Plusieurs tournois aux allures de bordel en plein air ont été organisés par des bars dans des golfs de la région.

Du golf, mais pas seulement

Prostitution, fellations, danses érotiques, danseuses nues dans des poses lascives, il y a plus que du golf qui se déroule lors de tournois sur les terrains de la région. Selon des informations obtenues par La Voix de l'Est, plusieurs tournois aux allures de bordel en plein air ont été organisés par des bars dans des golfs, dont celui de Saint-Césaire, propriété de la Ville de Saint-Césaire.
Le club de danseuses Chez Doric, de Longueuil, a organisé un tournoi avec une douzaine de femmes, dont des danseuses, l'été dernier au club de golf de Saint-Césaire, que la Ville loue à un gestionnaire 300 000 $ par année. Selon un témoin qui a demandé à garder l'anonymat, des femmes se seraient complètement dénudées sur le terrain, gardant seulement leurs talons hauts, adoptant des poses exposant leurs attributs sexuels et proférant des faveurs sexuelles sous des tentes aménagées sur le golf pour l'occasion. «À 14h30, il y avait des filles avec les seins nus partout sur le terrain. Puis, il y avait deux tentes derrière les greens. Ça, c'était pour les fellations», explique ce témoin. Ce dernier affirme avoir vu une femme «se coucher à plat ventre, les seins de chaque bord du trou» pour orienter les coups des joueurs.
«En dernier, il y en avait une qui était complètement nue sur un vert», ajoute ce même témoin.
Selon lui, certaines de ces femmes avaient dû consommer de la drogue pour l'événement, bien qu'il ne les ait pas vues faire sur place. «Quand tu vois qu'elles ont les yeux ouverts d'un pouce...», dit-il.
Les billets de ce tournoi étaient vendus notamment aux clients de ce bar de danseuses, autour de 120 $ chacun. «Les deux petites tentes, ça, c'était payé à part, (...) autour de 50 $, 60 $ ou 70 $», précise ce témoin. De tels tournois rapporteraient plus de 1000 $ par jour aux femmes qui y participent.
La nudité des femmes était visible des voies publiques autour, si bien que des usagers de la route en ont été témoins. «On a vu des filles en talons hauts et en costume de bain», dit l'un d'eux, sous le couvert de l'anonymat. D'autres conducteurs ont dit avoir vu des «boules à l'air».
Tout en affirmant ne pas avoir été témoin d'actes indécents lors de ce tournoi, le gestionnaire du golf, joint au téléphone, a affirmé: «On ne contrôle pas le débit d'alcool. Si la dame désire se déshabiller au trou no 16...» Il affirme également que les tentes étaient aménagées pour servir «du Red Bull et des bouchées de sushi» et non pour des services érotiques.
«Tu peux avoir des clubs de danseuses avec du respect, précise-t-il. Mais, avec d'autres, tu perds le contrôle. Tu ne les invites plus. C'est ce qui s'est passé», dit-il.
Le gérant du bar chez Doric, Normand Lareau, était d'ailleurs déçu de ne pas avoir été choisi cette année pour organiser un tournoi. «Ils ont pris le club de danseuses de Marieville», a-t-il affirmé au téléphone. Concernant la nudité rapportée, sans confirmer ni nier, il a affirmé que c'est «à la discrétion des filles si elles veulent ôter leur top» et que leur rôle premier était de «prendre soin des clients» en leur offrant «des rafraîchissements sur le terrain». «Les filles peuvent faire ce qu'elles veulent sur les trous», a-t-il affirmé concernant les actes indécents. Il a toutefois nié qu'il y ait eu de la prostitution.
Le bar L'Auberge, aussi appelé Le Gentleman, situé sur le chemin Chambly à Marieville, a organisé deux tournois au golf de Saint-Césaire. Le dernier a eu lieu à la mi-août cette année, et l'autre, l'été dernier, une semaine avant celui du Doric.
À l'occasion du premier tournoi de L'Auberge, en 2009, les choses seraient aussi allées loin. Deux femmes nues auraient fait un spectacle érotique en s'échangeant des gestes osés, selon deux témoins.
