Réal St-François pose avec une photo de sa conjointe décédée, Maryse Laplante, aux côtés de sa belle-soeur, Line Laplante, qui tient une plaque commémorative soulignant les quatre vies sauvées grâce au don d’organes.

Don d'organes: un cadeau qui vaut de l'or

L’Association canadienne des dons d’organes et de tissus a rendu hommage vendredi aux hommes et aux femmes qui ont offert leurs organes de leur vivant, les Grands Samaritains, ou à la suite de leur décès, les Ambassadeurs de la santé, lors d’une cérémonie qui se déroulait à Sherbrooke. La Voix de l’Est vous propose une rencontre avec la famille d’une donneuse ainsi que l’histoire d’un receveur.

Certains départs sont subits. Imprévisibles. Lorsque Maryse Laplante a été terrassée par un accident vasculaire cérébral à l’âge de 56 ans, ses proches ont honoré sa dernière volonté, celle de donner ses organes. Un précieux cadeau qui a sauvé quatre vies et réconforté sa famille bouleversée par son décès.

« Qu’elle ait choisi de donner ses organes nous a donné trois jours que nous avons passés avec elle, à l’accompagner, à lui dire ce qu’on n’avait pas eu le temps parce que c’est arrivé tellement subitement », témoigne Line Laplante, la sœur aînée de la quinquagénaire.

La vie de la famille a basculé en janvier dernier. Les deux sœurs étaient en voiture lorsque Maryse Laplante a été foudroyée par un accident vasculaire cérébral.

« Tout de suite, j’ai appelé le 911 et j’ai mentionné que c’était un AVC, raconte Mme Laplante, qui était au volant de la voiture. Son état se dégradait rapidement. Je l’ai accompagnée dans l’ambulance et tout de suite, ils ont dû l’intuber parce qu’elle n’arrivait plus à respirer correctement. »

Ses proches se sont rendus à l’hôpital Charles-LeMoyne de Longueuil où elle a été conduite d’urgence. Après une batterie d’examens, le pronostic est tombé : la femme âgée de 56 ans, mère de trois enfants et grand-maman était en mort cérébrale. « Même si les médecins la réchappaient en l’opérant, ce qui n’était vraiment pas sûr, elle serait dans un état incompatible avec la vie », explique la sœur de la victime.

En état de choc

La question du don d’organes a été abordée par le personnel médical. «J’ai dit oui pour les dons d’organes parce que c’était sa volonté et c’est aussi ma volonté, explique Réal St-François, le conjoint de Maryse Laplante. C’était la dernière chose qu’on pouvait faire pour elle, pour honorer sa mémoire.»

La Césairoise avait signé ce petit autocollant qu’on appose derrière sa carte d’assurance maladie. Son désir de faire don de ses organes à son décès était bien connu des membres de sa famille, et était même écrit noir sur blanc dans son testament.

« La famille est en état de choc à cause de la rapidité à laquelle tout ça arrive et à ce moment-là, ça peut être très tentant, même si la personne a signé, de refuser, affirme Mme Laplante. Maryse n’était pas dans l’hésitation. C’était ce qu’elle voulait. Dans la peine, dans le choc, il n’y a pas eu ce doute-là. »

Après avoir consenti au don d’organes, la famille a d’ailleurs reçu un précieux cadeau : du temps. Une série d’examens en vue du prélèvement des organes a permis aux proches de Maryse Laplante de pouvoir l’accompagner trois jours, jusqu’à son arrivée au bloc opératoire.

