Les premières infirmières qui auront le droit de prescrire en Estrie sont celles qui oeuvrent dans le milieu scolaire et qui sont détentrices de postes à temps complet.

Droit de prescrire des infirmières : un projet-pilote voit le jour en Estrie

Un an après l'entrée en vigueur du règlement permettant aux infirmières de prescrire certains tests et médicaments, une première cohorte, oeuvrant sur le territoire du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de l'Estrie, pourra passer à l'acte dès le 16 janvier.
Nathalie Schoos, adjointe à la directrice des soins infirmiers au CIUSSS de l'Estrie.
Désengorger le système de santé n'est pas une sinécure, vous diront ceux qui oeuvrent dans cette sphère. Or, Nathalie Schoos, adjointe à la directrice des soins infirmiers au CIUSSS de l'Estrie, est d'avis que le droit de prescrire des infirmières sera, « dans une certaine mesure », un pas de plus en ce sens.
« Actuellement, les infirmières doivent se référer à un médecin pour avoir accès à une prescription. Le projet-pilote qu'on lance [à l'échelle régionale] sera un plus puisqu'elles gagneront en autonomie professionnelle. Ça permettra une prise en charge plus complète de la clientèle dans des champs de pratique qu'elles peuvent exercer. On parle donc d'un meilleur travail d'équipe. »
Le déploiement du projet-pilote se fera en trois phases dans autant de domaines d'activité clinique. Le premier sera la « santé publique », dès le 16 janvier. Les « problèmes de santé courants » et les « soins de plaies » devraient suivre respectivement durant l'été puis à l'hiver 2017.
« On veut une harmonisation des différentes pratiques chez les infirmières, note Mme Schoos. Mais on n'est pas encore rendus là. C'est pourquoi on veut y aller étape par étape. »
Milieu scolaire
Les premières infirmières qui auront le droit de prescrire en Estrie oeuvrent dans le milieu scolaire (primaire et secondaire) et sont détentrices de postes à temps complet. Le réseau du CIUSSS en compte 45 à l'heure actuelle.
Au préalable, celles-ci doivent obtenir une attestation auprès de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec. Pour ce faire, les bachelières doivent suivre deux formations de deux heures chacune : l'une sur le code d'éthique, l'autre sur les normes qui régissent la prescription.
À ce jour, une vingtaine d'entre elles ont reçu cette certification, a précisé Mme Schoos. Les infirmières-techniciennes pourront également se prévaloir d'une clause transitoire pour faire des ordonnances. Elles devront toutefois avoir cumulé un minimum de 8400 heures de travail en santé communautaire au cours des sept dernières années, en date du 16 janvier.
Le premier groupe d'infirmières pourra faire des ordonnances de médicaments en matière de contraception hormonale (pilule), puis d'infections transmises sexuellement ou par le sang (gonorrhée et chlamydia). Elles pourront aussi prescrire des suppléments vitaminiques et de l'acide folique aux femmes enceintes, de même que des traitements pour la pédiculose (poux) et la cessation tabagique.
Réflexion
En parallèle au lancement du projet-pilote en janvier, l'équipe du CIUSSS de l'Estrie amorcera une « réflexion plus approfondie » sur le déploiement des deux autres phases. « Le droit de prescrire vient avec des responsabilités et on doit s'assurer que les infirmières ont les outils nécessaires pour le faire. [...] On ne voudrait pas frapper un mur », illustre Nathalie Schoos. 
Selon celle-ci, ce qui rend complexe la prescription infirmière dans le domaine des « soins de plaies » réside principalement dans ses nombreuses ramifications : on les dispense notamment en hébergement, en CLSC, à domicile et dans les centres hospitaliers.
À ce chapitre, les infirmières pourront faire des ordonnances de médicaments puis de certains types de pansements spécialisés. La prescription d'analyses de laboratoire est aussi au programme. Le portrait est similaire en ce qui concerne la « santé courante », qui se traduit entre autres par des suivis en clinique, postnataux puis à la maison.
Selon Mme Schoos, on ne constate pas de « levée de boucliers » chez les infirmières aptes à prescrire. « Les infirmières qui travaillent en santé publique nous disent, pour la majorité, être prêtes à faire le saut, assure-t-elle. Elles sont contentes de pouvoir agrandir leurs activités. Il demeure certaines questions et on va devoir démystifier ce nouveau­ champ d'exercices. »