Questionné à ce sujet, M. Spénard a indiqué: «J'en ai pas eu connaissance».
Le propriétaire de l'Auberge, Sylvain Brouillette, n'a pas répondu aux demandes d'entrevues de La Voix de l'Est.
Les tournois de danseuses de la Ville
Le gestionnaire du golf aurait pris exemple sur la Ville de St-Césaire, qui, avant qu'elle ne le loue à M. Spénard, en 2008, faisait aussi de ce type de tournois.
« La Ville faisait ce genre de tournois avec différents types de bars », dont des bars de danseuses nues, affirme le directeur général Raynald Castonguay. « M. Spénard a vu les contrats avec certains bars et a fait comme nous », ajoute-t-il.
M. Castonguay affirme toutefois que rien « n'a dégénéré « lors du tournoi du bar Chez Doric, à sa connaissance. « On a eu des discussions avec M. Spénard (après ce tournoi), et on en a profité pour mettre les choses au clair », dit le directeur, ajoutant qu'il était important de contrôler les choses à l'avenir afin de préserver la réputation du golf et de la Ville.
Le maire Serge Gendron affirme être plutôt mal à l'aise avec ce genre de tournois de bars de danseuses, mais se sentir les mains liées. « On l'a loué (le golf). Va-t-on se permettre de s'ingérer dans la gestion ? Je ne sais pas si on peut aller jusque- là », dit-il, ajoutant qu'il comptait demander un avis légal sur la question.
La Ville a tout de même demandé au gestionnaire de fermer le golf au public lors de ces tournois et de s'assurer qu'il ne reste personne d'autre que les joueurs des tournois, ce qui a été fait lors des tournois de L'Auberge, affirme-t-il. Pour celui de Chez Doric, « il y avait des citoyens ordinaires. Il restait quelques joueurs sur le golf », dit-il, ajoutant qu'il n'avait pas apprécié cet aspect.
D'autres tournois à Roxton Pond et à Granby
Des tournois impliquant des escortes et des danseuses auraient aussi eu lieu en 2006 et 2007 à Roxton Pond, et en 2005 à Granby. Lors des tournois du golf Le Rocher, à Roxton Pond, des témoins ont eu connaissance d'actes de nature sexuelle qui se seraient déroulés notamment dans des tentes aménagées sur le terrain pour l'occasion, de même que dans les secteurs boisés. Les participants au tournoi avaient acheté leur billet, qui ne mentionnait pas la présence de danseuses, au bar Le Bora de Granby. Lors du tournoi, certains clients auraient payé jusqu'à 400 $ pour des faveurs sexuelles. Les femmes, une douzaine chaque fois, étaient, selon les témoins, à la solde de proxénètes de Montréal qui sont débarqués à l'improviste au golf une fois.
C'est le tenancier de Granby Michel Therrien qui a vendu les billets pour ces tournois. Joint au téléphone, ce dernier a refusé d'émettre de commentaires. « Je ne veux pas répondre à ça. Je ne trouve pas ça pertinent, cinq ans plus tard », s'est-il limité à dire, ajoutant qu'il s'agissait d'un party d'hôtellerie et de restauration.
Le propriétaire du golf de Roxton Pond, Stéphane Morin, a tout nié de la présence de danseuses et d'escortes, de même que de la nudité, de l'indécence et de la prostitution alléguées. « Oui, il y a eu des filles qui vendaient de la boisson en costume », mais sans plus, dit-il. « Ça a été spécifié avec Michel Therrien que c'était un club de golf ici, et non un club de danseuses », dit-il.
Granby-Saint-Paul
Un tournoi semblable aux deux premiers de Roxton Pond s'est déroulé au club de golf Granby-Saint- Paul en 2005. « C'était bordélique un peu », reconnaît le directeur général, Gérard Arbour, qui n'était alors pas en poste, mais qui en a « entendu parler ». Contrairement à Roxton Pond, le club était tout de même demeuré ouvert au public. « Les madames n'ont pas aimé ça », laisse entendre M. Arbour, qui affirme qu'il refuserait qu'une telle chose se reproduise, mais que ces tournois sont profitables.