Une terre agricole de 39,3 hectares le long de la rue Western à Waterloo a été arrosée avec du Roundup pour tuer l’herbe qui y poussait. Les pesticides sont interdits dans la municipalité.

Du Roundup sur une terre agricole à Waterloo

L’utilisation du controversé herbicide Roundup trop près de ruisseaux et de fossés sur une terre agricole derrière la rue Western à Waterloo pourrait coûter cher aux responsables. Le propriétaire du terrain et l’entreprise qui a épandu le produit sont passibles d’amendes allant de 500 $ à 30 000 $. Les autorités municipales étudient également l’affaire puisque leur réglementation prohibe l’utilisation de pesticides.

Le propriétaire de la terre de 39,3 hectares (97 acres), Guy Noël, ainsi que l’entreprise embauchée pour couvrir le champ d’herbicide ont reçu le 9 juillet des avis de non-conformité du ministère de l’Environnement. Ils ont contrevenu au Code de gestion des pesticides ainsi qu’à la Loi sur les pesticides, indique Clément Falardeau, porte-parole du Ministère.

Le Code de gestion des pesticides prévoit que l’utilisation de pesticides ne peut se faire à un minimum de 1 mètre de tout fossé et de 3 mètres des cours d’eau. Or, des traces du produit ont été retrouvées à l’intérieur de ces limites.

Autre infraction, l’entreprise est blâmée de ne pas avoir respecté les directives d’utilisation du produit édictées par son fabricant, en l’occurrence Mosanto. Le Ministère ne nous a pas donné de détails sur cet élément.

Par ailleurs, bien que l’opération d’épandage ait été faite tout près des maisons des rues Western et Dollard, aucune infraction n’a été commise, selon le Ministère. Il n’existe en effet aucune distance minimale pour épandre des herbicides près d’habitations lorsqu’un pulvérisateur à rampe horizontale est utilisé. Ce fut le cas dans ce dossier, a dit M. Falardeau. Une distance minimale de 20 mètres est exigée lorsqu’un pulvérisateur à jet porté ou pneumatique est utilisé.

L’enquête se poursuit, a dit M. Falardeau en entrevue.

Journée venteuse
Arthur Norris souhaite que le Ministère procède à une analyse des conditions météorologiques au moment où le Roundup a été épandu dans le champ qui donne sur sa cour arrière. La journée était très venteuse, se rappelle le résident de la rue Dollard. « Quand je suis arrivé du travail en milieu d’après-midi, en descendant de mon automobile, j’ai tout de suite senti une odeur chimique. Le tracteur était en haut de la butte dans le champ en arrière. On voyait qu’il épandait des pesticides. »

Fils d’agriculteur, M. Norris savait que le produit épandu était un herbicide. Sa famille a longtemps cultivé la terre en question. Son frère la louait jusqu’à tout récemment pour produire du foin. L’épandage d’herbicide avait pour but de tuer les herbes pour faire place à une plantation de soya.

L’épouse de M. Norris, Scarlett Jennifer Foerster, s’est dite consternée en apprenant du Ministère que le produit utilisé était du Roundup. Cet herbicide est soupçonné d’avoir des effets cancérigènes, soutient-elle. « Comment est-ce possible ? Comment peut-on permettre qu’un produit comme celui-là soit utilisé en ville ? Je ne comprends pas. Est-ce que les gens qui vivent derrière ce champ ne savent pas combien ce produit est dangereux pour eux ? »

Le directeur général de Waterloo, Louis Verhoef, et le maire Jean-Marie Lachapelle sont présentement en vacances. Le maire suppléant Robert Auclair ne nous a pas rappelés jeudi.

Nous n’avons pu joindre M. Noël jeudi.

«DANS LE DOUTE, ON DEVRAIT ARRÊTER LES OPÉRATIONS»

Un inspecteur de la municipalité qui s’était rendu sur la terre agricole au moment de l’épandage de l’herbicide n’a pas fait arrêter l’opération, malgré que la réglementation municipale interdise l’utilisation de pesticides sur son territoire.

Scarlett Jennifer Foerster s’explique encore mal que la municipalité n’ait pas fait appliquer son règlement à ce moment. « On n’a pas beaucoup de terres agricoles dans la municipalité. Peut-être que l’inspecteur ne connaissait pas toute la réglementation. Mais dans le doute, on devrait arrêter les opérations pour se donner du temps pour s’informer », déplore-t-elle.

Le règlement relatif aux pesticides et aux fertilisants se lit ainsi: « L’épandage et l’utilisation de tout pesticide et fertilisant par un utilisateur sont interdits partout sur le territoire de la municipalité y compris à moins de 100 mètres de distance de toute source d’eau potable municipale ainsi que toute surface gazonnée ou aménagée ».

Une exception agricole est autorisée, mais seulement pour « enrayer des plantes nocives » nuisibles « à une exploitation agricole véritable et continue », peut-on lire dans le règlement adopté en février 2010. 

Une personne physique qui se rend coupable d’avoir enfreint ce règlement peut écoper d’une amende allant de 500 $ à 1000 $, tandis qu’une personne morale (une entreprise) est passible d’une amende de 1000 $ à 2000 $.

Ne pas appliquer ce règlement est une absurdité, soutient Mme Foerster. Elle souligne que le conseil municipal a fait de la Rudbeckia la fleur officielle de la municipalité. Or, plaide-t-elle, cette fleur est un pollinisateur qui attire les abeilles et les papillons. « Le conseil fait ça pour promouvoir une ville saine et verte. Mais on n’applique pas notre règlement sur les pesticides. Ce sont des produits qui tuent ces insectes. Le Roundup est un des pires », dit-elle, souhaitant qu’une réflexion s’amorce sur l’utilisation de ces produits chimiques.
Le dossier n’a pas été classé à l’hôtel de ville, nous a-t-on dit au service de l’urbanisme. Les discussions se poursuivent avec le ministère de l’Environnement pour la suite des choses.