« On pense aux receveurs qui disent que c’est un cadeau de la vie. Moi, s’il y a une chose que je retiens de cette expérience-là, c’est que ma sœur n’a pas juste donné à d’autres. Elle a donné à nous, estime-t-elle. Elle nous a donné la possibilité, grâce au geste qu’elle a posé, d’avoir du temps avec elle. Il y a eu une période tampon entre l’AVC, l’annonce de la mort cérébrale et le don d’organes. »

« C’est des journées qu’on avait besoin, renchérit M. St-François, la voix nouée par l’émotion. On ne l’a jamais laissée seule et on l’a accompagnée, toute la famille, jusqu’aux portes du bloc opératoire. »

Tout au long du processus, la famille a été bien entourée et a toujours ressenti un grand respect de la part du personnel médical et celui de Transplant Québec. « On n’a jamais senti que Maryse était un numéro. Ils nous disaient qu’elle était précieuse parce qu’elle était porteuse d’une vie qui peut se poursuivre. Et d’une qualité de vie », raconte Mme Laplante.

Même dans la salle d’opération, la donneuse est présentée à l’équipe médicale qui observe d’ailleurs un moment de silence avant de procéder à l’intervention. « Ça nous a beaucoup touchés », souligne Mme Laplante.

Grâce à ce don, la Césairoise a sauvé quatre vies. Une plaque en bois, sur laquelle un arbre est gravé pour honorer son geste, trône au cœur de la maison familiale. Lors de la cérémonie organisée par l’Association canadienne des dons d’organes vendredi, le titre d’Ambassadrice de la santé lui a été décerné, une distinction qui a été remise à sa famille. « La cérémonie permet de faire mémoire de ce courage qu’elle a eu de dire : ‘‘c’est ça que je veux’’. Et qu’on ne l’oublie pas », conclut Mme Laplante.

Le Granbyen Sylvain Cadieux éprouve une gratitude sans borne à l’égard d’un donneur qui lui a permis de recevoir un rein.

UN GRANBYEN PROFITE DE LA GÉNÉROSITÉ D'UN PUR ÉTRANGER

La reconnaissance qu’éprouve Sylvain Cadieux à l’endroit d’un donneur d’organes est immense. Grâce à la générosité d’un pur étranger, il a pu recevoir un nouveau rein. 

« Ça vaut de l’or », estime le Granbyen qui est hospitalisé au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke (CHUS). 

Âgé de 43 ans, M. Cadieux souffre du syndrome de Bartter depuis la naissance, ce qui signifie que son taux de potassium est bas. Trop bas. Tant qu’il ne débutait pas la dialyse, son nom ne pouvait pas être inscrit sur la liste d’attente pour recevoir un nouveau rein.

C’est finalement à l’âge de 39 ans qu’il a amorcé ses traitements. Puis, l’appel tant attendu est arrivé le 19 septembre dernier. Au bout du fil, on lui annonçait qu’un rein était disponible. Il disposait de 30 minutes pour décider s’il acceptait la greffe ou pas. « On veut vraiment se faire greffer. Quand ça sonne, on devient vulnérable. Il y a toujours une crainte », raconte-t-il. 

Quelques heures plus tard, le Granbyen était au CHUS et l’opération débutait. L’intervention a été un succès. Son corps ne rejette pas son nouveau rein. « Le rein est très beau, sauf qu’en ce moment, la créatinine est trop haute. Le rein fonctionne, mais en continuant la dialyse », explique-t-il de sa chambre d’hôpital.

Malgré ces complications, sa gratitude est grande à l’endroit de celui qui lui a offert un rein. « Présentement, je rédige une lettre que je vais remettre à Transplant Québec à l’attention de la famille. Je veux leur montrer que je suis vraiment reconnaissant et que leur enfant décédé vit encore en quelqu’un d’autre », souligne M. Cadieux.

Impliqué dans la première marche de la Fondation canadienne du rein à Granby, le quadragénaire a l’intention de continuer à sensibiliser les citoyens à l’importance du don d’organes. Des dons qui sauvent des vies, témoigne-t-il. 

« Signe ta carte parce que présentement, sans elle, je ne serais pas là, dit-il. C’est très très important. Et peut-être qu’un jour, c’est la personne qui aura signé sa carte qui aura besoin d’un don d’organe. »