Meagan Patch a choisi la rotation de pâturage pour élever ses bœufs nourris à 100 % à l’herbe. Cette méthode, doublée des bottes de foin laissées aux champs, permet d’avoir un élevage plus écoresponsable.
Meagan Patch a choisi la rotation de pâturage pour élever ses bœufs nourris à 100 % à l’herbe. Cette méthode, doublée des bottes de foin laissées aux champs, permet d’avoir un élevage plus écoresponsable.

Du bœuf plus vert

Cynthia Laflamme
Cynthia Laflamme
La Voix de l'Est
Meagan Patch n’a pas réinventé la roue. Comme les quelques autres producteurs de bœufs nourris à l’herbe du Québec, la propriétaire de la ferme Patch s’inspire du mouvement des troupeaux de bisons pour son cheptel de bœufs et de veaux. Avec la rotation de pâturage et les balles de foins laissées aux champs en hiver, elle produit une viande plus maigre et plus saine tout en favorisant la captation du carbone dans le sol.

Le bœuf est la production de protéine animale la plus polluante. Mais en revenant à une production plus ancestrale, il est possible de diminuer son impact sur l’environnement tout en restant rentable.

Depuis 2013, alors qu’elle était la relève de la ferme Patch, à Brome, Meagan Patch a commencé la transition écoresponsable. Propriétaire depuis 2018, elle s’est informée en lisant des ouvrages de producteurs qui avaient fait cette transition. Elle a aussi rencontré Brian Maloney, de la ferme Brylee en Outaouais, et a eu le loisir de lui poser ses interrogations.

Tout est une question de gestion de terres et de génétique.

Lors d’une rotation de pâturage, les animaux restent ensemble, mais se déplacent d’une section de champs, délimitée par une clôture, à une autre plusieurs fois par jour. Mme Patch surveille l’état des plantes fourragères pour choisir le prochain emplacement et le moment du changement.

Relation privilégiée

Généralement, lorsqu’elles voient l’éleveuse ouvrir la clôture, les bêtes savent qu’elles changeront de place. Une relation privilégiée s’est installée.

«Les animaux apprennent très, très vite que, quand j’arrive, il y a de l’herbe fraîche qui les attend. On passe plus de temps à travailler avec eux. Les bœufs nous suivent. Ils traversent les chemins, les rivières. Des fois, ils vont loin. On est capable de les faire suivre quand même assez bien.»

L’idéal est que l’herbe ne soit broutée qu’à 50% afin qu’elle garde ses racines pour se régénérer rapidement et ainsi capturer le carbone. Mme Patch doit donc toujours être attentive et aiguiser son instinct.

En plus de la capture du carbone, la rotation de pâturage permet de garder le sol en santé grâce au fumier et à l’urine des animaux.

Extension de la saison

«Ce qui est intéressant, c’est l’extension de la saison au pâturage. Quand on gère bien les terres, on a plus de fourrage, donc on peut laisser les vaches au pâturage plus longtemps, constate Meagan Patch, lors d’une entrevue accordée au milieu de ses veaux, de ses bœufs et de ses vaches. L’hiver est long et il faut acheter beaucoup de foin.»

Les boeufs de la ferme Patch se nourrissent à l’herbe jusqu’à ce que la neige les en empêche.

Comme le foin est l’intrant le plus cher pour les producteurs, il devient économiquement intéressant d’étirer la saison au pâturage, grâce à une rotation bien faite.

Lorsque l’herbe n’est plus accessible, c’est l’heure de passer au foin. Quand elle le peut, elle dispose des bottes de foin un peu partout à travers les champs. Les ruminants s’y nourrissent et ce qui reste se décompose et nourrit le sol.

Au final, ils vivent moins de stress et sont moins malades.

Importante génétique

Les animaux sont à l’extérieur 24 heures sur 24 h, 365 jours par année. Ils ont un abri, sans plus. C’est là que leur génétique devient particulièrement importante.

Déjà, alors que quelques pouces de neige couvraient le sol — avant l’arrivée des températures printanières des derniers jours — on pouvait constater que les bovins avaient un épais pelage. Ils sont également plus trapus.

«Le dossier génétique est très important. On sélectionne des animaux qui sont plus robustes, qui prennent facilement du poids quand ils mangent de l’herbe.»

Son taureau, court sur pattes, mais très large, vient de New York. Comme son entreprise est en croissance, elle a acheté des bouvillons provenant d’éleveurs qui ont les mêmes pratiques qu’elle.

Un jour, elle ajoutera à son troupeau des agneaux nourris à l’herbe ainsi que deux chiens de garde pour les protéger des coyotes. Bovins et agneaux peuvent très bien cohabiter.

S’éloigner des productions polluantes

La ferme Patch s’éloigne de l’élevage industriel où les animaux peuvent commencer leur vie à l’extérieur avant d’être engraissés à l’intérieur, entassés.

«Ces animaux ne sont pas gardés dans un contexte qui ressemble à la nature, commente-t-elle. On les laisse au pâturage dans le même espace trop long et il y a du surpâturage, ce qui endommage les plantes, le sol et ça affecte le cycle de l’eau. Les animaux de finition sont enlevés du pâturage et envoyés dans un parc d’engraissement où il y a une forte concentration de fumier. Ils sont nourris aux grains qu’on cultive et transporte par camions.»

Les grandes cultures qui permettent ainsi de les nourrir sont elles aussi polluantes.

«Il faut changer les pratiques en grande culture aussi. Chaque fois que tu tournes les sols, c’est là qu’on perd le carbone.»