Marie-Christine Hon assure la coordination de la Dynamique des Handicapés de Granby et région depuis 2016.
Marie-Christine Hon assure la coordination de la Dynamique des Handicapés de Granby et région depuis 2016.

Dynamique des handicapés de Granby et région: trente ans d’inclusion et d’avancées

Ce samedi a marqué la fin de la Semaine nationale de l’accessibilité, alors dimanche, la Semaine québécoise des personnes handicapées tirait à sa fin elle aussi. Par ici, ces efforts pour rendre la communauté et ses lieux plus accessibles sont concertés depuis maintenant trois décennies, alors que la Dynamique des Handicapés de Granby et région (DHGR) célèbre cette année ses 30 ans.

Lors de sa fondation par Maurice Brosseau et quelques collaborateurs en 1990, la Dynamique des Handicapés de l’Estrie comptait plus ou moins une vingtaine de membres. Rebaptisé en 2009 afin d’être plus représentatif du territoire qu’il dessert, l’organisme en compte le double aujourd’hui. « Sa mission de départ était surtout de défendre les droits des personnes handicapés et de sensibiliser la population aux conditions de vie de ces personnes, de lui faire réaliser les privations et les enjeux auxquelles elles faisaient face », relate Marie-Christine Hon, qui en assure la coordination depuis 2016.

Cet esprit n’a pas changé, poursuit-elle, bien qu’un volet de sensibilisation plus prononcé s’y soit greffé ces dernières années.

Contrairement à ce qu’on serait porté à croire, la Dynamique s’adresse à un très large bassin de personnes, c’est-à-dire toutes celles qui ont des limitations physiques ou intellectuelles, temporaires ou permanentes. « Quelqu’un qui se casse les deux jambes, qui est en arrêt de travail et qui a besoin de services de transport ou de soins à domicile, c’est quelqu’un à qui on peut venir en aide. Les personnes âgées aussi, illustre Mme Hon. On a tous, à des degrés différents, des limitations fonctionnelles. »

Du chemin parcouru et à parcourir

En 30 ans, les droits des personnes handicapées ont fait du chemin, tout comme les services leur étant offerts. Mais certains problèmes demeurent, comme un manque criant de logements adaptés, le manque de ressources pour de jeunes handicapés relégués en CHSLD et l’accès difficile au transport collectif en région.

La DHGR est bien connue pour sa remise annuelle, depuis 2013, du Prix Orange, un clin d’œil aux prix citrons. Mais plutôt que de souligner les problèmes observés au cours de la dernière année, l’organisme a choisi de récompenser les initiatives qui permettent un meilleur accès universel sur son territoire. Ici, la remise du Prix Orange au cabinet d’audiologistes Laflamme et associés en 2019.

C’est sans compter le fait que handicap est encore trop souvent synonyme de pauvreté ou de précarité financière, déplore Marie-Christine Hon. « Il est très difficile d’obtenir une reconnaissance de contrainte sévère à l’emploi. C’est un processus complexe et astreignant, mentionne-t-elle. Ce faisant, les revenus des personnes qui ne peuvent pas travailler et qui dépendent soit de la Régie des rentes ou de l’aide sociale demeurent très faibles. »

Les lois qui encadrent les contraintes à l’emploi et l’invalidité des personnes sont désuètes et manquent de flexibilité, croit l’organisme. « Une contrainte sévère à un emploi ne veut pas dire que tu ne peux pas rien faire, nuance Mme Hon. Si tu n’as pas l’usage de tes jambes, tu ne peux peut-être pas travailler comme charpentier, mais tu as toute ta tête pour faire du travail de bureau, même si ce n’est que quelques heures par semaine. »

« Les gens sous-estiment les personnes qui présentent un handicap. Elles sont traitées comme des citoyens de seconde zone ou sont infantilisées alors qu’elles peuvent être aussi compétentes que les autres », s’indigne la coordonnatrice.

Des victoires

La DHGR, de concert avec la Coopérative Autonomie chez soi et l’AQDR de Granby, a aussi pris son bâton de pèlerin pour s’opposer à une réforme annoncée par l’ancien ministre de la Santé Gaétan Barrette en 2017, qui aurait mené à la privatisation de plusieurs services de soins à domicile, et ce, sans cadre de référence pour les employés ou les pratiques.

« On a lancé une pétition, et on était les seuls au Québec à manifester contre la mesure », se rappelle Mme Hon, qui a pu bénéficier de l’oreille attentive du député de Granby, François Bonnardel. À ce jour, le projet demeure au neutre.

Une autre victoire pourrait bien attendre l’organisme cet automne, alors qu’avec la collaboration de l’Association de Granby pour la déficience intellectuelle et l’autisme et de Ami-Bus, les frais et pénalités pour des transports adaptés réservés, mais non utilisés sont en voie d’être abolis.

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DES PRIX ORANGE POUR CÉLÉBRER L'ACCESSIBILITÉ

La DHGR est bien connue pour sa remise annuelle, depuis 2013, du Prix Orange, un clin d’œil aux prix citrons. Mais plutôt que de souligner les problèmes observés au cours de la dernière année, l’organisme a choisi de récompenser les initiatives qui permettent un meilleur accès universel sur son territoire.

« Il y a quelques années, l’accessibilité est devenue un enjeu plus important. Les personnes sortaient davantage, elles possédaient des fauteuils électriques, mais les lieux étaient encore difficiles d’accès, rappelle Mme Hon. L’idée que la Dynamique a eue était d’encourager les commerces et institutions à faire des changements favorisant l’accès plutôt que de cibler les endroits problématiques. »

Heureusement, car autrement, l’organisme aurait été fort occupé. Beaucoup de travail reste à faire, souligne Mme Hon.

Le réaménagement piétonnier du centre-ville de Granby, par exemple, nécessitera beaucoup d’adaptations pour être accueillant envers les personnes handicapées. « On travaille de concert avec la Ville, dit-elle. On remarque que pour aller dans certains restaurants, il faut monter une ou deux marches. Ailleurs, les passages sont trop étroits pour un fauteuil. Pourtant, si on veut conserver l’attractivité économique du centre-ville, il faut s’assurer que la clientèle des personnes avec un handicap ou des personnes âgées, par exemple, puissent aller sur la rue Principale et aient envie d’y aller. »