Tous les infirmiers cliniciens du CIUSSS de l’Estrie seront désormais embauchés au huitième échelon salarial.

Disparité salariale entre les infirmiers: le CIUSSS fait volte-face

Les inégalités dans la rémunération des infirmiers cliniciens au sein du CIUSSS de l’Estrie sont révolues. Après des mois à tenir la ligne dure, l’organisation est revenue sur sa décision, reconnaissant désormais le même échelon salarial aux employés qui ont un cheminement académique collégial et universitaire (DEC-BAC) puis à leurs collègues qui détiennent un baccalauréat en sciences infirmières.

« Je suis vraiment fière que notre message ait été entendu. Avoir un salaire équitable, au-delà de l’aspect monétaire, c’était une question de principe. C’est aussi une belle victoire pour tous les gens qui sortiront du bac en sciences infirmières », a indiqué en entrevue l’infirmière clinicienne Sarah-Jade Parent.

Cette dernière ainsi que Catherine Bernard et Gabriel Tremblay ont fait partie de la première cohorte de l’Université de Sherbrooke au baccalauréat en sciences infirmières dans le « cheminement formation initiale ». Lancé en 2015, le programme dure trois ans. Le trio a dû commencer au bas de l’échelle salariale (échelon 1) lorsqu’on les a embauchés à l’hôpital de Granby. Or, leurs collègues qui ont complété un « cheminement intégré » afin d’obtenir un DEC-BAC, étaient mieux rémunérés dans le même établissement (échelon 8), a dévoilé La Voix de l’Est en janvier.

Selon les plus récentes données de la FIQ, le salaire horaire d’un infirmier clinicien est de 24,76 $ (échelon 1), tandis qu’il s’élève à 29,37 $ (échelon 7) et à 30,93 $ pour le niveau suivant. L’écart des gains annuels d’un infirmier bachelier (formation initiale) travaillant au sein du CIUSSS de l’Estrie pouvait donc atteindre plus de 9000 $ comparativement à ses confrères ayant un DEC-BAC ou occupant un poste similaire dans un autre Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS). Sans compter la variation de rémunération lors des heures supplémentaires, le fameux TSO.

Cohésion

L’embauche, à rémunération égale, de bacheliers en soins infirmiers émanant de deux programmes universitaires différents est monnaie courante, a-t-on confirmé à La Voix de l’Est. Notamment dans des hôpitaux en Montérégie, à Montréal et en périphérie. Le CIUSSS de l’Estrie faisait toutefois la sourde oreille, évoquant que les infirmiers cliniciens du DEC-BAC ont plus d’expérience en raison de stages de plusieurs mois, décrits comme une « candidature à l’exercice de la profession ».

« Cette expérience est reconnue au niveau des conventions collectives pour l’avancement salarial. [...] Comme région, on applique les règles des conventions collectives. On en fait une question d’équité », avait indiqué le directeur adjoint aux ressources humaines de l’organisation, François Tousignant.

Un non-sens, a réitéré la présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est (FIQ-SPSCE), Sophie Séguin.

« Le CIUSSS n’avait pas vraiment le choix de changer son fusil d’épaule. Sa position était indéfendable. Le rééquilibrage salarial est donc une excellente nouvelle, tant au niveau de l’attraction et de la rétention de la main-d’œuvre », a-t-elle fait valoir, soulignant que l’employeur est aux prises avec une pénurie de 150 infirmières pour l’été à venir.

De son côté, le CIUSSS de l’Estrie a refusé de nous accorder une entrevue, se contentant d’un bref courriel. « Nous confirmons avoir pris la décision d’harmoniser la rémunération des infirmières bachelières après analyse et interprétation de la situation. Nous reconnaissons que les deux formations sont équivalentes et confirmons l’application d’un traitement salarial équitable », a indiqué Josée Paquette, directrice des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques.

Une lettre, datée du 9 avril, envoyée aux effectifs concernés par cette volte-face, corrobore les propos de la présidente de la FIQ. « De nouvelles informations, combinées à des réalités liées à l’offre de soins du CIUSSS de l’Estrie-CHUS, nous ont guidés vers un changement de pratique. [...] Nous espérons que cette décision vous rejoint positivement », mentionne-t-on dans la missive.

Ce changement de cap est en vigueur depuis le 14 avril. Tous les infirmiers cliniciens du CIUSSS de l’Estrie seront désormais embauchés au huitième échelon salarial. Des sommes rétroactives seront versées aux employés déjà en poste.