologistes du Ministère s'intéressent aux contaminants dans l'eau et aux taux d'anomalies des poissons puisqu'ils ont en plus des effets sur les oiseaux et les mammifères qui s'en nourrissent. D'où l'objectif d'analyser des échantillons d'eau pour repérer ces contaminants.
BPC
Des BPC ont été identifiés dans les poissons capturés dans la rivière Yamaska Nord en aval de l'usine d'épuration des eaux usées. La teneur en BPC atteint 360 ng/l alors que le taux jugé critique pour la protection des oiseaux et des mammifères piscivores est de moins de 160 ng/l. En amont, le taux de 90 ng/l, soit quatre fois moins élevé, démontre que la contamination provient de l'usine des eaux usées.
L'étude identifie également la Ville d'Acton Vale comme source de BPC. La teneur en BPC découverte dans des poissons de la rivière Le Renne est de cinq à neuf fois plus élevée en aval de son usine d'épuration des eaux usées qu'en amont.
Les dioxines et furannes, des substances qu'on retrouve notamment dans les boues usées, ont été recensés dans les eaux des rivières étudiées. Leurs concentrations dans les mammifères et oiseaux « sont problématiques à presque tous les sites d'échantillonnage, et dépassent souvent de beaucoup le critère » du Ministère, lit-on. La rivière Yamaska Nord à Granby ressort encore du lot avec des concentrations de « 48 fois supérieures au critère pour la protection de la faune terrestre piscivore ».
Ces « contaminants persistants » s'accumulent dans la chaîne alimentaire, notent les chercheurs.
Nous avons sollicité lundi des entrevues avec les auteurs de l'étude. Le ministère de l'Environnement a refusé notre demande.
L'effet Consoltex
La fermeture de l'usine Consoltex à Cowansville en décembre 2010 a eu un impact important sur la réduction des contaminants chimiques présents dans la rivière Yamaska Sud-Est.
L'entreprise spécialisée en textile utilisait de nombreux produits chimiques dans sa production. Au fil des ans, des analyses d'échantillons réalisées par le ministère de l'Environnement ont détecté des substances chimiques en aval de l'usine d'épuration des eaux usées de la Ville.
L'étude de 2010 a détecté des taux de 130 nanogrammes par litre (ng/l) d'acide perfluoro-octanoïque dans la rivière, près du pont de la route 139. Ce produit étant jugé nocif pour l'environnement, les biologistes ont décidé d'investiguer davantage en 2013.
Sylvain Perreault se rappelle leur venue. « Ils voulaient faire des analyses supplémentaires, voir si c'était dommageable pour les poissons et les plantes aquatiques. Ils sont partis de l'usine (des eaux usées) et ont descendu la rivière jusqu'au pont de la 139 pour en avoir le coeur net. La santé de la rivière est importante », explique le directeur du service des infrastructures et immobilisations de la Ville.
Les nouvelles données établissaient les taux d'acide perfluorooctanoïque entre 2 et 5 ng/l, bien inférieurs au seuil où la sonnette d'alarme doit être sonnée.
La Ville n'a jamais reçu le rapport de leur visite ou de leurs conclusions, a dit M. Perreault.
Construite en 1986, l'usine d'épuration des eaux usées de Cowansville répond à tous les critères en termes de contrôle des contaminants, a assuré M. Perreault.
Cocktail de produits chimiques
Composés perfluorés (sulfonate de perfluorootace, acide perfluorooctanoïque, sulfonate de perfluorohexane et perfluorooctane sulfonamide) :
Ces substances sont utilisées comme enduits imperméabilisants et antitaches sur des produits de consommation courants (papiers et cartons d'emballage, intérieur de boîtes de conserve, tissus, vêtements, tapis, meubles).
Bisphénol-A
Ce produit est utilisé surtout dans la production de plastiques de type polycarbone et de résines époxydes (disques compacts, contenants pour les aliments et les boissons, tuyaux et boîtiers d'appareils électroniques).
Médicaments
34 médicaments (dont 4 analgésiques/anti-inflammatoires, deux produits pour réduire le taux de cholestérol sanguin, un antibiotique et le triclosan) et produits de soins personnels (produits pour prévenir bactéries, champignons, moisissure, pour contrôler les odeurs, fards pour les yeux).
Caféine
Détectée dans 56 % des échantillons prélevés. Même si sa concentration est souvent plus élevée que les autres substances identifiées, elle ne représente pas une menace pour les organismes aquatiques.